Hiro’a n°217 – Un visage, des savoirs

SERVICE DE L’ARTISANAT TRADITIONNEL (ART) – TE PŪ ΄OHIPA RIMA΄Ī

Rencontre avec Annette Tetuira, artisane. Texte et photo : Isabelle Lesourd

Māmā Annette Tetuira, spécialiste du tressage

C’est à Rimatara, son île natale, qu’Annette Tetuira a appris, comme la plupart des femmes des Australes, l’art du tressage. Avec ce savoir-faire transmis de génération en génération, elle a pu gagner sa vie et délivrer à son tour à ses filles tous les secrets de cet art…

Nous rencontrons Māmā Annette Tetuira dans son atelier à Erima, au cœur de sa maison. Artisane renommée de l’univers du tressage, elle est appréciée à Tahiti pour ses paniers soignés et son talent reconnu. À peine assise, elle saisit une lanière de pandanus puis, sans réfléchir, portée par l’habitude, ses doigts se mettent aussitôt à danser. En racontant son parcours, elle entrelace les fibres dessus, dessous, avec une aisance presque instinctive. Ces gestes précis, répétés depuis tant d’années, semblent faire partie d’elle, comme une prolongation naturelle de son corps et de son histoire.

Sa voix se mêle au froissement du pandanus : « J’ai quatre-vingt ans. Je suis née à Rimatara où j’ai appris à préparer le pandanus cultivé dans la famille et à le tresser pour faire des pē΄ue et des paniers. Quand mon mari est parti travailler sur l’atoll de Mururoa, je me suis installée à Tahiti dans le quartier Rimatara des Australes à Fariipiti. »Elle raconte sans détour : « C’est là que j’ai commencé à vendre mes paniers. Je les fabriquais et les vendais partout, même dans la rue. Et ça marchait ! Je n’ai jamais imaginé faire un autre travail que celui-là. Depuis quarante ans que mon mari est décédé, je vis seule avec mes cinq enfants. Il a bien fallu que je me débrouille grâce à mes paniers ! »

S’organiser pour vivre de son art

Au fil des années, son engagement s’est structuré.  Avec d’autres femmes des Australes, Māmā Annette participe à la création du premier centre artisanal à Aorai Tini Hau à Pirae. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle réalise de tout : paniers, éventails, porte-monnaie en pae΄ore, décorations de Noël… « Avant, il m’arrivait de tresser jusqu’à deux heures du matin. Je ne pouvais pas m’arrêter. Aujourd’hui je fatigue et j’ai besoin de me reposer. » Sa famille restée à Rimatara cultive le pandanus et lui fait parvenir la matière première, perpétuant ainsi le lien avec son île d’origine. Présente sur la plupart des salons artisanaux, Māmā Annette y est reconnue aujourd’hui comme une experte. L’artisane aime jouer avec les couleurs et teint elle-même le pandanus, notamment avec du charbon, pour obtenir des nuances plus foncées et varier les motifs. Elle travaille différents types de tressages et réalise parfois deux à trois paniers par jour selon les modèles.

Transmettre, avant tout, le savoir-faire

Pour elle, transmettre n’est pas une option : c’est une évidence, et le partage occupe une place essentielle dans sa vie. « Avec mes enfants, on a créé l’association Amina. Mes deux filles reprennent le flambeau, et même mes petites-filles ! Je suis fière de leur avoir transmis ce savoir-faire, pour qu’elles puissent, à leur tour, s’en sortir par leurs propres moyens. C’est leur gagne-pain. »

Toujours curieuse d’apprendre et de partager, Māmā Annette a voyagé pour présenter l’art du tressage des Australes. Elle est allée à Ra΄iātea, Huahine, Nouméa et même à Hawaii. Elle a également organisé des ateliers chez elle, afin de transmettre les techniques qu’elle maîtrise à la perfection.

Pratique

Annette Tetuira : 87 312 333

Légende :

Présente sur la plupart des salons artisanaux, Annette Tetuira y est reconnue comme une experte.

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