Hiro’a n°226 : L’OEUVRE DU MOIS
En partenariat avec SEO-TNIM
Texte de Véronique de Mortillet, secrétaire générale de la SEO-TNIM
Marguerite Géraud, témoin de la Belle Époque à Tahiti
À l’occasion du Salon du livre de Pape’ete 2026 (lire pp. 14-19), la Société des Études Océaniennes-Te Niu Ihi Mā’ohi a le plaisir de présenter un ouvrage intitulé Journal de Marguerite Géraud. Épouse du gouverneur et artiste-peintre. Tahiti 1912-1913. Retranscrit à l’identique, ce témoignage inédit plonge le lecteur dans le quotidien du Pape’ete d’avant-guerre à travers le regard de cette femme de lettres et peintre.
Le Journal de Marguerite Géraud est un document historique original. Rédigé à Tahiti entre 1912 et 1913 par l’épouse du gouverneur Léon Géraud, ce journal intime n’avait pas pour vocation première d’être édité ; il conserve donc intact la saveur souvent piquante des réflexions de son autrice.
Issue d’une famille d’officiers de marine bretons, Marguerite Géraud née Marnier a entendu parler de Tahiti dès son enfance, puisque son grand-père, Jules Malmanche, y a fait un séjour remarqué aux côtés de l’amiral Bruat lors de l’installation du Protectorat français à Tahiti entre 1843 et 1847. Il y perd une jambe, qui lui est amputée sur le champ de bataille.
Très jeune, Marguerite épouse Paul Damprun, un fonctionnaire de l’administration coloniale qui fait carrière auprès du gouvernement de Cochinchine. Le couple divorce en 1905, la laissant seule avec un fils, Michel, né en 1902. Elle se remarie en 1908 avec Léon Géraud, polytechnicien, qui fait carrière également dans l’administration coloniale. Elle le suit en Cochinchine, à Madagascar, au Sénégal et à Tahiti, tenant à chaque fois un journal intime et peignant des aquarelles de la faune, de la flore et des paysages.
À Tahiti, elle peint essentiellement les poissons de Polynésie, dont elle réalise plus de 130 aquarelles. D’une grande précision, celles-ci serviront de références scientifiques à des musées d’histoire naturelle.
Un regard sur la société coloniale
Se plonger dans le Journal de Marguerite Géraud, c’est entrer dans le Tahiti de la Belle Époque à la veille de la Première Guerre mondiale. On y découvre les prémices de l’exploitation des phosphates à Makatea, l’arrivée des premières automobiles, le cinéma de Gaston Méliès, l’ouverture de la léproserie d’Orofara…
Elle rencontre les grandes familles tahitiennes, les derniers représentants de la dynastie Pōmare, ainsi que de nombreuses personnalités de la société polynésienne et coloniale de l’époque.
À travers son regard d’observatrice sans concession et sa position privilégiée dans l’administration de la petite colonie des Établissements Français de l’Océanie (EFO), le lecteur découvre les tractations politiques et matrimoniales qui agitent Pape’ete. Très soucieuse de la santé et de l’éducation de son fils Michel, qui sera adopté par Léon Géraud, elle s’inquiète aussi de la situation sanitaire de la colonie, jugée déplorable, et reste très critique sur les habitudes de ses contemporains.
Personnage attachant au caractère bien trempé, Marguerite Géraud nous livre un témoignage très personnel de son court mais riche séjour à Tahiti.
Un ouvrage documenté
Pour faciliter la lecture et la compréhension de ce journal, Raanui Daunassans, vice-président de la SEO-TNIM, a ajouté un appareil de notes conséquent ainsi qu’un index de plus de cent noms. Des illustrations retravaillées à partir de photographies d’époque complètent les portraits des principaux protagonistes et lieux de l’époque. Grâce à cet éclairage, le lecteur découvrira la vie de cette époque révolue et y reconnaîtra – qui sait – une histoire familiale personnelle.
Le Salon du livre offre une belle occasion de découvrir cet ouvrage.
Pratique
Samedi 17 octobre, de 9 h à 9 h 30, sous le chapiteau
Présentation du Journal de Marguerite Géraud avec Raanui Daunassans, suivie d’une dédicace au stand de la Société des Études Océaniennes
Crédits photos à intégrer en fonction des photos choisies :
- Un nohu tarao, aquarelle de Marguerite Géraud, 1912 – ©Droits réservés
La résidence du Secrétaire Général du gouvernement à Māma’o vers 1910 © Collection privée de Raanui Daunassans
- Tati Salmon © Collection privée de Raanui Daunassans
