Hiro’a n°225 : 10 QUESTIONS À
ANATAUARII TAMARII, DIRECTEUR DU CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI
Propos recueillis par Isabelle Lesourd
Métiers d’art : « Transmettre avec exigence, créer avec liberté »
À l’heure de la rentrée, le Centre des métiers d’art (CMA) entame une année riche en projets et en évolutions. Son directeur, Anatauarii Tamarii, revient sur les nouveautés, les temps forts et les ambitions du Centre.
La rentrée vient d’avoir lieu pour les étudiants du Centre des métiers d’art. Comment se présente cette nouvelle année et combien d’élèves accueillez-vous ?
« Cette nouvelle année se présente sous de bons auspices. Nous avons accueilli six étudiants en DN MADE, trois en deuxième année et trois en troisième année. Nous accueillons au total 32 élèves stagiaires en CPMA et BPMA, ce qui porte l’effectif global du Centre à 38 élèves. Nous travaillons simultanément sur notre projet d’établissement, la réforme de nos statuts et la reconstruction future du site. »
Constatez-vous un engouement croissant des jeunes pour les formations du Centre ? Le nombre de candidats est-il en augmentation ?
« Nous constatons un véritable intérêt pour les métiers d’art et la création polynésienne, mais le Centre a connu une diminution du nombre de candidats aux épreuves d’admission. Cette baisse s’explique notamment par nos capacités d’accueil, limitées par les bâtiments actuels, mais aussi par le budget consacré aux indemnités des élèves stagiaires. Nous devons mieux faire connaître nos formations, leurs débouchés et les métiers auxquels elles peuvent conduire. »
Quels sont aujourd’hui les cursus et les disciplines proposés, et quels profils de jeunes souhaitez-vous former ?
« Le CMA propose trois cursus : le Certificat polynésien des métiers d’art (CPMA), niveau 3 ; le Brevet polynésien des métiers d’art (BPMA), niveau 4 et le Diplôme national des métiers d’art et du design (DN MADE), niveau 6, grade de licence. Les principales disciplines sont la sculpture, la gravure, le tressage et la vannerie, les arts appliqués, les arts plastiques, le dessin, la culture polynésienne, le design, les arts numériques et les arts graphiques. Lors de l’admission, nous recherchons avant tout de la créativité, de la motivation et un intérêt réel pour les savoir-faire et les cultures océaniens. »
Cette rentrée 2026 est-elle marquée par des nouveautés ?
« Cette rentrée est marquée par une évolution de nos méthodes pédagogiques et l’arrivée de quatre nouveaux enseignants, dont trois ont été élèves au CMA. Nous allons développer les projets transversaux. Plusieurs workshops viendront enrichir les enseignements : sculpture, gravure, bijouterie, création graphique, intelligence artificielle et outils numériques. Des rencontres seront également organisées autour de la propriété intellectuelle et de l’entrepreneuriat. »
Quels seront les grands temps forts de cette année scolaire ?
« Le premier temps fort aura lieu le 17 septembre 2026 avec une journée consacrée à notre projet d’établissement. Dans le cadre des Jeux du Pacifique, le CMA participera à la réalisation de huit trophées ainsi qu’au projet « Nani Nani » de création de mobilier à partir de palettes récupérées. Nous poursuivrons notre collaboration avec le Fifo, à travers la création de ses trophées. Le Centre travaillera par ailleurs avec la Direction des transports terrestres sur deux projets. L’année sera aussi marquée par la publication du catalogue de l’exposition « Huri ». Le CMA dévoilera également sa nouvelle identité visuelle avec un nouveau logo. Nos élèves participeront à la Tahiti Fashion Week, avec des robes associant métiers d’art, création vestimentaire et expression contemporaine. Enfin, les élèves et l’équipe du CMA prendront part au Ta’urua Hīmene, autour de la thématique E mata ora te ha‘a. »
Quels partenariats sont prévus cette année ?
« Le CMA souhaite renforcer son ouverture dans le Pacifique et à l’international. Nous poursuivons notre partenariat avec le lycée Samuel-Raapoto et l’Université de la Polynésie française dans le cadre du DN MADE. L’accueil, entre mai et juin 2026, de deux étudiantes de l’École Boulle a constitué une première expérience d’échange. Nous souhaitons en développer d’autres avec des écoles d’art. À l’échelle du Pacifique, un projet d’échange avec le New Zealand Māori Arts and Crafts Institute – Te Puia, à Rotorua, est à l’étude pour 2027. Enfin, une réflexion est engagée sur le développement futur d’actions de formation aux Marquises. »
Quelle place accordez-vous à la transmission des savoir-faire traditionnels tout en encourageant une expression contemporaine ?
« Cette articulation constitue le cœur de notre mission. Les savoir-faire transmis au CMA représentent un patrimoine vivant. Mais transmettre ne signifie pas reproduire à l’identique ou figer la création. Notre rôle est de donner aux élèves des bases culturelles et techniques solides, puis de les accompagner vers une expression propre. L’ambition du CMA est ainsi de former des créateurs capables de faire dialoguer héritage et contemporanéité. »
Les nouvelles technologies trouvent-elles leur place dans les enseignements ?
« Oui, elles doivent désormais occuper une place dans nos enseignements. Les outils numériques ne remplacent ni la main, ni la matière, ni le geste. Ils enrichissent le processus de création. Un workshop consacré à l’intelligence artificielle est envisagé. Il permettra d’en aborder les possibilités, les limites et les enjeux éthiques. »
Comment accompagnez-vous les élèves dans leur projet professionnel et leur insertion ?
« L’accompagnement professionnel doit être présent tout au long de la formation. Les enseignements permettent d’acquérir des compétences techniques, mais aussi d’analyser une demande, élaborer un projet, respecter un cahier des charges et présenter son travail. Nous souhaitons renforcer les rencontres avec les artisans, artistes, designers, entrepreneurs et institutions. Des interventions sont prévues avec la Direction générale des affaires économiques et le Service de l’artisanat, sur la propriété intellectuelle, les aides à la création d’activité et les dispositifs d’accompagnement. »
Quels projets ou évolutions aimeriez-vous voir aboutir dans les prochaines années ?
« Plusieurs transformations sont engagées. La première concerne la reconstruction du Centre. Les études architecturales ont débuté en 2026. La deuxième est la réforme de nos statuts. Le cadre actuel date de 1980. Nous devons également finaliser notre projet d’établissement, consolider le DN MADE et diversifier notre offre de formation. Enfin, je souhaite que le Centre renforce son rayonnement dans le Pacifique et devienne un véritable pôle d’excellence océanien consacré aux métiers d’art. Si je devais résumer notre cap, ce serait transmettre avec exigence, créer avec liberté et construire collectivement le CMA de demain. »
Quelques dates à retenir en 2027
- 18 et 19 mars: exposition-vente des travaux des élèves
- 29 avril: journée portes ouvertes du CMA
- 18 juin: exposition des projets de diplôme des étudiants de troisième année du DN MADE
- 24 juin: jurys du Parau Tū’ite Hanahana
- 25 juin : vernissage de l’exposition de fin de cycle des CPMA et BPMA, avec les étudiants du DN MADE
