Hiro’a n° 217 – Rubrique 10 questions à

André Vohi, réalisateur de La Vraie Histoire du va΄a – DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE (DCP) – TE PAPA HIRO΄A ΄E FAUFA΄A TUMU

Propos recueillis par Cl Augereau

Le va΄a, berceau du peuple polynésien

Réalisateur et chercheur de mémoire, André Vohi se consacre depuis vingt-cinq ans à raconter la Polynésie. À travers un livre à paraître et une série documentaire intitulés La Vraie Histoire du va΄a, dont le premier épisode a été diffusé mi-décembre, il explore cette embarcation comme fondement de lidentité polynésienne. Une plongée au cœur dune histoire millénaire, longtemps sous-estimée, qu’il aborde aujourd’hui avec un regard novateur et souhaite rendre accessible à tous, en particulier aux jeunes générations.

Pouvez-vous vous présenter et retracer votre parcours ?

« Je suis dans l’audiovisuel depuis vingt-cinq ans et réalisateur de documentaires, principalement pour la télévision. En même temps, je travaille dans l’événementiel, notamment autour du va΄a pour tous et du sport-santé. J’ai lancé le projet de traversées impliquant des jeunes des quartiers prioritaires. Depuis cinq ans, nous réalisons chaque année une traversée Tahiti-Bora Bora, dont une de trente heures qui a battu un record du monde. Aujourd’hui, je me définis aussi comme un chercheur de l’identité polynésienne et comme un aventurier : j’ai exploré des grottes sacrées en Polynésie, à Makatea ou Anaa, et réalisé des documentaires qui ont touché des millions de personnes. »

Doù vient votre intérêt pour le va΄a ?

« Ancien professeur de tahitien, j’ai été embauché à TNTV comme journaliste. Je me suis spécialisé dans les sports traditionnels, et j’ai découvert le va΄a à travers mes reportages, notamment lors de l’essor de grandes courses comme la Hawaiki Nui. J’ai couvert très tôt des compétitions internationales comme la Molokai à Hawaii. À force, j’ai développé un vocabulaire, une manière de raconter la rame, ce qui m’a valu le surnom “Neck to neck” (au coude-à-coude, NDLR). Depuis une quinzaine d’années, je me consacre surtout à des documentaires de 52 minutes relatifs à la culture, aux expéditions, à la plongée sous-marine… »

Comment est né le projet de votre livre La Vraie Histoire du va΄a et de la série documentaire du même nom ?

« Le livre est le point de départ. Il m’a fallu cinq ans de travail pour l’achever. La série documentaire de quatre épisodes en est issue, car je sais que beaucoup de Polynésiens, notamment les jeunes, lisent peu. L’image permet de transmettre autrement. L’objectif est clair : donner envie de comprendre notre histoire. Le projet est accompagné par la Direction de la culture et du patrimoine, et les prochains épisodes seront diffusés en avril, juin et septembre, puis un dernier en lien avec les Jeux du Pacifique en 2027, lorsque plus de 4 000 athlètes de la région viendront chez nous. »

De quoi parlent-ils ?

« C’est l’aboutissement de toutes ces années de recherches sur l’origine du peuple polynésien. Le va΄a, c’est le Polynésien. Nous sommes nés sur une pirogue et c’est la pirogue qui a créé notre peuple. Le Triangle polynésien ne s’est pas constitué par avion, à la nage… Notre histoire ne concerne que 300 000 personnes, mais nous sommes le peuple qui a colonisé les terres les plus difficiles d’accès. Et on a réussi ! C’est cette histoire, peu racontée et peu valorisée, que je veux remettre en perspective. »

Que cherchez-vous à montrer ?

« Les traversées que nous réalisons aujourd’hui avec des jeunes en difficulté montrent que la pirogue est toujours là, elle fait partie de nous. Pendant toute cette période de migrations, notre maison était l’océan, la terre n’était qu’une escale. Cette relation intime à la mer, à l’eau, est inscrite dans notre identité. »

Quelles ont été vos méthodes de recherche ?

« La base, c’est la lecture — archives, encyclopédies, thèses universitaires, travaux de spécialistes, photos anciennes… Mais aussi les voyages dans le monde entier : l’Égypte, la Norvège, la Chine et sa Grande muraille, le Pérou et le Machu Picchu. La généalogie polynésienne est aussi une forme de génétique avant l’heure, elle permet de retracer les parcours et les migrations. »

Comment appuyez-vous scientifiquement vos propos ?

« Je m’appuie sur la génétique justement. Par exemple, la découverte d’ossements de poulets datant de 1250 au Chili, étudiés scientifiquement, prouve une présence polynésienne en Amérique avant Christophe Colomb. Je rencontre des généticiens, des historiens, des enseignants en civilisation polynésienne, comme Bruno Saurat, Éric Conte… J’amène des idées, et ce sont les spécialistes qui les confirment»

Quelle est l’origine du va΄a ?

« Il existe des pirogues partout sur la planète : c’est ce qui a donné naissance au kayak, au canoë… C’est dans le Pacifique qu’a été inventé le balancier, avec ce concept d’équilibre et cette forme effilée. Cette histoire s’inscrit dans plus de 5 600 ans de migration. C’est à partir de la Mélanésie, entre -2000 et -1500 avant J.-C. que le terme va΄a est resté. »

Comment s’articulent le livre et la série documentaire ?

« Chaque chapitre du livre correspond à un film. Le premier, diffusé en décembre, parle du va΄a moderne avec la première course organisée en 1845. Les chapitres suivants replacent le va΄a dans l’histoire de l’humanité et montrent que notre civilisation est ancienne, notamment quand on la compare à celles des Égyptiens ou des Chinois. Alors que ces civilisations ont arrêté de créer et de faire évoluer ce qu’elles ont créé, nous avons continué de faire évoluer les pirogues. Aujourd’hui, le va΄a voyage à travers le monde, aux championnats du monde du Brésil ou à Singapour, avec l’ambition de participer aux prochains Jeux Olympiques. On va finir le tour du monde commencé par nos ancêtres… »

Quel message souhaitez-vous transmettre ?

« C’est avant tout une recherche identitaire, un retour aux sources. Je me bats contre le complexe d’infériorité. Comprendre d’où l’on vient change la façon dont on se regarde. Le va΄a n’est pas qu’un sport : c’est aussi une organisation que l’on retrouvait sur les marae, avec les mêmes noms. Cela veut dire que la première connexion avec les dieux, c’est la pirogue… 300 000 habitants, on est tout petits, mais moi, je veux redonner un peu de fierté à notre peuple et transmettre aux jeunes ce que nous sommes vraiment. »

Légende :

André Vohi, réalisateur et chercheur de mémoire, dont le travail retrace, à travers La Vraie Histoire du va΄a, l’embarcation fondatrice de l’identité polynésienne.

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