Hiro’a n°220 – TRÉSOR DE POLYNÉSIE

TE FARE IAMANAHA – MUSÉE DE TAHITI ET DES ÎLES (MTI)

Le pétroglyphe des « jumeaux de Tīpaeru΄i » bientôt protégé

Rencontre avec Tamara Maric, conservatrice à Te Fare Iamahana – Musée de Tahiti et des îles – Texte et photos : Delphine Barrais.

Sélectionné pour participer à la campagne nationale de sauvetage d’œuvres d’art et d’objets du patrimoine public, le pétroglyphe des « jumeaux de Tīpaeru΄i » a remporté un prix de 8 000 euros (960 000 francs CFP) qui financera la construction d’un abri pour le protéger contre le ruissellement.

Le 24 février, l’équipe de Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des îles écrivait sur ses réseaux : « Nous avons la joie de vous annoncer que le fameux pétroglyphe de Tīpaeru΄i”, illustrant la légende des jumeaux de Tīpaeru΄i et image bien connue du paysage culturel polynésien, est lauréat de la 5e édition du concours national Le plus grand musée de France. »

La campagne nationale de sauvetage d’œuvres d’art et d’objets du patrimoine public dit « Le plus grand musée de France », menée en partenariat avec la Sauvegarde de l’Art Français et Allianz France, permet depuis cinq ans de restaurer chaque année seize œuvres du patrimoine régional grâce à l’engagement de tous : simples curieux, amateurs ou passionnés de patrimoine.

Chasse aux trésors

À l’occasion d’une chasse au trésor nationale organisée fin 2025, 407 œuvres nécessitant une restauration urgente ont été signalées par les citoyens en France métropolitaine comme dans les outre-mer. « Le musée a été contacté dans ce cadre par la directrice du plus grand musée de France, et ainsi la protection du pétroglyphe de Tīpaeru΄i a été proposée », précise Tamara Maric, conservatrice à Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des îles.

En janvier dernier, un jury de présélection, composé de représentants d’Allianz France et de la Sauvegarde de l’Art Français, s’est réuni afin de retenir 48 œuvres appelées à concourir pour la cinquième édition du concours.

Les candidatures ont été départagées selon trois critères : la qualité artistique de l’œuvre, son état de conservation ainsi que l’implication des communes et des associations porteuses du projet de restauration. « De plus, les œuvres devaient rester accessibles gratuitement au grand public », précise Tamara Maric. Ce qui est le cas du pétroglyphe de Tīpaeru΄i qui repose dans le jardin intérieur de Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des îles. Il est, plus précisément, au pied d’un mara (Neonauclea forsteri), cet arbre indigène autrefois utilisé pour la confection de pirogues ou encore en médecine traditionnelle.

Réalisé par piquetage sur un imposant bloc de pierre, le pétroglyphe dit des « jumeaux de Tīpaeru΄i » représente des figures symboliques associées à une légende locale en lien avec l’ancien district de Puna΄auia (voir encadré). Selon cette tradition orale, cette pierre marquerait la sépulture de Tetauri Vahine et de ses enfants jumeaux morts à la naissance ; elle porterait les représentations des enfants, ainsi que celle d’une anguille, gardienne spirituelle du lieu.

Un pétroglyphe unique

Le pétroglyphe de Tīpaeru΄itémoigne à la fois d’un épisode tragique et de la dimension religieuse, mémorielle et symbolique de l’art rupestre polynésien. « Nous ne connaissons pas exactement la signification de nombreux motifs des pétroglyphes, admet Tamara Maric. Mais leur style ou codification indique un lien avec un système symbolique et religieux ; les motifs avaient des significations, c’est indéniable. » Les pétroglyphes constituent l’un des éléments majeurs du patrimoine culturel polynésien. « De plus, le pétroglyphe de Tīpaeru΄i se distingue par les grandes dimensions de son unique motif, là où les autres sont généralement composés d’une superposition de plusieurs petits motifs sur des rochers. »

Il n’est pas en danger mais il a tout de même besoin d’un nouvel abri de protection pour limiter l’impact érosif des pluies et l’éventuel développement de mousses que l’équipe surveille quotidiennement.

À l’échelle nationale, Le plus grand musée de France a enregistré cette année 132 479 votes, soit 36 000 votes de plus qu’en 2025. Le vote a eu lieu entre le 2 et le 22 février. Le pétroglyphe de Tīpaeru΄i a obtenu 2 719 votes, soit 78 % des voix. Vainqueur de la région Pacifique, il compte parmi les 16 œuvres gagnantes et remporte 8 000 euros soit 960 000 francs CFP qui serviront à la construction d’un nouvel abri.

Le remplacement de l’ancien abri du pétroglyphe était en projet. Ce prix permettra donc de le réaliser dans le cadre d’un projet à la fois culturel et pédagogique. Il devrait être construit dans l’année, en harmonie avec l’ensemble architectural du musée.

D’Emory au Musée : l’odyssée d’une pierre

Le pétroglyphe de Tīpaeru΄i a été relevé par l’archéologue Kenneth P. Emory, qui a réalisé dans les années 1920 à 1930 le premier inventaire archéologique de la Polynésie pour le compte du Bernice Peabody Bishop Museum de Hawaii. Mis au jour dans la vallée de Tīpaeru΄i en bordure de rivière, avec d’autres vestiges archéologiques dont deux autres rochers à pétroglyphes plus petits, le pétroglyphe de Tīpaeru΄i a fait une première apparition écrite dans l’ouvrage intitulé Stone remains in the Society Islands (1933).

Dans les années 1960, le pétroglyphe a été déplacé sur l’autre rive par Christian Beslu dans un souci de conservation et de protection. Il a été finalement placé dans le jardin du musée dans les années 1990 par le propriétaire de la terre où il a été découvert. En 2006, à la demande de l’établissement alors sous la direction de Jean-Marc Pambrun, une étude a été commandée au Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) afin de protéger l’art rupestre et la statuaire de Polynésie. Suite à leurs recommandations, dont celles de protéger ces vestiges de l’érosion par ruissellement, le musée a fait construire un abri pour le pétroglyphe de Tīpaeru΄i. Ce dernier, vétuste, n’a pas été conservé lors des travaux de rénovation de l’établissement.

Vous aimerez aussi...