Hiro’a n°217 – LE SAVIEZ-VOUS ?
CENTRE DES MÉTIERS D’ART (CMA) – TE FARE ANOIHI
Rencontre avec Anatauarii Tamarii, directeur par intérim du Fare Anoihi – Centre des métiers d’art, et Alexis Pahuatini, étudiant en 3e année de DN MADE. Texte : Isabelle Lesourd – Photos : CMA et IL

DN MADE[1] : dernière ligne droite pour les 3e année
Début décembre, les cinq élèves de troisième année du DN MADE du Fare Anoihi – Centre des métiers d’art ont franchi une étape clé de leur parcours en présentant leur soutenance et en précisant leur projet professionnel. À quelques mois de l’obtention de leur licence, prévue en juin après trois années d’études, retour sur cette formation unique sur le territoire national ouverte en 2022. Alexis Pahuatini, l’un des élèves, nous raconte par ailleurs son parcours et ses projets.
« La licence DN MADE, ouverte il y a trois ans, répond à la volonté de proposer aux étudiants de Polynésie une poursuite d’études logique et cohérente au Brevet polynésien des métiers d’art », explique Anatauarii Tamarii, directeur par intérim du Fare Anoihi – Centre des métiers d’art. Cette formation propose deux options possibles. La première, dispensée au lycée Samuel-Raapoto, s’intitule « Fibres et textiles, héritages polynésiens : processus innovant et écoresponsable » et la seconde, « Objets et arts graphiques océaniens : tradition, création et innovation », est enseignée au Fare Anoihi – Centre des métiers d’art.
Un parcours de trois ans et une licence
Ce parcours engageant sur trois années est donc une formation diplômante de grade licence, reconnue, et qui ouvre des portes vers d’autres études supérieures de type master. « En ce qui concerne le parcours Objets et arts graphiques océaniens du Centre des métiers d’art, son objectif est de former des designers et des artisans créateurs engagés, capables d’imaginer des objets et des visuels ancrés dans leur environnement tout en répondant aux défis artistiques, sociaux et écologiques de la région », souligne le directeur par intérim du Centre. La formation repose sur trois piliers forts : la tradition et la transmission avec l’exploration des matériaux, du savoir-faire issu des cultures polynésiennes, la création et l’innovation et enfin, l’ancrage culturel et l’ouverture à l’international avec, entre autres, des rencontres d’artistes et de designers internationaux.
La soutenance, une étape clé
Cette année, en tout, dix élèves de la filière DN MADE (cinq du Centre des métiers d’art et cinq du lycée Samuel-Raapoto) ont présenté leur soutenance au mois de décembre afin d’exposer leur projet personnel. « Cette soutenance, placée dans le calendrier à mi-parcours de la dernière année d’études, constitue le premier jet du projet personnel de l’élève, qu’il devra mener lors du semestre suivant. Les bases de ce projet doivent avoir, à ce niveau, une certaine forme d’aboutissement en matière de prototypage, d’expérimentation des premiers éléments concrets de ses recherches. Le projet de création d’un objet ou d’un dispositif complet doit intégrer les enjeux environnementaux, techniques et culturels », rappelle Anatauarii Tamarii.
Alexis Pahuatini
Étudiant en 3e année de DN MADE
« Objets et arts graphiques océaniens »
Son parcours
« Originaire des Marquises, j’ai découvert la sculpture au Cetad où j’ai fait ma formation, sur les conseils de mon père. Je n’étais pas très motivé d’aller dans cette école mal réputée et surtout destinée aux jeunes en difficulté. Mais, à partir du moment où j’ai commencé la sculpture, je me suis senti à ma place. Comme une évidence, j’ai continué ici à Tahiti au Centre des métiers d’art avec un Brevet polynésien des métiers d’art (BPMA) puis avec le DN MADE. »
Son projet professionnel soutenu en décembre
« Mon idée est de réaliser des gourdes à partir de coques de noix de coco, un matériau présent en abondance et considéré comme le déchet agricole de la filière du coprah.Ce projet repose sur deux hypothèses. La première consiste à garder la forme creuse et ronde de la noix de coco qui permet de transporter des liquides et des aliments et de l’hybrider avec un autre matériau pour un usage moderne. Il serait, par exemple, idéal d’y incruster un goulot imprimé en 3D en utilisant des matériaux biosourcés et sûrs pour le contact alimentaire. La deuxième hypothèse consiste à repenser la forme de la gourde à partir de la transformation de la noix de coco en matière plus malléable. La coque pourrait être réduite en fine poudre qui, mélangée à un biopolymère, une résine d’origine végétale, permettrait d’obtenir un matériau résistant et malléable pour ensuite lui donner une nouvelle forme. J’ai fait des essais aussi pour des effets graphiques à intégrer à la gourde, avec des ajouts de couleurs, des gravures, des incrustations.Pour le transport de l’objet, j’ai pensé à reprendre l’idée des filets tressés, présents sur les gourdes traditionnelles découvertes lors de mes recherches, et à l’adapter avec des matériaux modernes. »
Ses recherches
« Cette démarche questionne également le dialogue entre tradition et modernité, entre matériaux naturels et composites, ainsi qu’entre procédés de fabrication traditionnels et contemporains. J’ai découvert que la gourde traditionnelle a toujours existé en Océanie. C’était intéressant de comprendre comment les populations ont réussi à s’adapter à leur environnement. J’ai aussi découvert d’anciens contenants en algues en Tasmanie, en calebasses à Hawaii et ici, en noix de coco. »
Ses perspectives
« J’aimerais me lancer en tant qu’artiste, proposer des expositions de mes œuvres et pourquoi pas vivre l’expérience d’une résidence d’artistes. J’ai aussi envie de transmettre, à mon tour, mes connaissances aux jeunes en enseignant la sculpture. Je pense également à continuer mes études avec un master ! Même en venant d’un fond de vallée des Marquises et en ayant fait mes études au Cetad, je veux prouver qu’on peut aller loin. »
Légende
En décembre 2025, c’était la phase de soutenance de mi-parcours du DN Made, marquant l’aboutissement des premières recherches et phases de prototypage. Alexis Pahuatini a présenté un projet de gourdes en noix de coco.
Crédits IL pour la photo d’Alexis et CMA pour les photos d’objets


[1] Diplôme National des Métiers d’art et du design.
