Hiro’a n°223 : DES VISAGES, DES SAVOIRS

CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI (CMA)

Des visages, des savoirs

Rencontre avec Jade Girardot et Romanée Du Merle, étudiantes de l’École Boulle. Texte : Isabelle Lesourd – Photos : Isabelle Lesourd, Jade Girardot et Romanée Du Merle

 

Deux étudiantes de Boulle au CMA

 

Pendant deux mois, le Centre des métiers d’art a accueilli Jade Girardot et Romanée Du Merle, étudiantes en deuxième année de DN MADE à l’École Boulle de Paris, référence française des métiers d’art, du design et de la création. Rencontre.

Jade Girardot

« J’ai découvert la gravure sur nacre et les motifs polynésiens. »

Chez Jade Girardot, l’envie de créer est une histoire de famille. Dessin, musique, travail du bois ou du métal, l’expression artistique occupe une place essentielle dans son univers. « Mon père et mes grands-parents auraient rêvé d’intégrer l’École Boulle », raconte-t-elle. Après le collège, la découverte des formations proposées par l’établissement s’impose comme une évidence et elle oriente tout son parcours dans cette direction.

L’École Boulle, un laboratoire d’idées

Aujourd’hui en deuxième année de DN MADE, Jade apprécie autant l’excellence technique que l’esprit d’ouverture qui règne à l’École Boulle. « Nous avons la chance d’avoir des enseignants extraordinaires, parfois même des Meilleurs Ouvriers de France. Ils nous transmettent leur passion avec beaucoup de générosité. » Elle souligne également l’importance des projets menés entre différentes spécialités : « On peut mélanger les compétences. J’ai travaillé avec des élèves ébénistes sur un instrument de musique. Ces échanges font naître beaucoup de projets. Ça bouillonne d’idées ! »

 

Spécialité : gravure ornementale

Depuis cinq ans, Jade s’est spécialisée dans la gravure ornementale. « À l’origine, elle permettait de personnaliser des objets finis, mais aujourd’hui nous travaillons aussi pour la bijouterie ou l’orfèvrerie. » Elle aime la complémentarité des savoir-faire, de la découpe et de la soudure du métal au travail plus délicat de la gravure. Parmi les étapes marquantes de son parcours, elle cite son titre de Meilleure Apprentie de France obtenu en 2023.

Au CMA, découverte de la nacre et des motifs polynésiens

Passionnée par les coquillages et l’océan, Jade découvre au Centre des métiers d’art un lien naturel entre les matériaux qu’elle affectionne et les techniques qu’elle maîtrise déjà. Durant son stage, elle expérimente la gravure sur nacre, le travail de la noix de coco et s’initie aux motifs marquisiens ainsi qu’à leur symbolique. Elle retrouve aussi un fonctionnement qu’elle apprécie : des ateliers ouverts où les disciplines se croisent et s’enrichissent mutuellement. « J’ai été touchée par la passion des enseignants pour les matériaux locaux, les traditions et la culture polynésienne. »

Une expérience tahitienne qui va changer l’avenir

Cette immersion en Polynésie marquera durablement son parcours. « Le fait d’être aussi loin de chez soi nous rend plus attentifs à ce qui nous entoure. On regarde les choses différemment. » L’an prochain, Jade se consacrera à son projet de fin d’études. Une certitude : « Je vais forcément réutiliser la gravure sur nacre. Cette expérience va nourrir mon projet. » Après l’obtention de son diplôme, elle envisage d’intégrer un atelier, comme celui de la maison Chanel où elle a déjà effectué un stage, ou de se lancer à son compte.

Romanée Du Merle

« Plus qu’un stage, c’est l’apprentissage d’une nouvelle culture par la bienveillance ! »

Pour Romanée, les métiers d’art relèvent presque de l’évidence. Elle grandit dans un environnement où l’architecture, le design, la musique et l’artisanat font partie du quotidien. Élève de l’enseignement Steiner-Waldorf de la maternelle jusqu’à la troisième, elle découvre très jeune le plaisir de travailler la matière. Cette école accorde, en effet, une place importante à l’expression artistique. « J’ai commencé la sculpture sur bois et sur pierre vers l’âge de dix ans. J’ai aussi pratiqué la ferronnerie et la menuiserie avec mes grands-parents. » Son père, architecte, est lui-même passé par l’École Boulle ; ses grands-parents étaient designers, architectes et menuisiers.

L’École Boulle, l’excellence et la transmission

Romanée intègre l’École Boulle dès la seconde. Au-delà de la réputation de l’établissement, elle y découvre un véritable esprit de transmission. « Beaucoup d’enseignants ont été formés par d’anciens élèves. On sent vraiment une chaîne de transmission entre passionnés. » Elle apprécie particulièrement la diversité des ateliers et des techniques abordées. « J’aime passer d’un atelier à un autre, découvrir différentes matières et différentes façons de créer. »

Passionnée par la sculpture sur bois

Spécialisée en sculpture sur bois depuis le début de sa formation, Romanée aime allier précision technique et sens du détail. « J’aime beaucoup le mobilier ancien et les ornements. Ce sont les détails qui me fascinent. » Nourrie par les souvenirs partagés avec sa grand-mère et par sa pratique de la menuiserie, cette passion l’a conduite à développer un savoir-faire reconnu. En 2024, elle obtient le titre de Meilleure Apprentie d’Île-de-France. « Cette distinction m’a permis de prendre confiance en moi et de mesurer le chemin parcouru. »

Un stage, la découverte d’une culture

Ce stage au CMA est né d’un projet commun avec Jade, sa camarade de l’École Boulle, et a été facilité par des attaches familiales en Polynésie. « Mon grand-père vit ici depuis plus de trente ans. Je n’étais venue qu’une seule fois à l’âge de six mois ! » Impressionnée par la qualité des réalisations produites dans les ateliers, Romanée découvre une autre approche du travail du bois, davantage tournée vers les outils manuels et les techniques traditionnelles. Elle expérimente de nouvelles essences, comme le marumaru ou le bois de rose, et s’initie à la sculpture des Australes, à la vannerie et à la création de bijoux. « C’est bien plus qu’un stage. C’est l’apprentissage d’une nouvelle culture par la bienveillance et les rencontres. »

 

Cap vers de nouveaux projets

Avant son départ, Romanée envisageait surtout de travailler dans la restauration de mobilier ancien ou la reproduction de styles européens. Cette expérience a élargi ses horizons. « J’ai envie d’une création plus libre, avec une influence polynésienne. » Son projet de diplôme pourrait s’en inspirer directement. Après son DN MADE, elle envisage également de préparer un CAP de chocolaterie afin d’intégrer l’atelier de Patrick Roger, sculpteur sur chocolat. Une nouvelle illustration de sa conviction : la création n’a pas de frontières, qu’elle s’exprime dans le bois, la pierre… ou le chocolat.

Le saviez-vous ?

L’histoire entre le CMA et l’École Boulle ne date pas d’hier. Henri Bouvier, ancien élève graveur de cette école parisienne, fut l’un des initiateurs du Centre des métiers d’art en Polynésie française, créé en 1980. Animé par la volonté de transmettre les savoir-faire polynésiens, il imagine un lieu dédié à la formation des jeunes générations, au croisement de la tradition et de la création.

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