Hiro’a n°146 – 10 questions à Miriama Bono, directrice du Musée de Tahiti et des îles

2019-09-23 SIGNATURE CONVENTION MUSEE QUAI BRANLY @ présidence de la polynésie française

« Faire découvrir au public polynésien des nouvelles pièces »

Propos recueillis par Marie Camps – Photos : Présidence

 

En septembre dernier, une convention entre le Musée de Tahiti et des îles et le musée du Quai Branly était signée, actant ainsi le dépôt par l’établissement parisien du dépôt du maro ‘ura, un fragment de la précieuse ceinture des chefs polynésiens, à Tahiti. Une autre convention avec le musée de Cambridge est en passe d’être finalisée. D’autres accords pourraient également voir le jour dans les années futures. Ces initiatives du Musée de Tahiti et des îles s’inscrivent dans le cadre du nouveau projet muséographique prévu à l’occasion de la future réouverture de la salle permanente du musée, comme nous l’explique la directrice de l’établissement, Miriama Bono.

  

Le 23 septembre dernier, le président de la Polynésie et le président du musée du quai Branly signaient une convention entre le Musée de Tahiti et des îles et le musée parisien. Quel est la raison de cette convention ? Cette convention, signée entre les deux établissements, répond à deux objectifs. Tout d’abord, elle définit le dépôt du maro ‘ura au musée de Tahiti et des îles. Elle pose ensuite les bases de la future exposition, qui fera découvrir aux visiteurs parisiens cette pièce exceptionnelle.

Quelle est la durée prévue par la convention du dépôt du maro ‘ura au Musée de Tahiti et des îles ?

Comme avec les autres conventions types du Quai Branly, elle est signée pour une durée de trois ans, renouvelable, ce qui sera le cas. Le maro ‘ura a vocation à rester longtemps à Tahiti, sauf si le Quai Branly a besoin de l’objet un jour. À titre d’exemple, nous avons déjà dans nos murs un tambour prêté par le musée parisien depuis plus de dix ans, à l’occasion de l’exposition Mangareva, et qui n’est plus jamais reparti depuis.

Quelques mots sur cette exposition parisienne ?

Nous serons partenaires de cette exposition en étant co-commissaires, aux côtés de la conservatrice en charge des collections océaniennes et du chercheur Guillaume Alévêque , qui a découvert le maro ‘ura dans les réserves du musée parisien. Cette exposition se déroulera de novembre 2020 à mars 2021 et expliquera aux visiteurs la signification du maro ‘ura pour les Polynésiens. Elle soulignera également l’importance de la plume et de la couleur rouge dans la culture polynésienne. Enfin, elle présentera au public le projet de rénovation du Musée et l’importance pour nous d’avoir cette pièce.

En quoi cette pièce est-elle exceptionnelle ?

Cette pièce est un fragment d’une ceinture de chef qui faisait quatre mètres de long. Le maro ‘ura est un symbole très fort, car cette ceinture ne servait qu’à l’investiture d’un nouveau ari ‘i, puis elle était rangée. C’est un objet dont l’impact est fascinant, qui est resté dans les mémoires de Polynésiens alors qu’on ne l’avait plus vu depuis plus de cent ans.

Comment le maro ‘ura a-t-il était retrouvé ?

La trace du maro ‘ura était perdue jusqu’à ce que Guillaume Alévêque, chercheur en post-doctorat, spécialiste de la Polynésie, s’intéresse à la collection polynésienne du musée du Quai Branly. Il y découvre un objet qui est alors répertorié comme une « enveloppe de Too », de 35 cm par 18 cm en tapa, sur lequel sont cousus 2 500 calami de plumes, et il repère des morceaux de tissu rouge qu’il fera analyser. … Ceux-ci démontreront qu’il s’agit bien d’un tissu de laine teint à la garance typique d’un drapeau anglais, celui de Wallis. Grâce à cela, il a pu être démontré que ce fragment de maro ‘ura était certainement celui porté par Pomare I lors d’une cérémonie à laquelle Cook avait assisté.

Qu’en est-il de la convention avec le musée d’archéologie et d’anthropologie de Cambridge ?

La convention avec le musée d’archéologie et d’anthropologie de Cambridge n’est pas encore signée, mais devrait l’être prochainement. C’est un musée universitaire, très tourné vers la recherche et l’échange de pièces.

Combien de pièces sont concernées par ces futurs échanges ?

ll s’agit cette fois-ci de prêts de deux à trois ans et non d’un dépôt, car le musée de Cambridge a une prérogative de conservation. Nous avons fait une demande de prêts pour une dizaine d’objets, il est possible que l’on en demande un peu plus. La plupart de ces objets ont été collectés lors du deuxième voyage du capitaine Cook.

Que va apporter cette convention avec Cambridge ?

L’intérêt pour le Musée de Tahiti est double. Tout d’abord, il est historique, car on sait quand ces pièces ont été collectées, dans quelles circonstances, où et par qui. La traçabilité de cette collection, au moment du contact avec les Européens et les Polynésiens, la rend particulièrement intéressante d’un point de vue scientifique. Et l’intérêt est évidement de faire découvrir au public polynésien des nouvelles pièces qu’il n’a pas ou très rarement vues. Nos demandes portent sur des pièces que nous n’avons pas dans nos collections.

Quand les Polynésiens pourront-ils voir toutes ces pièces ?

À l’occasion de la réouverture de la salle permanente prévue au dernier trimestre 2021. Dans le cadre de ce nouveau projet muséographique, notre objectif est de rendre cette salle dynamique, de présenter fréquemment au public de nouvelles pièces. Notre souhait est de montrer un large panel d’objets polynésiens.

D’autres projets de conventions pourraient-ils voir le jour ?

Nous avons déjà commencé à travailler avec le British Museum à Londres, nous avons également déjà évoqué ces questions avec le War Memorial Museum d’Auckland, le Bishop Museum de Hawaii… nous multiplions les pistes. Le but est de pouvoir remplacer les prêts de Cambridge après 2023-2024. Nous sommes dans une démarche qui s’inscrit sur le long, voire le très long terme. Ce sont des dossiers qui prennent du temps. Entre les discussions, les allers retours ou encore les assurances, il faut compter au moins deux ans minimum pour finaliser chaque convention.

  • légende : Le maro ‘ura a été retrouvé par un chercheur dans les réserves du Quai Branly.

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