Hiro’a n°222 : CULTURE BOUGE
SERVICE DE L’ARTISANAT TRADITIONNEL (ART) – TE PŪ ΄OHIPA RIMA΄Ī
Rencontre avec Vaiana Giraud, cheffe du Service de l’artisanat traditionnel. Texte : Isabelle Lesourd – Photos : ART
Former les artisans, garder les savoir-faire vivants
Professionnaliser les artisans tout en préservant les savoir-faire traditionnels, c’est l’objectif du vaste programme de formation déployé par le Service de l’artisanat traditionnel – Te Pū ‘ohipa rima‘ī. En 2026, près de 300 artisans devraient bénéficier gratuitement de ces actions organisées dans l’ensemble des archipels.
Le Service de l’artisanat traditionnel a renforcé cette année son programme de formations générales et techniques afin d’accompagner la professionnalisation d’un secteur qui compte près de 2 000 artisans recensés. « Le Service de l’artisanat s’est engagé dans des actions de formation à grande échelle. Plus d’une centaine d’artisans sont formés chaque année, conformément à nos missions de professionnalisation du secteur, d’accompagnement du développement social et économique et de transmission des savoir-faire », explique Vaiana Giraud, qui dirige ce Service.
En 2025, 252 artisans ont ainsi bénéficié de ces formations générales, soit 70 % de plus qu’en 2024. L’objectif affiché pour cette nouvelle programmation est encore plus ambitieux : permettre à près de 300 artisans de suivre une formation au cours de l’année, sous réserve des inscriptions.
Des compétences pour développer son activité
Comptabilité, gestion de projet, techniques de vente, communication ou anglais, les formations générales proposées répondent aux réalités concrètes du métier d’artisan aujourd’hui. « Ces formations permettent de faire évoluer un public qui n’a pas toujours été vraiment formé. » Au-delà de la maîtrise du geste, les artisans doivent aujourd’hui répondre à de nouvelles exigences : accueil des visiteurs, commercialisation des produits, gestion administrative ou adaptation aux marchés touristiques. Cette année, des sessions de formation générale ont déjà été organisées à Rimatara, Mahina et Huahine. D’autres se dérouleront au mois d’août à Mo’orea notamment. Trois formations spécifiques sont également proposées à Tahiti : « Créer sa marque », « Accompagnement à l’export » et « Gestes et postures » animée par une ergothérapeute afin de prévenir les douleurs liées aux pratiques artisanales. Le Service remet également en place des formations destinées aux responsables associatifs, très présents dans le secteur de l’artisanat traditionnel. Ces sessions visent à accompagner la gestion des structures et des projets, en particulier pour les organismes sollicitant régulièrement des subventions.
Des formations au cœur des archipels
L’un des enjeux majeurs reste toutefois l’éloignement géographique. « Sur les 2 000 artisans recensés, près de la moitié exerce dans les archipels. Amener les formations dans leurs îles est le meilleur moyen de les mobiliser », poursuit Vaiana Giraud. Pour répondre à cette réalité, le Service de l’artisanat s’appuie sur six fare artisanaux relevant de sa gestion : Mahina, Huahine, Taiohae, Taipivai, Rangiroa et Fakarava. Ces structures deviennent progressivement de véritables pôles de formation et d’animation de la vie artisanale locale. « L’idée est de leur apporter une plus grande aisance dans la vente, notamment en anglais, car ils ont souvent affaire à des croisiéristes. » Les formations proposées dans ces fare abordent également la gestion de projet. « Un fare est un projet en lui-même : comment le dynamiser, comment le faire vivre ? » À travers une nouvelle convention, le Service de l’artisanat souhaite renforcer le rôle de ces structures afin qu’elles soient davantage représentatives de la richesse artisanale de leur île, avec plus de diversité et d’animations.
Préserver les savoir-faire fragiles
Au-delà de l’accompagnement économique, le programme vise aussi la transmission des savoir-faire traditionnels, parfois menacés de disparition. « L’objectif est de préserver des savoir-faire un peu fragiles ou de développer de nouvelles techniques dans certains domaines. » Cinq formations techniques ont ainsi été mises en place cette année : techniques de tressage raraga mātua à Nuku Hiva, sculpture sur pierre à Reao, tīfaifai à Ahe et Tubuai ou encore ornements en coquillages de plage à Takaroa. Parmi les actions marquantes figure la formation de sculpture organisée à Rurutu en 2025, aux Australes. Une pratique toujours présente dans l’archipel mais aujourd’hui de plus en plus rare. « On constate qu’il y a moins d’artisans dans certains domaines, certains objets qu’on ne voit plus beaucoup dans les expositions, comme la sculpture des Australes. Le comité de l’archipel a associé deux artisans de chaque île à cette formation. C’est une façon de relancer les pratiques, de recréer un intérêt autour de ces savoir-faire et d’ouvrir des perspectives. »
Ces formations permettent aussi aux artisans d’adapter leurs pratiques à un environnement qui évolue. « Il peut arriver, par exemple, qu’on ne trouve plus les mêmes coquillages pour la confection des bijoux. Ces formations sont aussi l’occasion d’accompagner l’évolution des pratiques et d’explorer de nouvelles solutions adaptées aux ressources disponibles. » À travers ce programme déployé dans l’ensemble des archipels, le Service de l’artisanat traditionnel entend ainsi soutenir durablement les artisans polynésiens, tout en préservant un patrimoine culturel vivant, intimement lié aux îles et à leurs ressources.
Comment s’inscrire ?
Gratuites, les formations sont ouvertes aux artisans traditionnels recensés auprès du Service de l’artisanat traditionnel. Les communes et les comités d’îles participent à l’identification des personnes intéressées par le perfectionnement d’une technique ou le développement de nouvelles compétences et relaient les informations relatives au calendrier des formations et aux inscriptions.
Plus d’informations sur www.artisanat.pf
Pour des gestes mieux adaptés aux réalités des métiers
Parmi les nouveautés proposées cette année, le Service de l’artisanat met en place une formation dédiée aux gestes et postures, animée par une ergothérapeute. Elle sera organisée lors des salons thématiques des Australes, des Tuamotu et des Marquises, en fin d’année à Tahiti.
Cette initiative répond aux difficultés physiques fréquemment rencontrées par les artisans dans l’exercice de leur métier : tendinites, douleurs dorsales ou encore troubles liés aux gestes répétitifs et aux postures prolongées. L’objectif est de travailler avec l’ergothérapeute en tenant compte des spécificités de chaque pratique artisanale : la sculpture et le tapa aux Marquises, le tressage aux Australes ou encore le ramassage et le perçage des coquillages aux Tuamotu. La formation permettra aux artisans d’apprendre les bons gestes et les bonnes postures afin de limiter les douleurs, prévenir les blessures et préserver leur santé au quotidien.

Photo @Service de l’artisanat – Formation tressage à Fatu Iva.
