Hiro’a n°219 – L’ŒVRE DU MOIS 
CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI (CMA)
Rencontre avec Heiata Aka, enseignante en gravure au CMA. Texte : Isabelle Lesourd –
Des mains du CMA aux lauréats du Fifo
Le Festival international du film océanien (Fifo) récompense chaque année les talents des cinéastes du Pacifique. Mais saviez-vous que derrière les trophées remis aux gagnants se cachait un autre savoir-faire plus discret ? Celui des élèves et de l’équipe pédagogique du Centre des métiers d’art qui, depuis plusieurs éditions, ont en charge leur conception.
« Chaque édition est pour nous à la fois un honneur et une responsabilité : celle de concevoir un objet hautement symbolique, capable d’incarner l’excellence du festival tout en reflétant l’engagement pédagogique du CMA », souligne Heiata Aka. Enseignante en gravure, elle est engagée dans ce projet qui a mobilisé cette année vingt-huit élèves ainsi que l’ensemble de l’équipe pédagogique du Centre des métiers d’art. « L’enjeu était double puisque nous devions respecter à la fois un calendrier serré tout en maintenant le rythme des cours. Sensibles à la portée symbolique de leur travail et profondément investis dans chaque étape du processus, les élèves ont démontré une implication remarquable », poursuit-elle.

Cinq interprétations de la femme océanienne
La ligne directrice de leur réflexion : rassembler les différents métiers du Centre autour d’une création unique — arts appliqués, gravure, sculpture, art numérique et tressage — tout en respectant le thème du festival, « Les femmes océaniennes », et en fédérant les talents des enseignants au sein d’une œuvre collective. Cinq œuvres distinctes ont ainsi été pensées, conçues et réalisées, chacune portant en elle une interprétation singulière de la femme océanienne. « On a opté pour une forme de dôme arrondi, symbole de protection, de matrice et d’élévation. Inspirés par la déesse Hina, figure majeure de la culture polynésienne et incarnation de la puissance féminine, nous avons ancré notre réflexion dans une dimension à la fois mythologique, culturelle et profondément identitaire. » Quatre de ces créations ont été mises sous cadre, à la manière d’œuvres d’art, afin de leur conférer une présence forte, assumée, presque muséale. À ces quatre œuvres s’ajoute un trophée volontairement présenté sur un socle, le trophée ΄Ananahi. Avec ces trois visages de femmes incarnant la richesse des identités, la transmission intergénérationnelle et la force du collectif, cette dernière pièce occupe une place particulière dans l’ensemble de la collection.
Au-delà du trophée, une œuvre
« Il était essentiel pour nous de montrer aux élèves, mais aussi au public, qu’un trophée ne se résume pas à un objet fini. Cette édition a été une véritable immersion pédagogique, une transversalité assumée où chaque discipline est venue enrichir l’autre. Les enseignants ont conçu la vision artistique, les élèves lui ont donné corps, sens et matière. » La section sculpture a travaillé sur l’humain avec une recherche de représentation du visage, du regard, de l’expression. La gravure a exploré la nacre pour en révéler la matière, jouer avec la lumière. En arts appliqués, les élèves ont mené un travail de recherche graphique autour de la femme océanienne ; les cours d’histoire et de culture polynésiennes ont approfondi la figure mythique de Hina. Amtsi Temanu, professeur de reo tahiti, a accompagné les élèves dans la création d’un chant original pour inscrire ce projet dans une dimension vivante. En art numérique, les élèves ont travaillé sur les polices de caractères, la hiérarchie typographique. Enfin, d’autres ont exploré le tapa et le tressage de la cape à travers la matière, la répétition du geste et la patience nécessaire à la création textile. Enfin, le CMA a voulu rendre hommage à Mareva Leu, figure incontournable du Fifo et du paysage culturel de notre pays, en réalisant un trophée spécifiquement dédié à son œuvre et qui a été offert à sa famille lors de la soirée des lauréats.

