Hiro’a n°220 – DOSSIER

Service de l’Artisanat traditionnel (ART) – Te Pū Ohipa rima΄ī

Rencontre avec Camille de Roux, référente pédagogique du DN Made « Fibres et textiles, héritages polynésiens : processus innovant et écoresponsable » au pôle enseignement supérieur Samuel Raapoto

Texte : Vaiana Hargous et Alexandra Sigaudo-Fourny – Photos ART

3e Salon des Arts de la Maison

L’artisanat polynésien réinvente l’art d’habiter

Du 15 au 18 avril, le Hilton Hotel Tahiti accueillera la troisième édition du Salon des Arts de la Maison, un événement imaginé par le Service de l’artisanat traditionnel – Te Pū ‘ohipa rima’ī. À la croisée de la création contemporaine et des savoir-faire ancestraux, ce rendez-vous désormais attendu met à l’honneur un artisanat 100 % local dédié à l’univers de la maison.

Après le succès de deux premières éditions du Salon des Arts de la Maison (en 2022 et 2024), le public aura de nouveau l’opportunité de découvrir des créations entièrement locales, dédiées à l’aménagement et à la décoration d’intérieur ou d’extérieur entre le 15 et le 18 avril, au Hilton Hotel Tahiti. Le concept innovant de cet événement permet de proposer des projets moins familiers que ce dont les artisans et le public ont l’habitude de retrouver sur les salons d’artisanat annuels. Cette année, le thème « Fare mātutuā, fare taunei, fare tauhou » invite le public à un voyage dans le temps, à la découverte de la maison polynésienne d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Entre héritage culturel, usages contemporains et visions durables, le 3e Salon des Arts de la Maison explore l’évolution de nos espaces de vie et la manière dont l’artisanat continue de les façonner. Sculpture, tifaifai, vannerie, linge de maison et objets de décoration composent un panorama riche de créations conçues pour habiller les intérieurs comme les extérieurs.

Au cœur de l’exposition, un espace immersif composé d’un salon et d’une chambre sera scénographié et réinventé chaque jour par les artisans exposants. Une invitation à découvrir l’artisanat en situation réelle, au plus près des modes de vie polynésiens.

CRÉATION, TRANSMISSION ET RENCONTRES

Au-delà de l’exposition-vente, qui mettra à l’honneur les créations d’une trentaine d’artisans traditionnels, le salon se veut vivant et participatif. Des ateliers d’initiation permettront au public de découvrir les gestes de l’artisanat traditionnel aux côtés des créateurs. Les visiteurs seront également invités à voter pour leur plus belle création et leur plus belle table décorée. En participant à ce vote, ils seront automatiquement inscrits à un tirage au sort pour remporter de nombreux lots offerts par les partenaires et exposants.

Que l’on soit passionné de décoration, amateur de pièces uniques ou simplement curieux de découvrir l’artisanat autrement, le Salon des Arts de la Maison promet une immersion inspirante au cœur du fait-main polynésien !


PRATIQUE

  • 3e Salon des Arts de la Maison
  • Du mercredi 15 au samedi 18 avril 2026, de 9h à 18h, au Hilton Hotel Tahiti.
  • Inauguration le 15 avril à 7h30.
  • Remise des prix le 18 avril à 17h.
  • Facebook / Instagram : artisanat.pf
  • Web : www.artisanat.pf
  • Téléphone : 40.54.54.00

NOUVEAUTÉ : FOCUS SUR LA DIMENSION PROFESSIONNELLE

C’est la nouveauté de cette édition : permettre, le temps d’une matinée, la mise en relation des artisans avec des professionnels. Concrètement, le jeudi 16 avril, de 9h à 12h, deux mini-conférences seront organisées sur le salon afin de favoriser les échanges entre les artisans traditionnels et des professionnels qui portent un intérêt aux arts de la maison.

Pour ce faire, un premier rendez-vous sera porté par des décorateurs d’intérieur et des architectes, puis un second par des professionnels des pensions de famille, hôtels et lieux de restaurations. Un espace d’échanges individuels sera également mis en place avec les artisans.

Cette matinée a pour objectif d’amorcer des partenariats entre artisans et professionnels, et/ou a minima, de permettre aux artisans de s’informer sur les débouchés possibles et les conditions d’accès à ce type de partenariat/prestation.

Jeu visiteur : 2 billets d’avion à gagner pour Huahine

Le public aussi est invité à participer à cet événement et à encourager nos artisans, en votant pour leur création préférée et/ou leur table de mariage préférée ; les visiteurs sont automatiquement inscrits aux tirages au sort quotidiens. Les tirages au sort auront lieu à 17h45 du mercredi 15 au vendredi 17 avril, et à 17h le samedi 18 avril. Les trois gagnants de la semaine repartiront chacun avec un lot d’une valeur de 13 000 F CFP et le gagnant du samedi repartira avec 2 billets d’avion A/R pour Huahine avec Air Moana.

À chacun son atelier

Plusieurs ateliers d’initiation à l’artisanat traditionnel sont proposés aux visiteurs :

Mercredi 15 avril à 10h00

Confection d’un vase de fleurs et de fibres sèches avec Iaera Tamarino – 4 500 F CFP (10 personnes max) – Durée : 1h30

Confection d’un chemin de table en fleurs fraîches avec Jamina Colombel – 3 500 F CFP (10 personnes max) – Durée : 1h

Mercredi 15 avril à 14h00

Confection d’une taie d’oreiller en tīfaifai avec Nadia Leng Tang – 5 000 F CFP (6 personnes max) – Durée : 3h

Gravure sur crayon d’oursin avec Hedwich Lesca – 3 000 F CFP (5 personnes max) – Durée : 1h

Jeudi 16 avril à 14h00

Tressage d’un panier en nī’au avec Rehia Itchner – 3 500 F CFP (8 personnes max) – Durée : 1h30

Confection d’une taie d’oreiller en tīfaifai avec Nadia Leng Tang – 5.000 F CFP (6 personnes max) – Durée : 3h

Vendredi 17 avril à 10h00

Tressage d’un petit contenant en pae’ore avec Iaera Tamarino – 4 500 F CFP (10 personnes max) – Durée : 1h30

Confection d’un support en macramé tressé avec Kihi Tuiho – 2 500 F CFP (7 personnes max) – Durée : 1h

Vendredi 17 avril à 14h00

Confection d’un petit pot en argile avec Sandrine Garcia-Depeyris – 1 000 F CFP (10 personnes max) – Durée : 1h

Gravure sur crayon d’oursin avec Hedwich Lesca – 3 000 F CFP (5 personnes max) – Durée : 1h

Samedi 18 avril à 10h00

Confection d’un mini centre de table royal en fleurs fraîches avec Jamina Colombel – 2 500 F CFP (10 personnes max) – Durée : 1h

Confection d’un tableau en tīfaifai avec Elza Tahi – 5 000 F CFP (12 personnes max) – Durée : 3h

Samedi 18 avril à 14h00

Confection d’un support en macramé tressé avec Kihi Tuiho – 2 500 F CFP (7 personnes max) – Durée : 1h

Tressage d’un panier en nī’au avec Rehia Itchner – 3 500 F CFP (8 personnes max) – Durée : 1h30

Inscriptions sur le site www.artisanat.pf via un formulaire en ligne.

Paiement sur place directement auprès de l’artisan.

Immersion des élèves du DN Made fibre et textile

Après une participation au Salon des Jeunes Créateurs en 2025, les élèves de la licence DN Made fibre et textile (Diplôme national des Métiers d’Art et du Design) participent pour la première fois au Salon des Arts de la Maison. Pour Camille de Roux, référente pédagogique, c’est une occasion unique de confronter le travail de recherche à la réalité en observant le contexte et en prenant conscience des attentes du public et des professionnels.

Après le Salon des Jeunes Créateurs, vos élèves participent au Salon des Arts de la Maison, quel est l’intérêt principal pour votre filière de répondre à cette invitation du Service de l’artisanat traditionnel ?

Nos étudiants seront amenés à évoluer dans le design, c’est donc une belle opportunité pour eux d’être dans l’observation du contexte de l’habitat et des attentes du public face aux objets exposés. Ce salon, c’est aussi l’occasion de commencer à « réseauter », à rencontrer des professionnels, à se créer un carnet d’adresses et à découvrir leur travail. Nous sommes particulièrement intéressés par la matinée avec des professionnels du design, des architectes, etc. C’est important que nos élèves communiquent sur l’avancée de leurs recherches, leur axe de travail, mais aussi comprennent les besoins des professionnels.  

Combien d’étudiants seront présents sur le stand DN Made et que vont-ils présenter ?

Nous allons avoir une vingtaine d’élèves issus des trois niveaux d’études de la licence sur notre stand en fonction des plannings des uns et des autres. Sur ce stand, vous ne trouverez pas de produits à la vente, il s’agit plutôt de mettre en avant la formation, de montrer l’étendue de la filière et d’exposer les recherches des élèves sur des matériaux souples. Nous allons présenter des matières qui pourraient être appliquées dans différents artefacts de la maison, des textiles pour recouvrir des canapés ou des revêtements de cloison. Pour son projet de fin d’études, une de nos étudiantes en L3 travaille justement sur les revêtements. Elle est particulièrement concernée par ce salon qui, en effet, va lui permettre de parler de son projet auprès des professionnels et de se rendre compte du contexte. Enfin, les étudiantes de L2 travaillent sur un projet qui intègre la notion de scintillement, on leur a demandé de proposer un objet pour la maison.

Le DN Made forme-t-il des designers, des artisans ?

Cela peut être très varié, mais on s’inscrit dans les métiers de designer qui sont amenés à être, on va dire, les intermédiaires entre l’artisan et l’architecte par exemple. Finalement, nous formons des étudiants à concevoir une matière, ils ne sont pas obligés de la fabriquer directement, ils peuvent la faire fabriquer par un artisan et la conceptualiser avec un client professionnel ou pour un particulier. La première promotion de licence a fini en 2025, nous constatons qu’il y a deux profils : ceux qui poursuivent leurs études hors de la Polynésie française, nous avons par exemple une étudiante en master en Australie qui se spécialise dans le design d’espace, et ceux qui entrent sur le marché du travail souvent pour développer leur activité artisanale. Deux de nos élèves ont fait ce choix, l’une est dans le tissage et propose notamment des ateliers d’initiation, l’autre développe la « plumasserie » végétale et fabrique des bijoux. Dans les promotions en cours, nous avons des étudiants qui seront susceptibles de travailler avec des décorateurs ou des architectes d’intérieur.

Il y a finalement pas mal de débouchés

Oui, d’autant qu’il s’agit d’une licence nationale avec des équivalences internationales ce qui permet de poursuivre un cursus à l’étranger ou de suivre un stage à l’étranger. Deux étudiantes vont bientôt effectuer un stage en Nouvelle-Zélande avec une artisane spécialisée dans le lin. Nous sommes ravis pour elles ! On constate qu’il y a un véritable engouement pour les matières textiles, les biomatériaux et les matières qui s’inscrivent dans le développement durable, le traitement des déchets. On demande à nos étudiants de trouver des partenaires et d’ancrer leurs projets vraiment dans une réalité du territoire, dans des attentes réelles. Et ils se doivent d’aller consulter des professionnels, de montrer leurs expérimentations pour finalement aboutir à un matériau qui soit le plus fini possible, mais qu’on puisse aussi chiffrer. On veut vraiment cet ancrage dans la réalité du territoire.

Deux concours proposés aux artisans

Le Service de l’artisanat traditionnel invite les artisans à sortir de leur zone de confort en leur proposant encore cette année deux concours. Le premier, obligatoire, est un

concours individuel de la plus belle création. Chaque artisan participant au salon a eu un mois pour concevoir et réaliser une œuvre originale sur le thème : Maison d’hier, maison d’aujourd’hui, maison de demain. Un jury se réunira en amont du salon pour auditionner les artisans et observer la pièce qui concourt. Le public pourra lui aussi voter tout au long du salon. Le second concours, sur la base du volontariat, est collectif. Trois groupes d’artisans ont eu un mois pour se concerter et imaginer une table de mariage (6 couverts) sur les thèmes « Jardin des îles », « Perles du lagon », « Héritage de la royauté ». C’est le vote du public qui départagera la plus belle table.

Vaiana Giraud, cheffe du Service de l’artisanat traditionnel

« Ce type de salon leur donne de nouvelles idées »

Le Salon des arts de la maison est un salon unique mais qui a tout de suite connu un véritable succès. L ‘innovation est-elle importante dans l’artisanat traditionnel ?

« C’est le rôle du Service de l’artisanat traditionnel d’apporter de la nouveauté et de prendre des risques en lançant de nouveaux concepts. Nous l’avons fait aussi avec le Salon des jeunes créateurs, qui existe depuis 2019, et plus récemment avec le Salon des matières premières pour essayer de créer des réseaux. On s’inscrit véritablement dans cette démarche et on voit bien que même si on surprend un petit peu les artisans au départ, finalement, très vite, ils arrivent à sortir de leur zone de confort et à se glisser dans les critères de l’événement. On constate que ce type de salon leur ouvre de nouveaux horizons, leur donne de nouvelles idées, tout comme nos artisans qui participent à des salons hors du territoire voient d’autres choses, sont confrontés à un autre public, à d’autres attentes. Le Salon des arts de la maison relève de cette même dynamique d’ouverture. »

Justement, l’originalité de cette année est la mise en relation avec les professionnels de l’habitat ou de l’hôtellerie. Pouvez- vous nous en parler ?

« Il s’agit d’une matinée de mise en relation avec des professionnels, le jeudi 16 avril. C’est un moment très important du salon, car les professionnels peuvent représenter un marché important pour les artisans, mais un marché qui nécessite de l’accompagnement en raison de l’ampleur des commandes, du sérieux et de la constance que cela demande dans le temps. Là encore, cela fait partie des missions du Service de l’artisanat traditionnel d’accompagner la professionnalisation. »

Qui dit commande, dit matière première, où en est le projet de centrale d’achat ?

« Le projet est en cours d’études de faisabilité, nous attendons avec impatience les résultats. L’approvisionnement des artisans, mais aussi la rémunération régulière des producteurs, sont au cœur de ce sujet. »

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