Hiro’a n°152 – Le saviez-vous ? Grande et petites histoires du Heiva

Conservatoire artistique de Polynésie française (CAPF) – Te Fare Upa Rau

Centre des Métiers d’Art (CMA) – Pu ha΄api΄ira΄a toro΄a rima΄iService du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha faufa΄a tupuna

Rencontre avec Vaiana Giraud, responsable communication de la Maison de la culture ; John Mairai, journaliste chroniqueur du Heiva depuis plus de trente ans et professeur de culture générale, de civilisation polynésienne et de ΄ōrero au Conservatoire artistique de la Polynésie française ; Tokainiua Devatine, enseignant en histoire et culture polynésiennes au Centre des métiers d’art et Sébastien Damé, responsable du DPAMI au sein du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel. Texte : Lucie Rabréaud

 

Grande et petites histoires du Heiva

Le 19 mars dernier, la décision d’annuler le Heiva i Tahiti 2020 était prise par le gouvernement, et annoncée par le Président du Pays et le Haut-commissaire de la République en Polynésie française, en même temps que le confinement. Une décision qui n’a pas été une surprise mais qui reste exceptionnelle dans l’histoire d’un des plus vieux festivals au monde.

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La Première Guerre mondiale, l’épidémie de grippe espagnole et la Seconde Guerre mondiale ont été les trois causes de l’annulation des fêtes du mois de juillet depuis qu’elles existent. Le Heiva i Tahiti est le grand rendez-vous incontournable de l’année, tant pour les acteurs de la culture, les spectateurs friands de danse, de chants, de va’a, de sports traditionnels et d’artisanat, que les touristes et parfois même les politiques avec des enjeux locaux ou nationaux. Pour les concours de chants et de danse, les soirées sont souvent jouées à guichet fermé. Le public et les journalistes attendent avec impatience les spectacles des plus grands groupes de danse et les prestations des groupes de chants les plus renommés. Pronostics, remise de prix et discussions sur le palmarès du jury occupent nombre d’échanges. Le mois de juillet est le mois du vent frais, des soirées claires et du Heiva i Tahiti. Mais le 19 mars dernier, en même temps qu’il annonçait le confinement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, le hautcommissaire de la République en Polynésie française, Dominique Sorain, déclarait le Heiva 2020 annulé. Pour John Mairai, journaliste chroniqueur du Heiva depuis plus de trente ans et professeur de culture générale, de civilisation polynésienne et de ΄ōrero au Conservatoire artistique de la Polynésie française, la décision était « inévitable et sage ». « Il faut aux groupes six mois au minimum pour se préparer avant de se présenter aux concours de chants et danse. Certains démarrent vers la rentrée de septembre de l’année précédente. Une reprise chaotique un mois avant l’ouverture aurait forcément impacté la qualité des productions, sans parler du fait que le public ne sera pas forcément au rendez-vous, à cause du Covid-19. » Tokainiua Devatine, enseignant en histoire et culture polynésiennes au Centre des métiers d’art, et auteur d’un mémoire sur le Heiva, estime qu’il n’y avait pas de « bonne solution », il fallait l’annuler, c’est tout.

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Une tribune pour les artistes

Un mois de juillet sans Heiva ? « Ce sera assurément le plus grand vide culturel de l’année, puisque l’ensemble des activités (associatives, sportives, économiques) qui tourne autour du Heiva impacte habituellement autant les îles du Vent que les îles Sous-le-Vent. Mais à toute chose malheur est bon : il est à parier que cette épidémie pourrait servir aux esprits créateurs pour revoir leur thème », considère John Mairai. Une expérience « intéressante à vivre », pour Tokainiua Devatine, car ce sera une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Avant d’être prohibés en 1819 puis réglementés à partir de 1847, les  heiva  – dans le sens de « divertissements » – étaient courants. Les danses traditionnelles ne reverront véritablement le jour qu’avec les premières célébrations du 14 Juillet en Polynésie en 1881 sous le nom de Tiurai et ce festival, qui fait partie des plus vieux festivals du monde, est organisé tous les ans. Annulé seulement à trois occasions historiques (et réinventé exceptionnellement à l’occasion du passage à l’an 2000), il est devenu un incontournable culturel et touristique. Il est aussi un espace de créations, de débats, d’anecdotes croustillantes, de vie, d’histoires… Si les fêtes du Tiurai célébraient d’abord la fête nationale du 14 Juillet et donc le rattachement de Tahiti à la France, elles sont devenues la célébration de l’identité polynésienne, s’appelant Heiva à partir de 1986, à l’occasion du changement de statut de la Polynésie. Elles sont une tribune pour certains auteurs : «  Patrick Amaru me disait  : « J’écris un livre, qui va le lire ? J’écris pour le Heiva, toute la population l’entend. » », raconte Tokainiua Devatine. Le concours de chants et de danse cristallise les questionnements de la société, comme les inévitables débats sur la tradition et la modernité. Et son évolution aussi  : «  Les gens regrettent la simplicité du Tiurai qui se déroulait à Tarahoi, dans le sable, avec les baraques des forains autour. C’était beau et magique. Aujourd’hui, c’est plus aseptisé et propre », explique Tokainiua Devatine. Les changements de site font également écho aux interrogations successives sur les concours eux-mêmes, leur appellation et leurs principes. Ainsi, en danse notamment, les catégories Hura tau et Hura ava tau – communément traduites par professionnels et amateurs – sont devenues les catégories «  Heiva  » et «  Heiva nui  », puis «  historique  » et «  légendaire  ». En 2010, le groupe Hitireva se trouve seul de sa catégorie et se produit en exhibition sur To΄atā. Une situation qui sonne le glas des questionnements, avec pour conséquence un retour aux appellations d’origine. L’organisation du concours a changé de mains à plusieurs reprises  : organisé par l’OPATTI (Office pour la Promotion et l’Animation Touristique de Tahiti et des Îles) créé en 1983, pendant plus de neuf ans, il revient ensuite à l’OTAC d’en avoir la charge jusqu’en 1999. En 2000, le changement de millénaire sera marqué par la création de nouveaux établissements, et notamment Tahiti nui 2000 – qui deviendra Heiva Nui. Le jeune EPIC organise cette année-là un festival en lieu et place du Heiva, puis conservera l’organisation du prestigieux concours dans ses missions.

 

En 2013, à la fermeture de l’EPIC Heiva Nui, c’est enfin l’ancien OTAC, devenu Te Fare Tauhiti Nui – Maison de la Culture, qui (re)devient organisateur de ces festivités. Ces quelques années d’organisation sont marquées notamment par l’édition 2016, qui regroupe un nombre inédit de groupes, toutes catégories confondues  : 43 concurrents se retrouvent sur scène, répartis en 21 groupes de danse et 22 groupes de chants. Pour la première fois semble-t-il, l’événement est organisé sur quatre semaines au lieu de trois pour permettre à chaque groupe de se produire à des horaires décents. Quels que soient les débats, les réussites ou les échecs, les polémiques ou les surprises artistiques, cette année, le Heiva nous manquera. Vivement 2021 !

 


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Danse et politique

Les fêtes du Heiva sont aussi organisées dans les communes et les îles. Mais en 2004, année où Oscar Temaru accède à la présidence du Pays, les fêtes de juillet à Fa’a’ā, appelées Farereira’a i Tahiti Fa’a’ā (Rencontres à Tahiti Fa’a’ā) prennent une ampleur nouvelle.

Elles sont coordonnées par Coco Hotahota. « Il s’agissait d’une distanciation évidente par rapport aux fêtes du territoire programmées par le comité territorial Heiva Nui, dirigé par Manouche Lehartel  », écrit Bruno Saura qui parle de rivalités anciennes dans le domaine de la danse entre ces deux chorégraphes mais aussi «  les liens étroits unissant le comité organisateur du Heiva i Tahiti au pouvoir de Gaston Flosse, tandis que Coco Hotahota affichait un soutien non feint au populiste Oscar Temaru  ». Des groupes de danse tahitienne venus des États-Unis, notamment de Hawaii, se joindront à cette manifestation.

(Source : Tahiti Mā’ohi de Bruno Saura, aux éditions Au vent des îles)

 


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Heiva et malédiction

Les fêtes de juillet sont d’abord organisées sur la place Taraho’i, face aux palais des rois tahitiens et à la résidence des gouverneurs. Puis elles se dérouleront place Vai’ete, et enfin place To’atā. Lors de ce dernier transfert de la manifestation, la place Vai’ete est «  endormie  » rituellement en 1998, à l’initiative du jury afin de « transférer son mana  » vers la nouvelle place To’atā. «  Antonina Peni et Tiare Bonnet avaient élaboré le rituel qui consistait notamment à entourer la place de longues étoffes de toile écrue (faraoti) blanche (tenant lieu des tapa d’autrefois) et à y déposer des centaines de feuilles de fougère maire », raconte Bruno Saura dans son livre Tahiti Mā’ohi. Mais les travaux ont pris du retard et la place To’atā n’est pas prête à temps pour accueillir le Heiva de 1999. Vai’ete est donc « réveillé spirituellement » par le président du jury de cette même année, Pierre Sham Koua. Antonina Peni en est la vice-présidente. John Mairai se souvient  : «  Ils étaient de très grands amis, grands connaisseurs et passionnés par leur culture. Tous deux souffraient de problèmes cardiaques. Lors d’une délibération du jury, Tonina Peni n’est pas d’accord avec les positions de Pierre Sham Koua. Le ton monte et Tonina claque la porte. Le lendemain, on découvre qu’elle est décédée dans la nuit. La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe. Elle sera fatale au cœur de Pierre Sham Koua qui décède peu après. Naturellement, les gens se sont mis à parler de malédiction : deux membres du jury avaient été frappés par des puissances occultes, une punition pour ne pas avoir respecté le rituel du réveil ou de la mise en sommeil de la place Vai’ete. Les divagations gonflaient comme une bulle – il faut bien le dire – avec une certaine délectation d’un grand nombre pour se donner des sueurs froides et des peurs remontant au temps ancestral des sorciers maléfiques. » Une « séance d’apaisement et de désenvoûtement » de Vai’ete est organisée par les membres du jury et des chefs des groupes de danse. Des purifications à l’eau de mer ont lieu et des prières adressées aux esprits du mal sont faites en ouverture de la remise des prix des lauréats, peuton lire dans le livre de Bruno Saura.

John Mairai poursuit : «  Je n’oublierai jamais cette soirée de la remise des prix du Heiva 1999, ou le Rāhiri (cérémonie notamment de l’union et du respect) était de nouveau mis en place, et pour la première fois sur une scène du Tiurai et Heiva. Un diacre s’est adressé à Taaroa – réellement et non pas pour jouer un rôle – pour lui demander pardon et apaiser sa colère. » On n’avait jamais vu ça !

« Je me souviens encore de Marguerite Lai – chef du groupe O Tahiti e – qui avait remporté le prix de la meilleure danseuse, hautement mérité. Elle avait dansé sans musique et les seins nus. Elle avait prononcé ces mots en aparté, en posant sa feuille de bananier (symbole de paix) sur la scène, en faisant un geste pour s’en laver les mains : « Moi, je n’y suis pour rien. » »

 


Interview de John Mairai

 

« Le plus prestigieux, le plus fort et le plus émouvant événement culturel »

 

Le Heiva mêle à la fois la grande Histoire de la Polynésie française et les petites histoires de notre société. John Mairai nous donne ici sa vision et son avis sur cet événement incontournable de la vie polynésienne.

La première édition a eu lieu le 13 juillet 1881 pour fêter l’annexion de la Polynésie à la France, est-ce exact ?

Quand Pomare V signa l’acte de donation de ses États à la France le 29 juin 1880, le commandant Chessé voulut frapper un grand coup : célébrer ensemble la fête nationale du 14 Juillet et la cession de Tahiti à la France. Chessé pensait l’organiser à partir du 13 juillet de la même année, mais le timing était trop court, il fallut donc le reporter en 1881. L’annexion de Tahiti a été ratifiée le 30 décembre 1880, proclamée et surtout célébrée le 24 mars 1881. Les Tahitiens étaient officiellement des citoyens français. Pour le Tiurai de 1881, l’annexion n’était plus qu’un fait divers. Le Tiurai, c’était d’abord la célébration du 14 Juillet. À noter que le Tiurai qui s’ouvrit le 13 juillet, place Taraho’i, ne comportait pas encore de concours de danse. Celui-ci ne sera à l’affiche qu’à partir de 1892.

 

Aujourd’hui, qu’est-ce que le Heiva ?

Sans doute le plus prestigieux, le plus fort et le plus émouvant événement culturel relatif aux arts traditionnels de l’année. Toutefois, j’y mettrai un bémol. Il y a de plus en plus de participants aux concours de danse, mais dangereusement de moins en moins de locuteurs de reo mā’ohi. Et il n’est pas certain que le Heiva vienne à provoquer une lame de fond pour son appropriation… du moins pas encore. Espérons que celle-ci finisse par venir.

 

A-t-il déjà été annulé ?

Les concours du Tiurai ont cessé d’être programmés après le Tiurai de 1914, et ce jusqu’à son retour en 1921, à cause bien sûr de la Première Guerre mondiale, et l’épidémie de grippe espagnole de 1918 à 1919. Il y eut une timide tentative en juillet 1920 avant sa reprise en 1921. Puis de nouveau un grand break de 1940 à 1945, et une reprise en 1946. Il est intéressant de noter que de 1911 à 1913, une danse nommée mahau était programmée avec le pā’ō’ā. Elle disparaît pour toujours à partir de 1914. En 1946, le hivināu (un type de danse qui se fait en cercle) fait sa première apparition officielle à Taraho’i. S’il nous est possible de décrire le hivināu, je n’ai pas encore réussi à trouver à quoi ressemblait le mahau, et surtout ce que ce mot voulait dire.

 

A-t-il toujours eu lieu au mois de juillet ou est-il arrivé qu’il se déroule à un autre moment ?

Comme son nom l’indique, la fête nationale du 14 Juillet a toujours été organisée en juillet. Quand le Pays obtint son statut d’autonomie en septembre 1984, il organisa ses propres festivités du Tiurai peu après le 29 juin 1985, devenue depuis la fête de l’Autonomie. C’est pourquoi les concours du Heiva démarrent le premier mercredi ou jeudi du mois de juillet. Bien que l’on parlât déjà de Heiva au début des années 1980, ce mot sera officiellement décrété par le Conseil de gouvernement en 1986.

 

Quels sont les « couacs » marquants de l’histoire du Heiva, ou ceux dont vous vous rappelez personnellement ?

Il y a eu la tentative de boycott du Tiurai 1984 par Henri Hiro. Le président de la fédération Tahititoa n’était plus en phase avec la direction de l’Otac. Responsable du département Recherches et création à l’époque, il considérait ne plus avoir les moyens de faire ce qu’il souhaitait. Le boycotta été peu suivi, excepté par Coco Hotahota, chef du groupe Temaeva. À cela il faut ajouter les contestations de plus en plus prononcées des décisions du jury depuis la fin des années 1980… jusqu’à ce jour. À plusieurs reprises, certains chefs de groupe ont menacé les organisateurs et le jury de jets de jus de fāfaru, d’œufs pourris, de taioro… voire de plaintes.

 

Il y a souvent des polémiques autour du Heiva, sur les prix, sur la façon de départager les groupes… Est-ce que, d’une certaine manière, le festival cristallise l’évolution de la société polynésienne ?

Jamais dans l’histoire du Tiurai et du Heiva, on avait assisté à la consécration d’un mensonge, comme ce fut le cas au Heiva 2019 avec le couronnement par un 3e prix en Hura Tau du groupe des Tamari’i Mataiea. Il faut ramener cette forfaiture à l’auteur du thème qui a aveuglément transcrit le « rêve du chef de groupe » : la défaite dans un bain de sang de l’armée de la Reine Pomare IV, battue par les guerriers de Mataiea. La Reine Pomare IV aurait voulu s’emparer des terres de Mataiea. Sur la scène de To’atā, on voit une reine agenouillée, humiliée et en sanglots, demander pardon au peuple de Mataiea. Aucun document historique n’atteste un tel événement, ni les légendes de Mataiea non plus. Il suffit de savoir que la Reine Pomare IV n’avait jamais eu d’armée – tout au plus une cour royale pas très nombreuse – pour la simple raison que le règne de Pomare IV était sous l’autorité du Protectorat français de 1844 à sa mort en 1877. Pourtant le jury fera fi des critiques et des protestations – il est vrai peu, très peu nombreuses. Silence des groupes, silence de la presse, tête baissée du jury et lourde présence du politique. Ce serait peut-être une évolution de la société polynésienne. Mais pour sûr, une première dans l’histoire du Heiva*…

 

*Une certaine liberté est laissée aux groupes quant au choix de leurs thèmes. Le règlement du Heiva précise : « Les groupes de danses participant au Heiva i Tahiti présentent au concours un spectacle original de ‘ori Tahiti : – qui illustre un thème historique, légendaire, abstrait ou littéraire contemporain ; – qui s’inspire du patrimoine culturel, de l’environnement naturel, de la vie en société de la Polynésie française. Pour ce faire, ils auront à cœur de puiser l’inspiration dans leur héritage et de réunir les éléments qui contribueront du mieux possible à préserver la tradition et à favoriser la création. »

 


Archipol

Dans sa dix-septième édition, la revue Archipol vous propose un voyage dans le temps. Ce numéro intitulé Aux origines du Heiva i Tahiti  : les fêtes nationales d’antan revient sur les sources de cet événement culturel majeur en Polynésie française et sur son évolution à travers notamment les journaux officiels et les archives de 1845 à la fin des années 1950. Nous percevons du Tiurai au Heiva i Tahiti, l’évolution de la société, « le renouveau culturel, le réveil de tout un peuple ». Ce document devait également servir dans le cadre de la constitution du dossier d’inscription du ‘ori tahiti au patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO.


Pratique

En vente au dépôt des archives de Tipaerui, Service du Patrimoine Archivistique et Audiovisuel, Te Piha Faufa’a Tupuna, Tipaerui, quartier Alexandre.

Du lundi au vendredi de 7h30 à 12h00. Tél : (689) 40 419 601

 

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