Hiro’a n°225 : LE SAVIEZ-VOUS ?
En partenariat avec la SEO-TNIM
La légende du grand lézard de Fautau’a
Texte publié en avril 1923 dans le Bulletin de la Société des Etudes Océaniennes. Photos : Véronique de Mortillet.
Cette légende est extraite des notes de Miss Teuira Henry et communiquée par M. Ahnne. Elle fut publiée dans le Bulletin de la Société des Études Océaniennes (BSEO n° 7 d’avril 1923).
Dans l’ancien temps, quand les hameaux s’étendaient jusqu’au fond de la vallée de Fautau’a, les habitants descendaient parfois jusqu’à la mer, avec des calebasses et des bambous, pour chercher l’eau salée dont ils se servaient pour assaisonner leurs aliments. Dans l’une de ces occasions, il arriva que, deux femmes s’approchant du rivage avec leurs calebasses, l’une d’elles vit, dans une touffe de l’herbe appelée « mō’ū », un œuf énorme.
Elle le prit, le plaça dans une calebasse à large ouverture dont on se servait pour mettre le poisson cru et qu’on appelait « hue fāfaru » et l’emporta en sa maison. C’était une grande caverne où elle habitait avec son mari et ses deux enfants : un garçon et une fille. Là, elle plaça la gourde dans un coin reculé et n’y toucha plus.
Quelque temps après, pendant que la famille prenait son repas dehors, un grand craquement se fit entendre dans la grotte. La femme alla voir ce que signifiait ce bruit et trouva que son œuf avait donné naissance à un gigantesque lézard. Elle le prit et le soigna si bien qu’il atteignit des proportions énormes. Il était d’ailleurs très doux et devint bientôt le favori de toute la famille dont il partageait la demeure.
Mais il survint alors une époque de sécheresse et de famine par tout le pays, en sorte que les gens étaient obligés d’aller très loin dans l’intérieur pour trouver du fē’ī . Un matin, le père, la mère, les deux enfants et le lézard partirent pour chercher des vivres dans la montagne. Arrivés sur un sommet, comme les deux enfants étaient très fatigués, leurs parents les laissèrent là avec le lézard et allèrent plus loin pour trouver des fē’ī.
Durant leur absence qui dura longtemps, les enfants et le lézard eurent très faim, de sorte que ce dernier, ouvrant sa large gueule, engloutit successivement le petit garçon et la petite fille ; puis, il se coucha confortablement sur la fougère et s’endormit.
Quand les parents revinrent chargés de fē’ī, ils cherchèrent vainement leurs enfants, mais ne trouvèrent que le lézard toujours endormi. Remarquant alors les proportions inusitées de son ventre, ils devinèrent bien vite ce qui était arrivé et, remplis de fureur, ils cherchèrent une grosse pierre pour assommer le monstre.
Mais celui-ci s’éveilla, prit la fuite et, poursuivi par les parents, il se mit à gravir la montagne jusqu’à ce qu’il arrivât sur la plus haute cime de l’Aora’i. Là, voyant que ses poursuivants étaient près de l’atteindre, il se précipita du haut d’une paroi de rochers élevée de mille pieds et fut réduit en pièces.
Mais dans sa chute, sa queue, se détachant, sauta de côté et donna naissance à un massif de bambous qui s’est conservé jusqu’à nos jours, unique de son espèce, car ces bambous se brisent si facilement qu’ils ne sont propres à aucun usage.
On peut voir encore, dans la vallée de Fautau’a, un rocher qui porte les empreintes des pattes de ce grand lézard.
