Hiro’a n°218 – OEUVRE DU MOIS
DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE (DCP) – TE PAPA HIRO’A ‘E FAUFA’A TUMU
CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI
Rencontre avec Guillaume Iotefa, sculpteur et enseignant au Centre des métiers d’art, et James Tuera, responsable logistique à la Direction de la culture et du patrimoine. Texte : Lucie Rabréaud – Photos : ©DR

Te-Pua-Matāri’i : la tortue fabuleuse, symbole de fertilité et d’abondance
Pour la première fois en 2025, les célébrations de Matāri‘i-i-ni‘a se sont déroulées un jour férié. Et pour marquer l’apparition de la constellation des Pléiades dans le ciel, symbole de l’arrivée de la saison d’abondance, mais aussi marqueur du « cycle éternel de la création », la DCP, pour le compte du Pays, a commandé à Guillaume Iotefa la réalisation d’une sculpture en bois noir de marumaru, nommée Te-Pua-Matāri’i. Cette tortue fantastique aurait eu huit nageoires selon certaines traditions pakumotu, dont le sculpteur et enseignant du CMA s’est inspiré pour créer une œuvre symbolique qui célèbre le temps de l’abondance, sur la terre, dans les cieux et dans la mer.
Il était dit que cette tortue était fabuleuse, car « elle voguait entre ciel et terre », se déplaçant avec ses huit nageoires. Chez Iotefa, c’est la baleine qui symbolise les Pléiades. Il reconnaît avoir été quelque peu désarçonné, mais néanmoins très inspiré par l’idée qu’une tortue puisse incarner cette constellation de Matāri’i.
En effet, elle porte en elle « la genèse de la vie, son développement, sa croissance et son épanouissement. Gardienne des fondations, elle engendre fertilité, abondance et continuité du vivant, réconciliant et restaurant ce qui a été dispersé ou détruit dans le cycle éternel de la création », explique James Tuera, responsable logistique à la Direction de la culture et du patrimoine, en faisant référence aux études ethnolinguistiques réalisées par la DCP, qui ont permis à l’artiste Iotefa de donner vie à Te-Pua-Matāri’i.
Le choix de l’artiste s’est porté sur Guillaume Iotefa, qui a, dès la commande, exprimé une sensibilité personnelle et artistique pour la thématique de l’abondance, mais également parce qu’il enseigne au Centre des métiers d’art et qu’il était en capacité de transmettre cette expérience artistique à ses élèves. Ce fut plus particulièrement le cas d’un élève, Tahurai Nanai Iputoa, qui s’est investi dans la réalisation de cette œuvre. Le maître et l’élève se connaissent depuis longtemps, car ils ont fait leurs classes artistiques ensemble, mais si le premier a continué pour devenir « Maître artisan », le second a pris une autre voie, avant de revenir récemment dans la sculpture.
Guillaume Iotefa, « Maître artisan » et tahu΄a (spécialiste des arts) de Taputapuātea, aime vieillir ses œuvres et celle-ci n’a pas fait exception. « Cet aspect ancien force le respect des gens. Aujourd’hui, tout est trop neuf, droit, propre. » De la nacre a été taillée et gravée pour les yeux de la tortue et les étoiles des Pléiades qu’elle porte sur sa carapace. Le bois a également été gravé pour rendre l’aspect granuleux des nageoires, la rugosité de la peau et une impression de célérité dans le mouvement exprimé.
L’œuvre a été présentée lors de la deuxième journée des célébrations, dédiée à la culture et à l’histoire polynésiennes au travers de spectacles, prestations oratoires, expositions et démonstrations qui se sont déroulés à Tautira. « Présenter une œuvre lors des festivités de Matāri’i-i-ni’a devenait un point d’ancrage entre les hommes, les éléments et le monde des anciens. »
Aujourd’hui, elle est conservée et exposée dans les locaux de la mairie de Tautira où durant une année entière, elle fera partie de la vie de la commune et s’inscrira dans la mémoire collective culturelle de ses habitants. Pour James Tuera, « elle reste ainsi un repère durable et accessible à tous, surtout ». Et à l’instar de sa nature première de grande voyageuse des mers, et des cieux…, elle fera l’objet d’expositions itinérantes, dans les écoles, les lieux publics, pour que chacune et chacun puisse l’admirer, et surtout s’imprégner des valeurs polynésiennes qu’elle incarne.

Zooms/encadrés :
La saison de l’abondance
Matāri’i-i-ni’a correspond à la saison d’abondance, qui s’étend de novembre à avril.
Elle débute avec l’apparition des Pléiades (Matāri’i) dans le ciel, généralement autour de novembre, et se poursuit jusqu’au mois d’avril, période marquée par la croissance des végétaux, l’abondance des ressources et le temps des célébrations.
Matāri’i est le nom de la constellation, et Matāri’i-i-ni’a, celui de la période où la constellation apparaît dans le ciel ou, littéralement, « Les Pléiades en haut ». À l’inverse, Matāri’i-i-raro couvre la période d’avril à novembre, associée au repos de la terre, au retrait et à la préparation.
Te-Pua-Matāri’iet les Pléiades
Une terre, un bain et des tortues pétrifiées, installés à Vāvau-nui (Porapora) aux temps mythiques de la création, sont nommés Te-Pua-Matāri’i. Lorsque vers la fin du mois de novembre, i te ‘āva‘e o Temā ra, apparaissent les Pléiades dans le ciel crépusculaire, ‘a vai mārehurehu ai te rā, les Princes célestes, Matāri΄i-i-ni’a, ces étoiles-tortues nous envoient alors le signal que la vie, la fertilité et l’abondance sont de retour parmi les êtres, sur terre, dans les airs et dans l’océan, comme elles nous rappellent que la Paix primordiale mythique représentée par l’éclosion de la fleur pua hauou se pose et règne sur le monde.

