Hiro’a n°221 : OEUVRE DU MOIS
SERVICE DE L’ARTISANAT TRADITIONNEL (ART) – TE PŪ ’OHIPA RIMA’Ī
Rencontre avec Iaera Tamarino, artisane en vannerie. Texte : ASF – Photo : ART

Iaera Tamarino, tresser la mémoire pour inventer demain
Lors de la 3e édition du Salon des Arts de la maison, en avril dernier, une œuvre a particulièrement captivé le jury et le public, au point de remporter les deux plus hautes distinctions : le Premier prix en vannerie et le Grand prix des créateurs. Derrière cette prouesse se trouve Iaera Tamarino, artisane originaire de Rimatara (îles Australes), dont le parcours et la vision renouvellent en profondeur l’art de la vannerie polynésienne.
L’œuvre présentée par Iaera Tamarino au concours du 3e Salon des Arts de la maison répondait au thème exigeant : « Maison d’hier, maison d’aujourd’hui, maison de demain ». Un exercice qui lui a demandé une longue réflexion, elle qui réalise habituellement des paniers plutôt que des objets décoratifs. Mais finalement, ce projet a été l’occasion de concrétiser un rêve ancien : transmettre le savoir de sa mère sous la forme d’un livre. Ne pouvant l’écrire à proprement parler, elle a choisi de le « tresser » sous la forme d’un tableau chronologique.
Un récit inversé du temps
Réalisée en un mois de travail intensif, l’œuvre prend la forme d’un cadre dont le fond est lui-même tressé en pandanus – une technique innovante que l’artisane a développée pour se distinguer. À l’intérieur, elle met en scène l’évolution de son art selon une chronologie inversée. L’ensemble s’ouvre sur « Demain » (2030), avec une vision résolument chic et luxueuse du panier, intégrant des éléments modernes tels que chaînettes et anneaux dorés ou argentés. Vient ensuite « Aujourd’hui » (2000), marqué par l’apparition de couleurs, de teintures naturelles et surtout par l’ajout d’accessoires dans les paniers marché. Enfin, « Hier » (1900) renvoie au panier traditionnel, simple et utilitaire, tel que sa mère le fabriquait pour nourrir la famille.
Apprendre pour survivre
Pour comprendre l’œuvre primée d’Iaera, il faut remonter à ses racines, à Rimatara. Née en 1964, elle appartient à une famille nombreuse de treize enfants. Son initiation au tressage ne relève pas du loisir, mais d’une nécessité vitale. Après le décès de son père, sa mère s’installe à Tahiti avec huit enfants à charge. Sans revenu ni terre, la confection de paniers marché devient alors le seul moyen de subsistance de la famille.
Du devoir à la vocation
Dès l’âge de 10 ans, Iaera apprend auprès de sa mère. Ce qui était alors vécu comme une obligation quotidienne – tresser les anses et décorer les paniers au retour de l’école – devient une transmission précieuse. Après une carrière dans le secteur social à Tahiti, elle retourne sur son île natale en 2006 et choisit de faire du tressage son chemin de vie. En recevant ces prix, Iaera Tamarino ne célèbre pas seulement son talent : elle rend hommage à sa mère et à toutes les femmes de Rimatara qui, par leurs mains expertes, continuent de tresser le lien entre passé et avenir de la Polynésie.
Un héritage vivant
D’ailleurs, pour le Salon des Arts de la maison, elle a créé plusieurs tableaux en étroite collaboration avec son époux, qui réalise des sculptures miniatures (pirogues, rames) intégrées dans ses cadres tressés. Sur son stand, mémoire et modernité dialoguaient au fil des regards.
Contact :
Iaera Tamarino
Tél. : 87 759 017
