Hiro’a n°225 : LE SAVIEZ-VOUS ?

Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha faufa΄a tupuna

Rencontre avec Joséphine Tereopa, Responsable des Archives privées, du patrimoine audiovisuel, du multimédia et de l’internet. Sources : La Dépêche de Tahiti, septembre 1966 et Les Nouvelles de Tahiti, septembre 1966.

 

Un siècle d’instruction protestante à Tahiti : le jubilé de 1966 sous la loupe de la presse

En septembre 1966, la presse polynésienne consacre ses premières pages à un événement mémoriel majeur : la célébration du centenaire des écoles protestantes françaises. À travers les colonnes de La Dépêche de Tahiti et des Nouvelles de Tahiti, les journalistes retracent un siècle d’enseignement, immortalisant des festivités où les autorités, l’institution ecclésiastique et la population locale se rejoignent.

Pour comprendre l’ampleur des célébrations du 17 septembre 1966, il faut d’abord rappeler le contexte peu avant 1866, et surtout les tensions politiques et religieuses de l’époque. En 1842, l’instauration du protectorat français a limité la prépondérance britannique et notamment celle des missionnaires protestants anglais. Avec l’annonce du départ de la London Missionary Society, le gouverneur français veut, en 1860, confier l’enseignement aux Congrégations catholiques. Face aux réticences des familles protestantes à envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques officielles, l’Assemblée législative et la reine Pomare IV sollicitent la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP). C’est ainsi que le pasteur Arbousset (1863) et le pasteur Atger (1864) sont envoyés à Tahiti pour enquêter sur la situation des Églises. Le pasteur Atger obtient l’autorisation d’ouvrir une première classe gratuite dans le temple de Pā’ōfa’i. Le 17 septembre 1866, le nouvel établissement est solennellement inauguré en présence de la reine Pomare IV et du Commandant Commissaire Impérial, titre du chef du gouvernement français à cette époque. La direction est confiée à Charles Viénot, figure tutélaire qui marquera l’enseignement protestant jusqu’à sa mort en 1903. Le compte-rendu de cette inauguration de 1866 est raconté dans La Dépêche de Tahiti du 16 septembre 1966.  Aujourd’hui encore, l’appellation populaire des écoles protestantes est « l’École Vienot ».

Chronologie et temps forts des festivités de septembre 1966

Les cérémonies commémoratives s’étendent sur plusieurs jours, sous le haut patronage du gouverneur Jean Sicurani. La Dépêche de Tahiti et Les Nouvelles de Tahiti décrivent un programme très structuré. Tout d’abord, l’inauguration de la rue Charles Viénot : le samedi 17 septembre à 9 h, la rue Pérotte est officiellement débaptisée et rebaptisée par le sénateur-maire Alfred Poroi, en présence des autorités du Territoire.

Puis vient le temps du culte et des allocutions officielles. Dans la cour du Collège Viénot orné de tissus pāreu créés spécialement pour l’occasion, la fanfare entonne La Marseillaise. Le culte est conduit par le pasteur Raapoto, président de l’Église Évangélique, suivi par les discours de Louis Joubert (inspecteur général de la SMEP) et du gouverneur Sicurani. Un arbre commémoratif est même planté au cœur de la cour de l’école. Parallèlement, des élèves posent des plaques rendant hommage aux anciens maîtres et missionnaires sur les murs des classes, notamment pour inaugurer la « salle Alice Homes-Gooding ». Si la matinée s’achève par un traditionnel et copieux tāmā’ara’a, les cérémonies se poursuivent le mardi 20 septembre par une conférence publique donnée par Louis Joubert au temple de Bethel, puis le mercredi 21 septembre par l’inauguration du nouveau bâtiment de l’internat protestant à Taravao.

Ces archives de 1966 témoignent du rôle clé joué par l’école protestante dans le paysage éducatif, social, mais aussi culturel polynésien, scellant un siècle d’histoire partagée entre tradition évangélique, culture tahitienne et instruction républicaine.

« La Dépêche de Tahiti – [email protected] »

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