Hiro’a n°221 : LE SAVIEZ-VOUS ?
Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha faufa΄a tupuna
Sources L’académie tahitienne, de Hubert Coppenrath, Les Nouvelles de Tahiti, La Dépêche de Tahiti, SEO. Texte : Alexandra Sigaudo-Fourny

Martial Iorss, une figure emblématique de la langue tahitienne
Le Service du Patrimoine Archivistique Audiovisuel (SPAA) nous invite à découvrir les travaux de monsieur Iorss (1891-1966) notamment à travers son ouvrage Lagrammaire tahitienne qui est conservé aujourd’hui au SPAA. L’occasion de découvrir ou redécouvrir un homme qui a œuvré pour la langue tahitienne et a joué un rôle important dans l’administration du fenua.
Martial Iorss, né le 12 janvier 1891 à Taiohae, Nuku Hiva, aux îles Marquises, reste dans les mémoires comme une « aimable figure du vieux Tahiti ». Homme de cœur et d’esprit, ce « bon vivant » a marqué l’histoire de la Polynésie française tant par sa rigueur administrative que par sa passion pour la transmission culturelle. Bien qu’il ait débuté sa carrière comme instituteur à Mataiea, Martial Iorss a rapidement intégré les rouages de l’administration et de l’économie locales. En effet, après avoir travaillé pour plusieurs entreprises et surtout passé plus de quatre ans dans l’armée dans le cadre de son service militaire, il accède à un poste clé en 1929 : greffier en chef près des tribunaux. S’il n’a jamais porté officiellement le titre d’interprète, ses fonctions de greffier l’ont naturellement amené à suppléer ces derniers au tribunal, faisant de lui un maillon essentiel de la justice en milieu polynésien. Son expertise linguistique était telle qu’il pratiquait couramment le français, l’anglais et le tahitien. Mais son engagement ne s’arrêtait pas aux portes du Tribunal. Il fut une figure centrale de la vie associative et politique, occupant notamment les fonctions de conseiller élu à l’Assemblée territoriale (1953) et président de la Commission permanente ; président de la Société hippique, du Yacht Club de Tahiti et de la Société de la Jeunesse tahitienne ainsi que président de la commission des chants et danses folkloriques pendant près de vingt ans.
« Le tahitien à la portée de tous », l’œuvre d’une vie
C’est dans la préservation et la promotion de la langue tahitienne que Martial Iorss a laissé son empreinte la plus profonde. À partir de 1957, répondant à un regain d’intérêt pour la langue vernaculaire, il commence à dispenser des cours à la Chambre de commerce pour les Européens et les « Demis » désireux de se perfectionner. En 1961, il synthétise son savoir dans un ouvrage majeur : Le Tahitien à la portée de tous : Grammaire de la langue tahitienne (publié en 1963). Ce dictionnaire, complété d’une grammaire, est rapidement devenu une référence incontournable. Spécialiste reconnu et souvent consulté, il utilisait également les médias modernes de l’époque pour toucher le plus grand nombre. Par exemple, ses « causeries » sur Radio-Tahiti étaient extrêmement suivies et commentées. Il a continué à donner des cours sur les ondes jusqu’à un mois avant son décès. Son éloquence est aussi restée dans les mémoires. En effet, ses discours donnés à l’occasion de grands événements, comme l’inauguration du Musée Gauguin en 1965, étaient considérés comme des modèles d’éloquence tahitienne et furent publiés à ce titre.
Précurseur de l’Académie tahitienne
L’une des contributions les plus visionnaires de Martial Iorss est sans doute l’idée de créer une Académie tahitienne. Conscient de la nécessité d’une autorité collective pour fixer les règles du bon usage et enrichir le vocabulaire face au monde moderne, il a porté ce projet aux côtés de monsieur John Martin. Bien que cette idée ait mis du temps à se concrétiser faute d’appui politique immédiat, son œuvre a ouvert la voie à ses successeurs, comme monsieur Maco Tevane, qui a repris son enseignement après sa disparition.
Martial Iorss s’est éteint dans sa maison de Pā’ōfa’i le 7 mai 1966. Il laisse derrière lui l’image d’un homme qui a su allier la rigueur des fonctions administratives à la noblesse de la transmission culturelle et linguistique.
