Hiro’a n°224 : 10 QUESTIONS Ā

Tahia Lehartel, cheffe costumière de la troupe Nunaa e Hau, lauréate du prix Joseph Uura du meilleur costume en hura nui

Propos recueillis par Jenny Hunter

 « C’est 500 pièces à assembler pour réaliser ce grand costume »

Récompensée par le prix Joseph Uura du meilleur costume hura nui, la troupe Nunaa e Hau a marqué le Heiva grâce à une spectaculaire coiffe de près d’un mètre de haut. Tahia Lehartel, cheffe costumière, revient sur la conception de cette création inspirée des costumes dautrefois et pensée comme un symbole de transmission.

Qu’est-ce qui a inspiré ce costume ?

« Ce costume a été inspiré par les grandes coiffes vues dans les archives de l’époque de Gilles Hollande et Madeleine Moua. Nous y avons ajouté des petites fleurs en more. Cette pièce comporte cinq branches et, tout le long des branches, il y a des petites rosettes en more. Elles symbolisent la lumière, les éclats, les étoiles et les différentes générations qui se succèdent. On voulait raconter la transmission entre générations. Nous avons ensuite conçu les jupettes des femmes en more. Nous y avons repris tous les éléments que nous avions intégrés à la coiffe. Comme je le disais, la coiffe est la pièce maîtresse de ce costume, c’est à partir d’elle que tous les autres éléments ont été imaginés. »

Combien de temps a-t-il été nécessaire à la confection de ce costume ?

« Il nous a fallu au moins deux semaines pour créer le prototype, entre les tests à faire et les corrections à apporter. »

Quels matériaux avez-vous utilisés et pourquoi ?

« Nous avons utilisé du more pour le côté traditionnel, le pakana pour sa brillance et le paeore pour sa tenue et sa rigidité. Il faut savoir que le more est le matériau traditionnel utilisé pour les grands costumes. Nous l’avons décliné sous toutes ses formes : fleurs, rosettes, pompons, et bien sûr, franges de jupe. »

Quelle a été la plus grande difficulté dans la création de ce costume ?

« Il fallait que cela respecte le croquis du designer Tuatini Manate. Passer d’une image 2D à un costume en volume, ce n’est pas évident. Ensuite, la plus grande contrainte a été de faire tenir cette coiffe imposante, qui mesure 90 cm de hauteur et 95 cm de largeur, sur les danseuses. Nous avons testé plusieurs solutions (fil de fer, bouts de bois…) avant de retenir le bambou, à la fois léger, souple et suffisamment résistant.

Les contraintes étaient énormes. Parmi les conditions à respecter, il fallait que le costume soit “dansable”, qu’il corresponde à notre thème. Puis dans la conception, il fallait faire tenir la coiffe pour qu’elle soit haute mais légère en même temps. Enfin, il fallait qu’elle soit réalisable par tous les danseurs et danseuses avec ou sans expérience de couture. »

Qu’avezvous ressenti à l’annonce des résultats pour le grand costume de cette édition du Heiva ?

« Une immense fierté. C’est la reconnaissance de notre travail. Il faut savoir que Nunaa e Hau, c’est une toute nouvelle équipe. Et il faut aussi noter que pour Tuatini et moi, c’est la première fois qu’on participe au Heiva comme designer et cheffe costumière. Pour une première, c’est juste génial. »

Selon vous, qu’est-ce qui a fait la différence cette année ?

« Nous supposons que l’envergure de la coiffe a joué un rôle important, mais aussi l’harmonie entre toutes les pièces du costume. »

Quel détail du costume le public ne remarque pas toujours, mais dont vous êtes la plus fière ?

« Tout est cousu à la main. Chaque élément a été cousu à la main, qu’il s’agisse du pakana, du more ou du pae’ore. Cela représente 500 pièces à assembler pour réaliser ce grand costume.

En tant que passionnée du Heiva, je n’avais plus revu de coiffe aussi imposante depuis des années. Je me suis demandé pourquoi ces grandes coiffes avaient disparu alors qu’elles étaient autrefois la norme. Aujourd’hui, il n’y a plus que des petites coiffes. »

Qui vous a transmis cet art, ou comment lavez-vous appris ?

« Nous avons appris par l’expérience, nous faisons des costumes depuis une dizaine d’années pour les écoles de danse, les concours, le Hura Tapairu et le Heiva. »

Comment conciliez-vous tradition et innovation dans vos créations ?

« Nous voulons garder un style traditionnel dans ses grandes lignes et apporter notre vision un peu plus moderne, un peu plus jeune. Par exemple, pour les filles, ce n’est pas une jupette entière. On a raccourci le bas pour arriver au niveau des cuisses. Nous avons innové dans ce sens, même si certains pourraient nous le reprocher. »

Si vous deviez résumer votre costume en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?

« D’époque, hauteur et lumière. »

Les costumes de Nunaa e hau remis au Musée de Tahiti et des îles

Le Nu’uroa Fest’ propose un nouvel espace d’expression aux groupes de hīmene et de ori tahiti qui n’ont pas été récompensés lors du concours officiel. Loin de l’effervescence de To’atā, ces formations artistiques se produisent à Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des îles, à Punaauia, dans un environnement mêlant nature et patrimoine.

Par ailleurs, cet événement contribue à l’enrichissement des collections du Musée de Tahiti et des îles, qui conserve et valorise les costumes du Heiva, véritables témoins de l’évolution de la danse tahitienne depuis les années 1940. Lors de l’édition 2025, c’est le groupe Hei Tahiti, dirigé par Tiare Trompette-Dezerville et lauréat du prix Joseph Uura du meilleur costume hura nui, qui avait ainsi fait don de deux de ses tenues primées (homme et femme). Cette année, c’est la troupe de Nunaa e Hau qui remettra ses costumes au musée.

Pratique

7e Nuuroa Fest’ 

Samedi 1er août, à partir de 13 h 30

Dans les jardins du Musée de Tahiti et des îles

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