Hiro’a n°221 : DOSSIER
Rencontre avec Vaitua Tokoragi, directeur général Te Fare Tauhiti Nui, et Vaihere Lissant, directrice générale de Tahiti Tourisme. Texte : Isabelle Lesourd – Photos : Tahiti Tourisme et IL.
Matari΄i i raro se célèbre du 19 au 23 mai : une saison pour ralentir
Après les célébrations de Matari΄i i ni΄a en novembre, place à Matari΄i i raro, marquant la disparition des Pléiades dans le ciel polynésien. Cette saison invite au ralentissement, à la préservation et au retour à l’essentiel. Pour l’occasion, Tahiti Tourisme, la Maison de la culture et leurs partenaires proposent plusieurs rendez-vous gratuits, ouverts à tous.
Dans la tradition polynésienne, le temps s’inscrit dans un cycle vivant, Te Tau Matari΄i, rythmé par l’apparition et la disparition des Pléiades. Ce repère céleste structure l’année en deux saisons complémentaires, en lien étroit avec la nature.
Matari΄i i ni΄a, qui débute le 20 novembre, correspond à une période d’abondance, de récoltes et de festivités. À l’inverse, Matari΄i i raro, à partir du 20 mai, marque la disparition des étoiles à l’horizon. Ce moment ouvre une phase plus introspective, propice à l’observation, à la transmission et au repos de la nature.

Se reconnecter aux pratiques ancestrales
Depuis 2025, le 20 novembre est devenu un jour férié, consacrant Matari΄i i ni΄a comme un temps fort du calendrier culturel. Les célébrations ont rassemblé la population autour de défilés, de chants et de danses, rappelant l’importance des pratiques ancestrales. À travers cet événement, le Pays affirme sa volonté de les valoriser et de les faire vivre, en les inscrivant pleinement dans le présent.
Dans cette continuité, le 20 mai s’impose comme un autre repère majeur. Il invite à mieux comprendre les cycles traditionnels et à les inscrire dans le quotidien.
Une ambition culturelle et touristique
L’événement poursuit plusieurs objectifs : faire connaître la signification de cette saison, encourager la participation de tous, population comme visiteurs, aux festivités et renforcer la transmission des savoirs liés aux cycles naturels.
Il contribue aussi à affirmer Tahiti et ses îles comme une destination où culture, identité et développement durable s’articulent harmonieusement.
Nourrir l’esprit et le lien collectif
Matari΄i i raro est aujourd’hui perçue comme un temps de réflexion collective et de partage. Le thème choisi, « Fa΄a΄i » (qui signifie « remplir »), évoque l’idée de se nourrir de connaissances, d’expériences et de sagesse.
Ateliers, cérémonies, conférences, projections et expositions rythmeront ces journées. Pensées pour tous les publics, ces activités offrent l’occasion de redécouvrir les savoir-faire traditionnels et de renforcer les liens entre générations.
Plus qu’un événement, Matari΄i i raro propose aux familles, aux scolaires et au grand public une parenthèse pour se recentrer sur l’essentiel.

La symbolique du logo : transmission, cohésion sociale et équilibre
Le unu
La composition s’articule autour du unu, élément sacré de la culture polynésienne. Habituellement dressé comme repère spirituel, il incarne le lien entre le ao, monde des hommes, et le po, monde des dieux et des ancêtres. Sa transparence ici suggère son abaissement, à l’image de la saison qui bascule : une richesse enfouie qui mûrit sous terre.
Le va΄a
Le va΄a est au centre de la composition, il constitue le socle de la culture polynésienne et symbolise la capacité des peuples polynésiens à évoluer en harmonie avec leur environnement.
Les végétaux
Ils rappellent l’alternance des cycles saisonniers. Les feuilles jaunies indiquent la maturité des tubercules, la floraison des ΄atae marque l’arrivée des baleines dans les eaux polynésiennes.
Les signes graphiques
Ils évoquent le temps cyclique et le principe du rāhui, fondé sur la restriction des ressources, la retenue collective et le respect du vivant. La référence Te Pāuma a Hiro, constellation du scorpion, ancre le logo dans la lecture ancestrale du ciel et des saisons.
Vaitua Tokoragi, directeur général Te Fare Tauhiti Nui
« Matari΄i i raro est plus qu’une période de disette ! »
« Le calendrier culturel polynésien s’articule autour de deux grandes périodes : Matari΄i i ni΄a, symbole d’abondance, et Matari΄i i raro, souvent associée à la disette. Pourtant, Matari΄i i raro ne se résume pas à un manque. C’est avant tout un temps d’introspection, où la nature ralentit pour se régénérer et où l’homme est invité à observer et à comprendre son environnement.
Cette période joue un rôle essentiel, notamment pour les agriculteurs et les navigateurs, pour qui l’observation des signes naturels est précieuse. C’est aussi un temps d’apprentissage et de transmission, propice à la réappropriation des savoirs culturels.
Matari΄i i raro se manifeste par plusieurs signes : la disparition des Pléiades, des nuits plus longues et plus fraîches, ainsi que l’arrivée des vents, notamment le mara΄amu. C’est la saison où les cerfs-volants prennent leur envol et où les navigateurs reprennent la mer.
Si ces repères se sont parfois estompés avec le temps, ils restent profondément ancrés en chacun : par l’observation, beaucoup ressentent encore ce changement de saison, même sans toujours le nommer. »
Photo de Vaihere
Vaihere Lissant, directrice générale de Tahiti Tourisme
« Ces événements s’adressent à la fois à la population locale et aux visiteurs »
« À travers les célébrations de Matari΄i i ni΄a et Matari΄i i raro, Tahiti Tourisme affirme une vision d’un tourisme fondé sur la préservation de la culture, pleinement intégrée à sa stratégie de développement touristique inclusive et durable engagée depuis fin 2022. Un tourisme durable, c’est avant tout un tourisme qui protège notre culture et notre environnement, tout en générant des retombées économiques et sociales positives pour la population locale.
Depuis plus de dix ans, la culture polynésienne est au cœur de la promotion de la destination. Aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie, avec un travail étroit mené aux côtés des acteurs culturels autour des célébrations de Matari΄i. Si Tahiti Tourisme est reconnu pour la promotion du fenua à l’international, son rôle s’inscrit également dans la sensibilisation au tourisme durable et dans l’animation de la vie locale. Ces événements en sont une illustration concrète, pensés pour rassembler habitants et visiteurs autour d’un patrimoine vivant. »
Les temps forts à ne pas manquer
– La cérémonie officielle Matari΄i i raro – Accueil du public et des officiels en chanson.
Mercredi 20 mai, de 17 à 19 heures – Jardins de Pā΄ōfai
– La soirée littéraire : la poésie en Polynésie française
Une soirée placée sous le signe de la création, de la transmission et de la richesse des expressions poétiques du fenua, mettant à l’honneur les voix et les sensibilités d’ici.
Jeudi 21 mai, de 18 à 20 heures – Te Fare Tauhiti Nui
– La projection d’un film interactif
En plein air, cette soirée immersive et participative invite petits et grands à plonger au cœur d’un univers inspiré de la légende de Pipiri mā. Porté par la voix de Karine Teraipoia Taea, ce récit vivant célèbre la transmission des savoirs, renforce les liens entre générations et fait perdurer la richesse de notre culture.
Samedi 23 mai, de 17 h 30 à 18 heures – Jardins de Pā΄ōfai
– La nuit des musées
Une nuit dédiée à la découverte du musée, aux créations artistiques, à la musique et au cinéma océanien avec la projection de films du Fifo.
Samedi 23 mai, de 18 à 21 heures, Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des îles
Exposition artisanale
Esplanade basse de To΄atā
Du mercredi 20 au samedi 23 mai, de 8 à 16 heures, une vingtaine d’artisans seront présents pour exposer et vendre leurs créations. Des ateliers de démonstration sont également organisés autour du pae΄ore, revareva, nī΄au blanc et tīfaifai.
À tester le 20 mai : Tere o te rima΄ī
Un jeu de société pour découvrir les métiers et les matières de l’artisanat
Pour sensibiliser les plus jeunes aux savoir-faire artisanaux, le Service de l’artisanat traditionnel a développé de nouveaux outils pédagogiques, dont une matériauthèque et un jeu de société, actuellement en expérimentation dans plusieurs établissements scolaires. Imaginés par les élèves du DN MADE du lycée Samuel Raapoto et du Centre des métiers d’art, ces supports visent à transmettre autrement les richesses de l’artisanat local.
Le jeu Tere o te rima΄ī propose une approche ludique et interactive. Composé d’un plateau, de cartes, de pions et de trophées, il invite les joueurs à parcourir les archipels polynésiens tout en testant leurs connaissances sur les métiers et les matières premières. Accessible dès 8 ans, il se joue de 2 à 7 joueurs, individuellement ou en équipe. L’objectif : faire le tour de la Polynésie en traversant au moins quatre archipels et rapporter deux trophées sur son île de départ.
Des parties seront proposées le mercredi 20 mai, de 13 à 15 heures, sur l’esplanade basse de To΄atā, au cœur de l’exposition artisanale.
Pratique
Les événements sont gratuits et ouverts à tous
Toutes les informations sont à retrouver sur :
et sur les pages Facebook de Tahiti Tourisme et de Te Fare Tauhiti Nui
