Hiro’a n°164 – Dossier : «  Tahiti ti´a Mai, du Tiurai au Heiva», une exposition festive »

Dossier  

MUSÉE DE TAHITI ET DES ÎLES (MTI) – TE FARE MANAHA 

Rencontre avec Marine Vallée, assistante de conservation au Musée de Tahi ti et des îl es, Hinatea Colombani du centre ΄Arioi et Rehia Itchner de Ha Une Te Natura. Texte : Pauline Stasi – Photos : Le Musée de Tahiti et des îles 

 

Affiche expo Tiurai

«  Tahiti ti´a Mai, du Tiurai au Heiva», une exposition festive » 

Le Musée de Tahiti et des îles dévoile jusqu’au 31 octobre de très belles pièces issues de ses collections à l’occasion de son exposition «  Tahiti Ti’a Mai, du Tiurai au Heiva », qui retrace 140 ans d’histoire de ces festivités. Costumes de danse, photographies anciennes, croquis, pirogue, tableaux, affiches originales, instruments ou encore une magnifique série de chapeaux permettent aux visiteurs de se plonger dans l’esprit de ces fêtes, qui sont devenues au fil des années un marqueur majeur de la culture polynésienne. 

«  C’est extraordinaire de voir ces groupes de femmes chanter, de pouvoir observer leurs costumes  d’époque », lance avec enthousiasme Marine Vallée, assistante de conservation au Musée de Tahiti et des îles, en détaillant une photographie en noir et blanc de vahine chantant des hīmene. Issu du fonds photographique de l’établissement culturel, ce cliché fait partie de la centaine de pièces sorties des collections du Musée à l’occasion de l’exposition « Tahiti Ti’a Mai, du Tiurai au Heiva  », qui se tient jusqu’au 31  octobre au Musée de Tahiti et des îles. « À travers tous ces objets, c’est l’histoire de la Polynésie française, de ces festivités que les visiteurs vont pouvoir découvrir, de l’importance qu’elles ont pour la société, la population, leurs influences dans l’œuvre des artistes », confie la jeune femme.  

Véritable rétrospective historique, cette exposition ne prétend pas être exhaustive. «  Il a fallu faire des choix parmi tous les objets de nos collections. Le fonds du musée doit comprendre environ 2  500  photos, certaines sont très peu connues, nous en présentons une quarantaine, dont une dizaine de Georges Spitz. J’ai d’abord fait une présélection d’objets et d’images… complétée par les suggestions des autres membres de l’équipe, puis nous avons choisi ensemble en fonction de différents critères, comme la qualité des images, l’intérêt documentaire, la finesse de tressage pour les chapeaux (…). C’est une expo collective du Musée. Manouche Lehartel nous a aussi apporté son avis pour les costumes notamment  », ajoute Marine Vallée, qui avoue avoir pris un réel plaisir à se plonger dans les collections du Musée de Tahiti et des îles. De véritables mines d’or historiques qu’elle est ravie de faire partager aux visiteurs tout au long de ces quatre mois.  

Témoin de l’histoire  

Parmi les trésors exposés  : des costumes du Heiva i Tahiti des années 1950 à nos jours, des affiches des années 1960, des reproductions photographiques de 1880 à 1960, de superbes dessins à la mine de plomb d’Osmond Romieux, de très beaux chapeaux, un des derniers va΄a de course en bois de 1980 ou encore des tableaux d’artistes de renom comme Adriaan Herman Gouwe, Alfred Le Moine, François Ravello, André Marere, sans oublier bien sûr Bobby Holcomb. 

Du Tiurai au Heiva  

Ces objets exposés pendant un peu plus de quatre mois au Musée révèlent tout un pan de l’histoire polynésienne et de ces fêtes du Tiurai, rebaptisées Heiva en 1985 suite au nouveau statut d’autonomie interne. Si les fêtes et les manifestations ont toujours existé de façon plus ou moins formelle, le premier Tiurai officiel (qui signifie juillet en tahitien) a eu lieu le 14 juillet 1881, à l’occasion de la fête nationale française. Pour cette première édition, défilé militaire, concerts de la fanfare coloniale, hīmene et concours sportif étaient au programme. «  Les hīmene étaient très populaires, il ne semble pas avoir eu d’édition sans  », précise l’assistante de conservation.  

Au fil des années, les fêtes du Tiurai ont évolué. Certaines activités sont apparues dans le programme officiel de ces grandes festivités populaires même si elles existaient dans le quotidien des Polynésiens depuis longtemps, tandis que d’autres ont, elles, disparu. ΄Ori tahiti, marche sur le feu, course de pirogue, ou encore le grimper au cocotier, le lever de pierre dans les années 2000, il aura fallu plus d’un siècle pour que le Heiva devienne celui que nous connaissons actuellement. 

140 ans d’histoire  

En 140 ans, le Tiurai a aussi été la victime collatérale de grands événements de l’histoire et a dû être annulé à plusieurs reprises. Ce fut le cas pendant les conflits mondiaux de 1914-18 et 1939-45, ou en 1983 après la dévastation provoquée par le cyclone Veena ou encore très dernièrement en 2020 en raison de la pandémie liée à la covid-19. Si, pour cette édition 2021, le Heiva n’aura pas lieu dans sa configuration classique avec l’organisation d’un concours, le festival Tahiti Ti’a Mai prévu en juillet devrait, à n’en pas douter, faire revivre avec bonheur l’esprit de ces festivités. Il promet de futurs beaux clichés ou costumes qui seront peut-être affichés dans une décennie… «  On pense déjà aux 150 ans du Heiva  », confie, sourire aux lèvres, Marine Vallée, prête à redécouvrir de nouvelles pépites dans les collections du Musée de Tahiti et des îles. 

Les costumes de danse  

L’exposition permet également à travers d’anciennes photographies, dessins ou costumes uniques de découvrir comment les tenues des danseurs et danseuses ont évolué au fil du temps en raison notamment des développements de certaines cultures. La perliculture a favorisé la fabrication d’éléments de costumes en perle, en nacre. Le more a toujours été très plébiscité par les groupes participant au Heiva. 

Artisanat : chapeaux  

Une vingtaine de magnifiques chapeaux, dont de nombreux exemplaires originaires des Australes, sont exposés. Deux toiles, de Gouwe et Bouloc, ou des photos de femmes en train de tresser mettent également en valeur l’artisanat local, une activité indissociable du Heiva. De très beaux clichés de Susan Hoare révèlent de jeunes Polynésiennes, portant d’élégants chapeaux. Ces photos de femmes, certainement issues d’un milieu social élevé, montrent l’importance des coiffes dans la société d’antan. 

Jeux et sports traditionnels  

Des photos de lancer de javelot ou de courses de pirogues permettent aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir les jeux et sports traditionnels. Pratiqués depuis les temps anciens, ces activités ont été inscrites au fil des années dans les programmes du Heiva. Le lancer du javelot a fait son apparition à part entière en 1935, l’extraction de la chair des noix de coco dans les années 1960 et les levers de pierre dans les années 2000.  

Déjà présentes en 1881, les courses de pirogues ont disparu du programme des festivités pendant l’entre-deux-guerres, elles ont connu une vraie renaissance au début des années 1950. Un va΄a toru, prêté par la famille Wong et fabriqué en bois de  «  pisse-pisse  »  (Tulipier du Gabon) à la fin des années 1980 à Tahiti, est l’un des derniers exemples construits dans un tronc d’arbre. 

Les beaux-arts  

Que ce soit pour les peintres polynésiens, mais également étrangers, de Charles-Alfred Le Moine en passant par Adriaan Herman Gouwe, François Ravello, Nicolaï Michoutouchkine ou encore Bobby Holcomb, le Heiva a été et est toujours une source d’inspiration. 

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Encadré  

Le programme des ateliers au Musée :  

Rehia Itchner de Ha Une Te Natura propose une initiative au tressage de nī΄au pour adultes et enfants à partir de 8 ans. Pendant un peu plus d’une d’heure environ, elle initiera les participants à l’art du tressage des paniers suspendus. Les ateliers sont prévus les 12 et 26 juin, 10 et 31 juillet et 21 août. Huit personnes au maximum. Amenez un paréo. Le centre ΄Arioi de Hinatea Colombani propose des ateliers autour de la thématique de l’outillage et du tressage de nape. Ces ateliers sont destinés aux adultes comme aux enfants. Les ateliers sont programmés les 17  et 24  juillet. Quinze personnes maximum.  

  • Tarif des ateliers : 2 500Fcfppar personne  
  • Dans le respect des mesures sanitaires 
  • Réservation https://billetterie. museetahiti.pf

 

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PRATIQUE  

Exposition « Tahiti Ti’a Mai, , du Tiurai au Heiva » du 29 mai au 31 octobre (mardi à dimanche de 9h à 17h)  

  • Dans le respect des mesures sanitaires 
  • Adultes : 600Fcfp/ personne  
  • Groupes (+10 pers) : 500Fcfp/ personne  
  • Étudiants et -18 ans : gratuit 
  • Réservation https://billeterie.museetahiti.pf   
  • À noter que l’exposition sera présentée en tahitien et en français ; un audio-guide en anglais sera proposé pour le public anglophone (veuillez apporter vos écouteurs pour plus de confort). 
  • Des visites guidées seront proposées par l’équipe scientifique du Musée les samedis 12 et 26 juin, les 10 et 24 juillet, les 14 et 28 août, les 11 et 25 septembre et les 9 et 23 octobre.

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