Hiro’a n°140 – Dossier : Soirée disco pour les 40 ans du Conservatoire !

Rencontre avec Frédéric Cibard, chargé de communication au CAPF, Frédéric Rossoni, chef d’orchestre, Moana΄ura Tehei΄ura, metteur en scène, et Teiva LC, chanteur.

Texte  et photos : SF

 

Créé en 1979 sous l’égide de Maco Tevane et Claude Malric, le Conservatoire artistique de Polynésie française souffle ses quarante bougies cette année. À cette occasion, deux grands spectacles sont prévus en mai sur le thème du disco. Sortez les boules à facettes et les paillettes pour une ambiance assurée !

 

« On veut que le public participe, on veut une véritable communion avec lui et que ce spectacle crée une belle ferveur populaire. » Pour les quarante ans du Conservatoire artistique de Polynésie française, Frédéric Cibard, chargé de communication au CAPF, et ses équipes ont fait le pari de remettre au goût du jour un genre populaire qui a fait danser des générations entières : le disco. « On veut rendre hommage aux grandes voix de la période disco. Après les grands spectacles dédiés aux Beatles et Elvis Presley, cela permet de varier les plaisirs et, surtout, de proposer un spectacle plein de vie avec un dress code. On voulait sortir des chemins classiques pour une musique plus dansante », souligne Frédéric Cibard. Ainsi, depuis la rentrée scolaire du Conservatoire, une quarantaine d’élèves de haut niveau répètent pour les deux grands spectacles qui auront lieu les 17 et 19 mai au Grand théâtre de la Maison de la culture. Sur scène, l’orchestre symphonique dirigé par Frédéric Rossoni accompagnera huit chanteurs polynésiens. Durant plus d’une heure et demie, les artistes feront revivre les plus grands tubes des années 1970-1980. Vingt-trois titres sont au programme, avec une mise en scène spécialement conçue par Moana΄ura Tehei΄ura (voir encadré). Sunny, Freak, I will survive, YMCA, Lady Marmelade… Les plus belles chansons de cette époque feront danser les spectateurs avec parfois quelques touches funk grâce aux reprises de Michael Jackson ou encore Earth, Wind and Fire. De quoi satisfaire les jeunes et moins jeunes… « Je sens que cela plaît aux élèves même si pour certains ce n’est pas leur époque, mais tous connaissent par exemple Michael Jackson », explique Frédéric Rossoni, chef d’orchestre.

 

Une partie de l’histoire de la musique

 

Au-delà de la musique, ce spectacle est aussi une belle occasion de rendre hommage à ce que ces années ont apporté à l’histoire de la musique. Apparu dans les années 1970, le disco fait partie d’un mouvement culturel qui est parti des États-Unis avant d’envahir tous les dancefloors d’Europe. « Les gens ont tendance à oublier cette partie de l’histoire de la musique, mais cette époque est très belle, confie Frédéric Cibard. Le disco est une autre manière d’aborder la musique. Après le rock, c’était une sensibilité nouvelle qui éclatait avec de la couleur, de la gaieté qui entraînaient tout le monde. Cette époque a sa marque de fabrique et ses têtes d’affiche. » Le maestro Frédéric Rossoni est aux commandes pour remettre au-devant de la scène ce genre musical fait pour danser et s’amuser. Une mission qui n’est pas de tout repos… « Le disco c’est plus un son qu’un style. Techniquement, c’est difficile pour les élèves qui ont tendance à ne pas être précis alors que le disco l’exige. Toute la section des cuivres, par exemple, a des riffs, cela demande une rigueur rythmique. Mais ils s’en sortent très bien. C’est une très belle expérience pour les élèves, car cela change du big band avec lequel ils ont l’habitude de jouer toute l’année », explique le chef d’orchestre.

 

Un travail long et rigoureux

 

Depuis septembre donc, Frédéric Rossoni organise chaque semaine une répétition afin d’être prêt pour le jour J. L’enseignant a d’abord composé les arrangements pour l’orchestre symphonique avant de faire jouer l’ensemble. « Il y a quelques années, j’avais joué avec un groupe local sur du disco, donc je connaissais le répertoire et j’avais déjà refait les arrangements à l’époque. Je trouvais que cela fonctionnerait très bien avec un grand orchestre. » Une fois le thème défini, les répétitions ont commencé. Il a fallu prévoir une répétition pour chaque ensemble : les cordes, les cuivres, la rythmique. Puis, une fois que les élèves ont été plus ou moins à l’aise, Frédéric a regroupé les ensembles : les cuivres avec les cordes, les cordes avec la rythmique, puis le tout avec les chanteurs. « Comme pour chaque orchestre avec de nombreux musiciens, le plus difficile reste la gestion humaine. Ici, on a 40-45 élèves du CAPF avec 36 cordes, 6 vents, la rythmique et 8 chanteurs locaux. Il faut donc apprendre la discipline : être concentré et savoir écouter les autres musiciens. » En tant que chef d’orchestre, le plus dur à travailler est la mise en place et la justesse. « On essaye d’être au meilleur, d’être des professionnels », souligne Frédéric qui a prévu des duos et des trios avec les artistes invités. Huit chanteurs locaux monteront sur scène pour ce grand spectacle : Teiva LC, Ricardo Cortez, Ruben Tabargos, Christine Casula, Reia Poroi, Raumata, Taloo, Karen. D’autres musiciens sont invités comme Teiki Lang à la basse et Michael Brossard à la guitare. « Le fait de partager la scène avec des artistes locaux et reconnus, c’est valorisant pour les élèves », souligne Frédéric Rossoni. Et ce spectacle est aussi très formateur pour les élèves du CAPF qui ainsi peuvent appréhender les shows et la scène en partageant cette dernière avec des artistes professionnels. C’est également pour les artistes déjà confirmés l’occasion d’aborder un répertoire dont ils n’ont pas forcément l’habitude. « Ce grand spectacle est une belle expérience pour tous, et on espère la partager avec le public. » Rendez-vous donc les 17 et 19 mai pour deux soirées de folie…

 

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Encadré : Trois questions à Teiva LC

 

Teiva LC est l’un des huit artistes chanteurs invités pour ce grand spectacle. Il partagera la scène avec l’orchestre symphonique et les chanteurs Raumata, Ruben et Ricardo.

 

Jouer avec l’orchestre symphonique, c’est quelque chose que tu apprécies en tant que chanteur ?

 

Il s’agit de ma troisième expérience après les Beatles et Elvis Presley. J’aime chanter avec le grand orchestre, cela change de mon quotidien d’artiste. De jouer avec des violons et tout un ensemble, c’est une opportunité qu’on ne peut pas manquer.  Il faut être fou pour dire non ! Les musiciens sont là pour te porter. Nous, les chanteurs, on est devant et on sent tout ce poids derrière nous. Alors, on a intérêt à assurer !

 

Le disco n’est pas de ta génération, comment abordes-tu ce spectacle ?

 

Ce n’est en effet pas ma génération ni mon répertoire.  Mais c’est cela aussi qui m’intéresse, j’aime bien sortir de ma zone de confort. Cela fait vingt ans que je chante, il faut donc sortir de ce que je connais, apprendre et réapprendre encore…

 

Il y a une mise en scène pour ce spectacle, c’est quelque chose dont tu as l’habitude ?

 

Nous, chanteurs, on est plutôt statiques, alors oui, je suis en train d’apprendre à essayer de bouger. Ce n’est pas facile mais c’est un nouvel apprentissage ! J’ai hâte de montrer le spectacle. Je veux vivre ça à fond, car je sais que c’est un moment magnifique. Sur scène, avec l’orchestre et le public, tu oublies tout, tu te laisses emporter parfois un peu trop même (rires).

 

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Encadré :

« Ce spectacle est un tremplin pour nos jeunes artistes ! »

 

Moana΄ura Tehei΄ura est le metteur en scène de ce grand spectacle. L’homme de culture, plutôt habitué à un répertoire polynésien, a dû sortir des sentiers battus pour proposer une mise en scène à la hauteur de ce genre musical qui a fait danser des générations, même en Polynésie. Interview.

 

Comment abordes-tu cette nouvelle expérience ? 

Lorsque Fabien Dinard m’a proposé de m’occuper de la mise en scène de ce spectacle, il s’agissait d’un réel défi puisque j’ai principalement œuvré dans le ‘ori tahiti. Ceci dit, j’ai eu l’occasion de me nourrir de plusieurs spectacles à travers le monde et j’ai pris cela comme une opportunité d’explorer un autre registre. Je dois néanmoins être à la hauteur de la confiance que me donne la direction de Te Fare Upa Rau et je m’entoure de talentueux chorégraphes de notre pays ainsi que d’autres artistes tout aussi performants. Il s’agit bien d’une création collective qui met en avant l’esprit d’union et d’unité. Comme le disco.

 

De quoi t’es-tu inspiré pour ce spectacle disco ?  

Je me suis replongé dans l’histoire du disco et il m’est apparu important de raconter une époque à travers un personnage fictif qui sera en quelque sorte le fil rouge du spectacle. À travers les anecdotes, les joies et les peines du personnage fantasque, le public fera également appel à ses souvenirs, car chaque tube présent dans le répertoire proposé par Frédéric Rossoni est forcément associé à un souvenir – un baiser, une rupture, un moment de la vie… Pour le public qui ne connaît pas cette époque, il pourra découvrir un univers différent de la société à laquelle nous appartenons aujourd’hui et surtout un mouvement musical qui a eu des influences importantes sur la mode, le design et les identités.

 

Que prévois-tu en termes de mise en scène ?

Il fallait respecter avant tout le choix de Frédéric Rossoni qui fournit un énorme travail. L’idée principale est d’offrir au spectateur une immersion dans les années 1970 et 1980 tout en soulignant l’aspect intemporel de la mode disco. Je me permets alors un mélange des genres en termes de danse et de propositions sans trahir le mouvement musical, mais en montrant son influence du Studio 54 à New York jusqu’à Tahiti en passant par l’Europe. Par ailleurs, les chanteurs et les chanteuses seront des interprètes à qui l’on demandera d’incarner des personnages d’époque. Nous avons sollicité plusieurs artistes de notre pays pour donner du relief à ce spectacle : Christopher Prenat, les All in One, Walid, l’école de danse Vaheana et bien d’autres encore.

 

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?

Elles sont surtout liées à la mise en place du grand orchestre. C’est un ensemble conséquent qui nécessite beaucoup d’espace. De plus, il convient de s’adapter aux arrangements prédéfinis par le chef d’orchestre et de créer certaines choses dans un espace de liberté limité. Le défi est intéressant, car je me retrouve en tant que metteur en scène en situation inverse où c’est à moi de m’adapter à la musique. Ceci dit, les échanges que j’ai avec Frédéric permettent de poser des espaces de création artistique et de proposer un visuel inédit.

 

Que représente le disco pour toi ?

Les années disco sont les années de mon enfance et de la jeunesse de mes parents. J’ai été éduqué dans ce monde de boule à facettes. J’ai un souvenir encore intact qui me revient. Lorsque les manèges étaient installés sur le front de mer de la ville de Pape’ete, les passants étaient envahis par la musique disco qui venait de tous les manèges et de toutes les baraques présentes. Les gens se promenaient en dandinant des fesses tout en mangeant des barbes à papa ou des mape chauds. C’était extraordinaire de voir que cette musique plaisait aux tout-petits et aux moins jeunes ! À Tahiti, c’est une musique qui a traversé les âges et les classes sociales, car elle était synonyme de bonheur. Tout simplement.

 

Qu’est-ce que ce spectacle peut apporter aux élèves ?

Il est important pour les élèves de sortir des murs du Conservatoire et de leur ouvrir des perspectives multiples quant à la pratique de leur instrument. Le Conservatoire de Polynésie propose divers concerts tout au long de l’année qui permettent à l’élève d’explorer plusieurs registres, de nourrir sa culture musicale et de construire son identité musicale. Voir les gens danser, sourire et s’amuser sur la musique que l’on produit est quelque chose de gratifiant. L’acte de jouer d’un instrument prend tout son sens lorsque l’instrument interagit avec l’autre et que s’installe une communication unique entre le spectateur et l’artiste. Ce spectacle n’est pas simplement un hommage au disco, il est un tremplin pour nos jeunes artistes !

 

 

PRATIQUE

Au Grand théâtre de la Maison de la culture
Vendredi 17 mai à 20 h
Dimanche 19 mai à 17 h
Tarifs : 2 500 Fcfp adulte, 1 500 Fcfp moins de 12 ans
Billets en vente sur place et en ligne sur www.maisondelaculture.pf
+ d’infos : www.maisondelaculture.pf /40 544 544

 

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