Hiro’a n°220 – L’OEUVRE DU MOIS

CONSERVATOIRE ARTISTIQUE DE POLYNÉSIE FRANÇAISE (CAPF) – TE FARE ΄UPA RAU

Rencontre avec Frédéric Rossoni, professeur de basse électrique et orgue, chef d’orchestre du Big Band de jazz. Texte : Isabelle Lesourd – Photos : René Maillard/Christophe Molinier/Stéphane Sayeb/Vincent Wargnier

Big Band : un final magistral pour Frédéric Rossoni

Pour son dernier concert au sein du Conservatoire artistique de Polynésie française, Frédéric Rossoni voit les choses en grand. À l’occasion des dix ans du Big Band, le chef d’orchestre a concocté un programme à son image : riche, éclectique et passionné. Rock, jazz, musiques actuelles ou plus anciennes s’y rencontrent pour un moment unique à ne pas manquer le 16 mai au Grand théâtre de la Maison de la culture.

Cette année, le Conservatoire met à l’honneur son Big Band, formation emblématique qui célèbre dix ans d’existence dans sa version actuelle, héritière du Tropical Big Band. Pour l’occasion, Frédéric Rossoni a imaginé une création exceptionnelle qui réunit sur une même scène les musiciens du Big Band — trompettes, saxophones, trombones et section rythmique — et les cordes de l’orchestre symphonique. Rappelons qu’un Big Band est un orchestre de jazz d’une vingtaine de musiciens, où cuivres et section rythmique dialoguent dans une énergie vibrante. Ça swingue ! En y ajoutant les cordes, le chef d’orchestre propose ici une fusion inédite pour un moment hors norme.

Une fusion inédite entre jazz et symphonique

Au total, vingt-trois morceaux composeront ce spectacle, mêlant les styles et les époques : d’Amy Winehouse à Michael Bublé, en passant par Natalie Cole, Aretha Franklin, Rita Hayworth, Claude Nougaro, Frank Sinatra ou encore Teddy Swims. Fidèle à son parcours, Frédéric Rossoni revendique une ouverture musicale totale. « Je viens du rock, j’ai fait du classique, de la variété… J’ai toujours été ouvert à tous les styles. Avant de venir à Tahiti, je suis resté dix ans dans le milieu du show business à Paris, de Drucker au Moulin-Rouge ! » Toutes les partitions et les arrangements sont signés de sa main, une marque de fabrique qui donne à chaque concert une identité unique.

Sur scène, les musiciens accompagneront également plusieurs voix du fenua. Dix chanteurs pour les dix ans du Big Band ! Parmi elles, Mélodie Phénix qui a participé à « The Voice » en France, Mimismooth, une chanteuse japonaise, le bijoutier Frédéric Missir, le crooner québéquois Jean Croteau, Lylia Aymain, une jeune étoile du conservatoire, ainsi que des voix bien connues de la scène locale comme Taloo, Ricardo, Reia et Raumata. Autre moment fort : la présence de Heiveheiani Tiheni Ena, musicienne et professeure de ΄ukulele au département des Arts traditionnels du Conservatoire. « Je l’ai invitée pour chanter deux titres que j’ai arrangés en reggae. C’est une belle rencontre entre les univers. »

Le travail d’une année

Élèves, professeurs et plusieurs musiciens invités seront réunis sur scène. Ce travail de longue haleine s’est construit tout au long de l’année, avec des répétitions hebdomadaires. « Comme à chaque fois, c’est une année entière de répétitions. Les musiciens deviennent autonomes, c’est un vrai travail d’équipe. » Cette année, le chef d’orchestre n’aura pas toujours les mains libres pour mener les musiciens à la baguette : « Je vais diriger tout en jouant de la basse », une double performance qui impose une autonomie totale de ses compagnons de scène.

Le dernier concert d’un maestro

Cette édition 2026 a une résonance particulière puisque ce concert marquera le départ à la retraite de Frédéric Rossoni, après trente-six années passées au Conservatoire. Professeur, arrangeur, compositeur, chef d’orchestre, il a notamment fondé l’orchestre symphonique et le Big Band du Conservatoire.

Dans quel état d’esprit abordez-vous ce dernier concert ?
« J’ai forcément un pincement au cœur. Ce que j’ai préféré dans toute ma carrière, c’est m’occuper de l’orchestre symphonique et du Big Band. C’est vraiment ce qui va me manquer. On a réussi à mettre en place des concerts inédits qui ont eu beaucoup de succès comme la comédie musicale Notre Dame de Paris ou le concert sur le thème des Beatles. Ça restera des moments forts de ma carrière ! »

Que retenez-vous de ces trente-six années au Conservatoire ?
« J’ai dirigé énormément de concerts, au moins une centaine. Et surtout, j’ai vu passer plus de mille élèves… Aujourd’hui, j’enseigne parfois aux enfants de mes anciens élèves, et même à leurs petits-enfants. »

Votre plus grande fierté ?
« Les orchestres, sans hésiter ! Et le fait d’avoir permis à des élèves de devenir musiciens, voire professeurs. Savoir qu’ils ont réussi grâce à leur formation ici, c’est très gratifiant. »

Que pensez-vous avoir apporté au Conservatoire ?
« Au-delà de la technique, j’ai toujours voulu proposer des thématiques variées : du classique bien sûr, mais aussi du rock, du funk, du disco, de la variété… Je viens du rock, mais j’aime tout. La musique, c’est un terrain de jeu immense. »

Un souvenir marquant ?
« Le moment où les musiciens de la chanteuse Dee Dee Bridgewater lors du premier Tahiti Sound Jazz Festival sont venus jouer avec le Big Band : c’était une expérience incroyable. »

Que pensez-vous que les élèves retiennent de vous ?

« Je pense que certains retiendront mes sautes d’humeur ! Mais la rigueur et la discipline font partie aussi du succès d’un concert. On est obligé de passer par là. Lorsqu’on organise ce type d’événement, il n’y a pas que la partie créative, il y a aussi la logistique, la coordination plus compliquée que la musique et parfois ça grince. »

Y a-t-il un morceau particulier dans le programme ?

« Chez Pierrot, c’est un morceau de bossa nova que j’ai composé pour rendre hommage à mon père qui nous a éveillés, moi et mon frère Stéphane, à la musique. Il était fan de musiques brésiliennes et de jazz, des styles qui ont bercé notre enfance. »

Des projets pour votre retraite ?

« Je me vois continuer à voyager, comme je l’ai toujours fait, mais en prenant cette fois le temps de m’installer plus longtemps dans chaque destination. Et, au fil des opportunités, je continuerai à me produire sur les scènes locales. »

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