Hiro’a n°223 : LE SAVIEZ-VOUS ?

SERVICE DU PATRIMOINE ARCHIVISTIQUE AUDIOVISUEL – TE PIHA FAUFA΄A TUPUNA (SPAA)

Sources : SPAA ; Messager de Tahiti ; JO des EFO

Quand Tahiti se dotait de son premier code de la route

À l’heure où les embouteillages de la zone urbaine de Tahiti rythment le quotidien des Polynésiens, se replonger dans l’histoire de notre réseau routier offre un éclairage savoureux sur les débuts de la modernité des transports dans l’île.

 

Dès le temps du protectorat, la cohabitation sur la voie publique est un sujet crucial pour les autorités. Si un arrêté du 2 décembre 1865 imposait déjà aux voitures et aux chevaux de se croiser en se laissant réciproquement sur leur gauche, et qu’un texte de 1867 sommait de franchir les ponts au pas, le véritable bouleversement survient au tournant du XXe siècle avec l’introduction des moteurs mécaniques.

L’onde de choc de l’automobilisme

Face à l’arrivée des premières voitures automobiles et des deux-roues à moteur, l’Administration doit s’adapter en urgence pour parer « aux accidents que le développement de l’automobilisme rendra inévitables ». C’est ainsi que le 9 novembre 1912, un arrêté pose les bases du permis de conduire à Tahiti. Désormais, pour prendre le volant ou le guidon, il faut décrocher un « certificat de capacité » délivré par le gouverneur de la colonie, après avis du chef du Service des travaux publics.

À cette époque, la vitesse est l’ennemi public numéro un. Le texte de 1912 est d’une grande fermeté : les conducteurs doivent réduire leur allure à celle d’« un homme marchant au pas » dans les zones étroites ou encombrées. Hors des villes, la vitesse maximale est plafonnée à 30 km/h, et descend à seulement 10 km/h en agglomération. Pour signaler leur approche, les automobilistes doivent obligatoirement actionner une trompe et équiper leur véhicule de deux feux à l’avant : un blanc et un vert.

1913 : vers une réglementation unique pour tous

Le trafic augmentant régulièrement, le gouverneur Géraud décide de frapper un grand coup quelques mois plus tard. Le 6 janvier 1913, il signe un long arrêté visant à unifier et simplifier les règles pour absolument tous les usagers de la route : des chevaux aux automobiles, en passant par les troupeaux. Un véritable premier « code de la route » polynésien voit le jour, avec un changement historique majeur pour la circulation locale : le passage officiel de la conduite à droite. Ce texte foisonnant passe au crible chaque mode de déplacement de l’époque.

Pour les cavaliers et les cyclistes : les chevaux doivent toujours être attachés lors des stationnements et traverser les ponts au pas. Les vélos non motorisés ont l’obligation d’avoir une lanterne la nuit, un avertisseur sonore, et de veiller scrupuleusement à ne pas effrayer les chevaux.

Pour les charrettes et les voitures à traction animale : les conducteurs doivent avoir au minimum 12 ans. La largeur des essieux est limitée à 2,50 mètres et les clous saillants sur les roues sont interdits pour préserver la chaussée. Les chargements ne peuvent dépasser 3 mètres de haut pour les véhicules à deux roues, et 4 mètres pour ceux à quatre roues.

Pour les automobiles : la réglementation se durcit. L’âge minimum pour le certificat de capacité passe à 18 ans. La vitesse autorisée en agglomération est légèrement rehaussée à 20 km/h, mais reste fixée au pas dans les marchés et les rues en pente. Les véhicules doivent posséder des freins « aussi instantanés que possible » et une corne ou trompe audible à 50 mètres. De plus, la priorité sur les ponts étroits revient au premier véhicule engagé.

Enfin, concernant les animaux domestiques et les troupeaux : l’errance est formellement interdite, et toute personne conduisant un troupeau doit obligatoirement laisser libre la moitié de la chaussée.

Civisme et sanctions

Au-delà des aspects techniques, cet arrêté de 1913 réglemente également le civisme et le respect de la vie publique. Il est alors formellement interdit de faire des courses de vitesse ou de couper les convois funèbres, les groupes scolaires et les détachements militaires. Afin d’assurer le respect de ces règles de vie commune, les automobilistes ont l’obligation d’éteindre leur moteur lorsqu’ils quittent leur véhicule pour supprimer le bruit.

Tout contrevenant s’expose à de lourdes sanctions : amendes, peines d’emprisonnement, obligation de payer les réparations des routes endommagées, ou encore retrait immédiat du « permis de conduire ».

Une sévérité jugée nécessaire pour faire entrer la Polynésie dans l’ère de la modernité routière.

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