Hiro’a n°220 – LE SAVIEZ-VOUS ?

CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI

Rencontre avec Joseph Auch, enseignant et responsable pédagogique du CPMA, option vannerie, tressage, tapa au CMA. Texte : Alexandra Sigaudo-Fourny – Photos : ASF et CMA

Tressage au CMA : un diplôme et une exposition se préparent

C’est la dernière ligne droite avant l’obtention du Certificat polynésien des métiers d’art (CPMA) pour les élèves de la première promotion « vannerie tressage et tapa » du Centre des métiers d’art. Ce diplôme prend la forme d’une œuvre personnelle et d’une exposition, une première pour cette formation.

Chaque année, en juin, le Centre des métiers d’art organise un événement pour mettre en avant les créations réalisées par les élèves dans le cadre de leurs diplômes (CPMA et BPMA). Cette année, l’exposition des diplômés est programmée en juin, et se tiendra au Musée de Tahiti et des îles. Aux côtés des sections « sculpture » et « gravure », on retrouvera pour la première fois des élèves de l’option vannerie, tressage et tapa. En effet, cette toute première promotion, composée de trois élèves, finalise actuellement deux années de formation.

Pour Joseph Auch, leur enseignant expert, ce moment est très attendu : « En 2024, l’ouverture de ce nouveau diplôme est arrivée tardivement, nous avons eu peu d’inscriptions. J’espère que les œuvres exposées sauront motiver de nouveaux candidats pour la deuxième promotion. »

Joseph se souvient de la rentrée 2024 et de quatre inscrits (dont trois présenteront le diplôme) qui ne connaissaient rien au tressage, mais faisaient preuve de curiosité et de motivation. Tous ont débuté l’apprentissage par les bases sur des fibres synthétiques avant de tester de nombreuses techniques, y compris le cannage. L’enseignant privilégie une méthode exploratoire où l’acquisition des compétences passe par la découverte, la reproduction de points, mais aussi l’intuition et l’observation. Dès qu’une technique est maîtrisée, Joseph incite ses élèves à expérimenter une nouvelle matière ou un nouveau procédé.

Appréhender la matière première

Surtout, il a souhaité leur transmettre que le tressage ne se résume pas au geste, mais inclut la sélection et la préparation de la matière première. « Cela commence dans la nature. Il faut bien choisir les matières naturelles pour assurer un tressage de qualité. Il faut également apprendre à les préparer, ce qui nécessite souvent plusieurs étapes fastidieuses. Le tressage ou le tapa sont aussi une question de patience. »

Bananier, cocotier, racines de pandanus, pūrau, pae΄ore… si le choix est vaste, le travail et le rendu diffèrent grandement d’une essence à l’autre. Joseph Auch transmet un savoir-faire acquis tout au long de sa vie auprès de maîtres artisans, mais aussi issu d’un long travail de recherche qu’il poursuit encore aujourd’hui. Car la réalité, c’est que certains tressages étant tombés dans l’oubli, ils ne font plus l’objet de transmissions directes. Joseph passe donc des heures à observer des pièces anciennes au musée ou ailleurs pour comprendre les techniques et tenter de les reproduire. Cet artisan souhaite désormais que cette quête sur les savoir-faire perdure chez les plus jeunes.

Une nouvelle intervenante au service de la structuration de la filière vannerie

Dans une démarche visant à renforcer et structurer davantage la filière vannerie, le Centre des métiers d’art a eu l’honneur d’accueillir, du lundi 23 au mercredi 25 mars, Mme Tevahine Teariki, maître artisane reconnue pour son expertise en matière de tressage.

Ce workshop a constitué un temps fort pour les élèves stagiaires, leur offrant une opportunité précieuse : aller à la rencontre d’un savoir maîtrisé, interroger les gestes, approfondir les techniques et enrichir leur propre démarche créative. Au-delà de l’acquisition de compétences, cette intervention s’inscrit pleinement dans la mission du CMA, telle que définie par ses textes fondateurs, en matière de transmission et de perfectionnement des savoir-faire artisanaux.

L’apport de Mme Teariki dépasse en effet la seule transmission technique. Son approche invite également à questionner la matière, à en explorer les potentialités et à expérimenter de nouvelles formes d’expression. C’est précisément cette capacité à articuler tradition et recherche qui fait tout l’intérêt de son profil pour le CMA.

Comme le souligne Joseph, enseignant de la filière : « Tevahine possède de vastes connaissances ; elle va pouvoir leur apprendre des techniques différentes des miennes et partager une autre pédagogie, une autre façon de faire. C’est une chance pour ces étudiants. Ma plus grande fierté reste le moment où mes élèves sont en stage et que l’on m’appelle pour me dire à quel point leur travail est impressionnant. »

Un moment placé sous le signe du partage, de l’exigence et de la continuité des traditions, qui illustre pleinement la dynamique engagée par le CMA pour consolider ses filières et accompagner l’excellence de ses élèves.

Vous aimerez aussi...