Hiro’a n°220 – LE SAVIEZ-VOUS ?
Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha faufa’a tupuna
Texte : Alexandra Sigaudo-Fourny – Sources La Dépêche de Tahiti et Les Nouvelles de Tahiti (1966 et 1988)
Jean-Paul Belmondo : itinéraire d’un monstre sacré à Tahiti

Nombreuses sont les célébrités internationales et françaises qui séjournent à Tahiti et ses îles, souvent en toute discrétion, mais très peu viennent dans le cadre d’un tournage. Jean-Paul Belmondo, grande figure du cinéma français, a, lui, joué dans deux films qui se déroulent sur nos îles, à vingt-deux ans d’intervalle.
Mars 1966, c’est l’effervescence chez les journalistes de Tahiti. La Dépêche de Tahiti et Les Nouvelles de Tahiti annoncent l’arrivée imminente de l’acteur français Jean-Paul Belmondo. Celui-ci vient tourner quelques scènes de Tendre voyou, dirigé par Jean Becker et dont les dialogues sont signés Michel Audiard. Jean-Paul Belmondo a alors 33 ans et déjà 35 films à son palmarès. « Bébel » connaît un succès immense depuis son rôle dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard sorti en 1960.
L’acteur atterrit donc à Tahiti début avril avec les acteurs Jean-Pierre Marielle, Nadja Tiller, Stefania Sandrelli et un jeune Polynésien, Georges Tapare. Ce dernier a quitté Tahiti douze ans plus tôt pour rejoindre Paris où il évolue dans le milieu artistique. Après quatre ans loin du fenua, il s’apprête à tourner sur son île natale son premier vrai rôle, puisqu’il joue l’amoureux qui détrône Bébel dans le cœur de la baronne von Strasshoffer. Pour l’anecdote, Georges est le cousin de la Miss Tahiti 1965 (sacrée Miss France 1967), Marie Moua Tapare, qui a eu pour mission d’accueillir chaleureusement à l’aéroport Jean-Paul Belmondo et toute l’équipe du film.
Tendre voyou, une production polynésienne
Tendre voyou est annoncé comme la plus grosse production cinématographique française de l’année 1966 avec 600 millions d’anciens francs. C’est surtout une production d’une société implantée à Tahiti, Sud Pacifique Films de P.-E. Decharme. Celui-ci a déjà tourné six films en Polynésie et peut s’appuyer sur un réseau de Polynésiens passionnés et efficaces pour assister les techniciens ou encore faire de la figuration. Pour ce long-métrage, les lieux du plateau sont les quais et les rues de Papeete, l’hôtel Ta΄aone (où d’ailleurs l’équipe séjourne), Mo΄orea et Borabora. Les journalistes et photographes des deux quotidiens polynésiens assistent et relatent des scènes tournées à quai sur le Kia ora où l’acteur françaisparaît décontracté, chaleureux et bienveillant. La Dépêche de Tahiti partage même une anecdote de tournage : initialement, l’actrice Géraldine Lynton devait jouer de la harpe sur le navire, mais la seule harpe trouvée à Tahiti, celle de M. Danielsson, était bien trop ancienne et d’une trop grande valeur pour être manipulée. C’est finalement une contrebasse prêtée par M. Nono Nouveau qui fut retenue et « jetée » par-dessus bord par Jean-Paul Belmondo dans cette scène. Autre lieu de production, autre ambiance : une scène de tāmāra΄a, à Fa΄a΄ā (là où se trouve aujourd’hui l’Intercontinental Beachcomber), réunit danseuses, danseurs et figurants polynésiens. Parmi les figures polynésiennes, on retrouve sur les photos éditées Henriette Winkler, Maea, Turia et Yolande Flohr.
Tournage et vacances en amoureux
Quelques jours après l’équipe du film, une autre grande star arrive au fenua. Il s’agit d’Ursula Andress, considérée comme la plus belle fille du monde et éternelle « James Bond girl ». Si son arrivée est relayée dans les médias locaux, aucun ne souligne les raisons de sa présence. En réalité, l’actrice est venue rejoindre son compagnon Jean-Paul Belmondo. Les deux acteurs se sont rencontrés en 1965 sur Les Tribulations d’un Chinois en Chine et vivent une histoire d’amour passionnée qui durera sept ans.
La fabrication de Tendre voyou se termine sans accroc, malgré une météo capricieuse. L’acteur français, lui, poursuit son séjour en Polynésie française en mode vacances. Les Nouvelles de Tahiti décrochent même une interview exclusive à la veille de son départ. La star française raconte qu’en dehors de plusieurs visites de Tahiti, il a pu se rendre à Mo΄orea où il a séjourné une semaine, puis à Borabora et à Rangiroa. Il a très peu fréquenté Papeete, car trop de monde dans les rues. « Mais, on peut s’y promener sans être importuné. C’est en cela d’ailleurs, que ce pays est reposant. Je garderai un excellent souvenir de ces vacances. »
Bébel apparaît dans cette interview avec une moustache. Ce changement physique serait lié à sa participation dans Le Voleur de Louis Malle, dont la réalisation était prévue quelques mois plus tard, en juillet 1966. Dans La Dépêche de Tahiti, c’est une toute autre version qui est mise en avant. L’acteur aurait fait pousser sa moustache pour cacher un coup de soleil qui aurait eu comme effet malheureux de lui provoquer une éruption de boutons… Qui dit vrai… ? Ce qui est certain, c’est que Bébel porte bien une moustache dans le film de Louis Malle.
1988 : le retour de l’enfant gâté
Vingt-deux ans plus tard, en 1988, Belmondo retrouve Tahiti pour Claude Lelouch. Il tient le premier rôle dans Itinéraire d’un enfant gâté. Il est désormais l’acteur préféré des Français, brillant autant au théâtre (Kean, puis Cyrano alorsen préparation) qu’au cinéma. Si en 1966, Bébel pouvait circuler incognito, en 1988, c’est une vraie star qui débarque à Tahiti. Barbe blanche et baskets aux pieds, il est accueilli à l’aéroport par la troupe de Julien Mai ainsi que de nombreux admirateurs, ou plutôt admiratrices. Il y retrouve des amis comme Jeanine Sylvain qu’il avait rencontrée en 1966. L’acteur se prête avec enthousiasme aux photos et aux danses avec un costume traditionnel. Si l’accueil est grandiose, ce second passage est toutefois une visite éclair.
Seuls trois jours de prises de vue sont programmés sur le décor naturel et mythique de l’atoll de Teti΄aroa – choisi lors du repérage, deux mois plus tôt, par le réalisateur – avant de poursuivre vers Singapour. Pour une scène qui ne durera que cinq minutes à l’écran, des tonnes de matériel et de costumes sont acheminées par Twin Otter d’Air Mo΄orea vers l’île de Marlon Brando. Entre deux prises, l’acteur s’offre, grâce à Tahiti Hélicoptère, un survol des montagnes en hélicoptère et un dernier tāmāra΄a entre amis, loin des paparazzi locaux… ou presque.
