Hiro’a n°226 : DOSSIER

Maison de la Culture (TFTN) – Te Fare Tauhiti Nui

Rencontre avec Frédéric Cibard, auteur, et Marie Kops, responsable coordinatrice de l’Association des Éditeurs de Tahiti et des Îles. Texte : ASF (sources textes et photos : Le Magazine du Salon du livre).

Révolution(s) au fenua : le 26ᵉ Salon du livre de Tahiti fait bouger les lignes

Scolaires et grand public ont rendez-vous du 15 au 18 octobre pour la 26e édition du Salon du livre de Tahiti. Un moment très attendu dans l’année pour échanger, partager, s’essayer, réfléchir mais surtout donner le goût de la lecture !

Du 15 au 18 octobre 2026, la place To’atā à Pape’ete accueille la 26ᵉ édition du Salon du livre de Tahiti. Organisé par l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles (AETI) avec le soutien de nombreux partenaires publics et privés, cet événement phare de la vie culturelle océanienne rassemble pendant quatre jours auteurs, éditeurs, illustrateurs et lecteurs venus de tous horizons – de Polynésie, de l’Hexagone, mais aussi de Nouvelle-Calédonie, de Nouvelle-Zélande, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des Fidji, d’Australie ou des États-Unis.

Explorer les mutations du monde

Cette année, le Salon place la littérature sous le signe des « Révolutions », un thème décliné au pluriel pour ausculter les transformations sociétales, écologiques, intimes ou politiques. Qu’il s’agisse de la révolution par la rue, des bouleversements numériques à l’heure de l’intelligence artificielle, des crises écologiques, ou encore de l’écriture comme acte d’émancipation intérieure, les livres s’imposent comme un garant de la liberté de pensée et d’expression. Un concours de nouvelles et d’illustrations lancé en septembre sur ce thème de « Révolutions » verra les meilleures productions exposées et enregistrées pendant le Salon. Ne manquez pas non plus les Causeries du Salon pour participer et confronter vos regards sur des thématiques très variées comme l’IA et la création, la déconstruction du mythe de la vahine ou encore le rire et le renouveau culturel océanien. À l’occasion d’une table ronde programmée le dimanche 18 octobre, il sera question du renouveau culturel des années 1970 à travers le Pacifique, mais aussi de ce qu’il nous reste aujourd’hui de ce mouvement.

Des invités et des éditeurs au cœur du débat

Parmi les invités marquants, la maison d’édition indépendante Anacharsis (représentée par son cofondateur Charles-Henri Lavielle) est mise à l’honneur dans la librairie éphémère, un stand dédié aux auteurs qui ne sont pas édités localement. Défenseure de la « bibliodiversité », la maison d’édition toulousaine nous invite à penser l’histoire d’une autre manière. On note aussi deux tables rondes dédiées aux événements de 2024 en Nouvelle-Calédonie avec les invités Benoît Trépied, Walles Kotra, Louis Lagarde et Louis-José Barbançon dans le cadre des Causeries les 16 et 17 octobre. Enfin, il sera question de briser les tabous contre les violences et les silences avec notamment la participation de Tina Makereti, auteure de l’ouvrage Le chant de Rēkohu, une nouveauté très attendue sur le Salon.

————-

Pratique

26ᵉ Salon du livre de Tahiti

Du jeudi 15 au dimanche 18 octobre

Place To’atā et Maison de la culture – Te Fare Tauhiti Nui

Entrée libre et gratuite pour tous

Retrouvez tout le programme du Salon sur le site https://lireenpolynesie.fr/

—————————————

Un programme riche en expériences interactives

Au-delà des traditionnelles séances de dé dicaces et des ateliers (page xxx), le Salon propose de nombreux temps forts interactifs :

  • Le studio éphémère Fa’ati’a mai na: parents et enfants sont invités à enregistrer leur voix dans un studio professionnel en lisant des extraits d’ouvrages jeunesse ou adultes en français, tahitien ou anglais.
  • Expositions et réflexions artistiques: la salle Mūriavai accueillera une exposition collective d’artistes locaux sur le thème des Révolutions, rythmée par le « Brunch du Rat-Porc », le samedi 17 octobre ; pour échanger sur l’art et la résistance, mais aussi le projet ’Aikā, porté par des étudiants de l’Université de la Polynésie française, réunissant 15 textes inédits déclinés en huit langues polynésiennes (reo tahiti, reo pa’umotu, ’eo ’enata,).
  • Venez également découvrir sous le chapiteau, l’exposition photo Heiva ’Ite Mata Roa portée par les étudiants du MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) qui nous invitent à poser un regard sensible sur la société océanienne.
  • Animations participatives: entre le « Bar à print » pour imprimer des citations engagées sur tote bags, l’atelier de poèmes illustrés partagés ou l’atelier « Espace d’Insoumission Créative » pour interroger le rapport entre création et IA le dimanche 18, les activités ne manqueront pas.
  • Les ateliers pour petits et grands : vingt ateliers seront proposés au cours de ce Salon avec des thématiques diverses. Certains seront animés par les auteurs jeunesse, Bruno Pilorget, Rachel Corenblit et Christophe Mauri, d’autres seront plus en lien avec le monde de l’illustration.

——————-

Trois auteurs à rencontrer

 

« Mes romans sont traversés par des révolutions »

Nilima Rao

Australienne d’origine indo-fidjienne, Nilima Rao s’intéresse au vécu des Indiens partis aux Fidji en tant que travailleurs sous contrat au début du XXe siècle. Le premier tome de sa série romanesque vient d’être traduit en français ; le troisième est en cours de finalisation.

 

L’année dernière, Nilima Rao a passé un mois à Tahiti et un mois à Huahine dans le cadre d’une résidence d’écriture. Elle avait pour projet de faire avancer sa série de romans consacrée au sergent Akal Singh. « J’ai trouvé fascinants les parallèles et les contrastes entre les Fidji et la Polynésie française. Côté écriture, j’ai atteint mon objectif : terminer le deuxième jet de mon troisième roman ! », indique-t-elle.

Tous les romans de la série sont traversés par des « révolutions » : cultures, pays et individus y connaissent de rapides mutations et transformations, parfois à contrecœur souvent dans la douleur. Soucieux de laisser les autochtones (les iTaukei) mener leur vie traditionnelle, les Britanniques ont fait venir en masse des Indiens pour fournir une main d’œuvre bon marché à leurs plantations de canne à sucre. « Les iTaukei ont fini par s’opposer à l’attitude paternaliste des Britanniques ainsi qu’à la perspective de perdre leur pays face à cet afflux d’une culture étrangère. Parallèlement, en Inde, l’indignation grandit face au traitement réservé aux Indiens dans le cadre du système d’engagisme. Ce tumulte politique et culturel offre le cadre idéal pour des révolutions, qu’elles soient de grande ou de petite envergure. »

  • Dimanche 18 octobre, 13 h 30 : présentation de son ouvrage Sombres plantations.

————————-

 « Quand tu te donnes les moyens, tu peux aller très loin »

Michel Bourez

Il est l’un des plus grands surfeurs tahitiens et tient aujourd’hui à ce que son parcours serve d’exemple. Dans sa biographie, il dit tout, ou presque, même le plus difficile. Il ne cache pas les coulisses de la réussite pour montrer que les rêves se réalisent, à condition de s’en donner les moyens.

 

Né sur une petite île des Australes, élevé entre Mataiea et Teahupo’o, il a surfé les plus grandes vagues du monde et s’est classé parmi les meilleurs. Ce parcours, qui n’a pas été facile, Michel Bourez a souhaité le raconter. Il signe un livre, coécrit avec David Michel, pour « montrer qu’un petit garçon de Mataiea a pu s’en sortir et réaliser ses rêves parce qu’il s’est donné les moyens. Quand on s’accroche, on peut aller très très loin. Après les chutes, il faut se relever et continuer à avancer ».

David Michel, journaliste à L’Équipe depuis 2000 et passionné de surf, couvre la Tahiti Pro depuis plus de quinze ans. « C’est un ami », précise Michel Bourez, qui avoue avoir réussi à se confier grâce aux liens qu’ils ont tissés tous les deux. « J’ai pu m’ouvrir plus facilement, raconter des histoires pas forcément faciles à exprimer. On a mis un an à écrire le livre. On a pris notre temps. » Le duo révèle l’envers du décor de l’exceptionnelle carrière du « Spartan », le surnom donné à Michel Bourez pour sa puissance : les joies, les drames, les blessures, la dépression, mais aussi l’amour, la famille et la force du fenua, qui le ramènent toujours à Tahiti.

  • Samedi 17 octobre, 10 h : présentation de Spartan, un Tahitien au sommet du surf mondial

 

« Un bouquet de fleurs de mots »

Frédéric Cibard et traduction Yann Paa

« C’est d’abord un hommage à ma terre d’accueil », nous a confié Frédéric Cibard, chargé de communication au Conservatoire artistique de la Polynésie française, qui écrit depuis l’âge de 16 ans mais sans jamais avoir révélé ses textes au grand jour. Pour la première fois, il a choisi de partager ses vers dans un ouvrage baptisé Jardins polynésiens. En 2025, il a écrit 250 textes de poésie avec une régularité de métronome. « Tous ont été écrits à 5 heures du matin, en observant le jour se lever. C’est une écriture automatique, dans un style surréaliste. Je sentais que c’était le bon moment de le faire », explique Frédéric. Et pour que cet hommage à cette terre d’accueil, qui a été une terre de toute une vie, soit le plus juste à ses yeux, il lui paraissait important de donner sa place à la langue tahitienne. C’est donc Yann Paa, auteur plusieurs fois primé au Heiva i Tahiti, qui s’est investi dans ce projet, non pas pour traduire mot à mot les écrits de l’auteur mais plutôt pour en retranscrire les émotions.

  • Samedi 17 octobre, 15 h 30 : présentation de Jardins polynésiens

————————

La sélection de la rédaction

Kataraina

Becky Manawatu (traduction David Fauquemberg)

Au vent des îles

Un coup de feu. Un homme qui tombe, mort. C’est là que tout commence – ou plutôt, que tout remonte à la surface. Car une violence immémoriale a mené à ce geste. Elle s’est glissée dans les silences, dans la honte qui pousse à fermer les yeux. Ses racines plongent bien plus loin que la ferme au bord de l’eau ou s’est joué le drame : de génération en génération, les femmes de la lignée Te Au savent ce qu’il en coûte de résister. Comme le kūkūwai – ce marais māori qui en est l’âme –, le récit avance par strates et surgissements, mêlant les voix des vivants et celles des ancêtres, la langue des mythes et celle des corps blessés. Avec Kataraina, Becky Manawatu s’impose comme l’une des plumes les plus puissantes et les plus singulières du Pacifique, tissant une œuvre qui regarde la violence en face et la fait littérature.

Kēata

Emily Donaldson et Debora Kimitete

Haere Pō

Kēata, la guerrière est une fiction historique se déroulant au XIVe siècle à Hivaòa aux îles Marquises. Kēata est une jeune Marquisienne de la tribu des Atikeâ de Puamau destinée à devenir une maîtresse tresseuse, mais l’attaque de la tribu ennemie des Piina de Hanamenu va bouleverser son avenir. Le meurtre de sa tante Poetai, suivi du raid vengeur mené par des membres de sa tribu jusqu’à Hanamenu au cours duquel son frère de lait Tehei est capturé, conduisent Kēata à traverser toute l’île pour le retrouver. Elle multiplie courageusement les rencontres heureuses ou malheureuses sur les crêtes aux confins des nombreuses tribus de l’île, tout en s’interrogeant sur ses désirs et en affrontant ses devoirs au sein de sa tribu.

Rangiroa mon île corail

Maïre Vallaux-Bodereau

’Ura éditions

Faaniki a 9 ans et habite Avatoru sur l’île de Rangiroa, le plus grand atoll des Tuamotu de Polynésie française. Avec ces tableaux, il nous invite à découvrir son île et à partager son bonheur de vivre dans le monde de la mer. Vulnérables pendant les tempêtes et les cyclones, les atolls cernés entre l’océan et le lagon offrent des dégradés de bleus et de verts inégalés.

Samo : coco sec (Tome 3)

Mickey Moto

Éditions des Mers Australes

Alors que Samo accueille sa sœur adoptive Rani pour les vacances, les conséquences de la battle continuent de le poursuivre. Il doit rendre des comptes à Hina, ce qui l’oblige à retourner à l’entrepôt de Jéricho. Ainsi le destin le ramène aux manigances du trio « Fafaru Gang ». Mise à l’épreuve pour notre graffeur en herbe… Parviendra-t-il à affronter ses peurs et à mettre son égo de côté ?

 

Revue 30 – Révolutions

LITTERAMĀ’OHI

La Revue 30 rend hommage à Mareva Leu, qui a présidé l’association Littéramā’ohi de 2021 à 2025. Elle explore aussi les Révolutions, sous la plume d’auteurs polynésiens, et ouvre ses pages aux créations d’auteurs autochtones. Trois nouvelles parties enrichissent ce numéro : des textes guidés par Oblivion d’Astor Piazzolla, les écritures des jeunes auteurs, et une section renforçant l’ancrage culturel et le lien a la terre. Enfin, la Revue 30 encourage Virginie Tetoofa, artiste du récit en images, dont le travail fait dialoguer création, regard et langage cinématographique.

Vous aimerez aussi...