N°129 – Heiva rima’i : 30 ans de tradition

 

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Rencontre avec Loana Tupuhoe et Marie-Thérèse Katupa, agents du service de l’artisanat traditionnel, Mélia Avae et Nathalie Teariki, artisanes et présidentes tour à tour du Heiva rima’i. Texte : ASF.

 

Leurs mains sont souvent leurs seuls outils, créant sans relâche, jour après jour. Les artisans de Polynésie sont les garants d’un savoir-faire traditionnel dont le grand public appréhende l’ampleur et la diversité chaque année lors du plus important salon de l’artisanat, le Heiva Rima’i. Cette année, les organisateurs ont décidé de fêter ses 3 0 ans d’existence, entre la nostalgie du passé et l’envie de regarder vers l’avenir.

 

 

Un anniversaire, cela se fête ! Nathalie Teariki, présidente depuis deux ans du comité organisateur Tahiti I Te Rima Rau, a souhaité marquer le coup. « Cette année, nous avons prévu des concours qui n’existaient plus ou qui étaient en sommeil, des animations, des défilés, une mini-tombola, de la musique locale et bien sûr un gâteau d’anniversaire. Nous avons invité tous les présidents. »

Le plus important salon de l’artisanat du pays se déroulera du 22 juin au 15 juillet, sur le site de Mamao et accueillera comme toujours une centaine d’artisans et des milliers de visiteurs. Parmi les animations remises au goût du jour auxquelles Nathalie Teariki fait allusion, il y a, le 21 juin (la veille de l’ouverture officielle) l’élection de Miss Mama Rima’i et Mister Papa Rima’i. Seront élus des artisans dont on reconnaît la richesse du savoir-faire. Un moment fort selon Nathalie qui se souvient avec fierté avoir obtenu ce prix en 2004.

Authenticité des archipels

Au-delà des jeux et des animations, le salon de l’artisanat est avant tout le lieu de rassemblement de tous les savoir-faire et leur maintien dans notre culture quel que soit l’archipel d’origine : la vannerie des Australes, le tifaifai, la sculpture sur bois, pierre ou os et le tapa des Marquises, le travail du coquillage aux Tuamotu… Dans un rapport du CESC qui date de 2000, on mettait déjà l’accent sur ce patrimoine : « Les artisans des archipels éloignés contribuent, par la richesse et l’authenticité de leurs créations, à sauvegarder les techniques traditionnelles et, par la même occasion, les valeurs ancestrales du patrimoine culturel polynésien », pouvait-on lire alors.

La place de la jeunesse

Ce patrimoine reste fragile, malgré la mobilisation dans les années 1980 pour faire de l’artisanat polynésien un atout économique, touristique et culturel, avec la création de nombreuses associations artisanales à la fois à Tahiti et dans les îles éloignées de la capitale, et la naissance du service de l’Artisanat traditionnel, qui « va encourager le développement des activités artisanales par le biais de subventions, organiser les différentes expositions, réglementer les nombreux concours et tenter de normaliser le caractère « traditionnel » et « authentique » des productions artisanales contemporaines », révèle une étude d’Olivier Ginolin parue dans le Journal de la Société des Océanistes (JSO) en 2004. Pour Mélia Avae, présidente de 2005 à 2010 du comité organisateur et spécialiste de la vannerie, le sujet est épineux quand on aborde l’aspect « moderne » de l’artisanat. Ce qui l’agace, ce sont les évolutions vues au fil des ans comme le cordon noir qui a remplacé la fibre naturelle sur les étals pour faire des colliers. « Il faut que tout soit traditionnel, les colliers doivent être réalisés en fibre de coco, c’est très joli. » Mélia défend le statut des artisans au sein des fédérations et des associations plutôt qu’en patenté, gage selon elle d’un approvisionnement de la matière première en Polynésie et non à l’étranger.

La transmission auprès de la jeune génération est un autre sujet d’exaspération pour cette native de Rurutu au caractère bien trempé. « Autrefois, on restait aux côtés de nos mères, de nos grands-mères, de nos tantes dès le plus jeune âge pour apprendre la vannerie. Cet apprentissage était obligatoire. Les jeunes ne savent plus rien, ils n’ont même pas conscience du travail qu’il faut faire en amont pour récolter et sécher le pandanus ».

Nathalie Teariki, qui évolue également dans la vannerie est plus optimiste et pense que les jeunes sont encore là, mais constate qu’ils ont en effet une autre approche plus économique de l’artisanat, une vision d’entrepreneuriat. « Les jeunes sont là, mais ils ne s’intègrent pas forcément dans des associations, des fédérations. Ils sont plus dans une démarche de créer leur entreprise, de créer leur propre circuit de vente.» Aujourd’hui les plus jeunes voudraient participer à des salons plus modernes, avec plus de créations.

Des thèmes qui ont marqué

Produire et vendre, c’était pourtant déjà l’objectif, il y a 30 ans. À l’époque, cela se passait sur la place Cigogne (la place To’ata, aujourd’hui). Il y avait alors beaucoup moins de stands, mais la matière première traditionnelle était primée. Les ouvrages en coquillages des Tuamotu étaient encore très présents, alors qu’on ne les voit presque plus aujourd’hui, laissant plutôt la place à la nacre. Surtout, dans les années 1990, le salon ne durait que deux semaines, on appelait encore cela la Quinzaine de l’artisanat. Puis il est passé à quatre semaines, a migré vers Aorai Tini Hau avant de revenir à une durée de trois semaines. « C’était très festif, très coloré », se souvient-on au service de l’Artisanat. En 1996, le thème du « Fare polynésien » avait marqué les esprits, notamment avec le tressage en roseau blanc dans la maison reconstituée de Rapa.

Voyage dans le temps

Cette année, les visiteurs pourront voir l’évolution de l’artisanat avec un voyage sur 30 ans du Heiva rima’i. « Le Heiva d’antan sera à l’honneur aux côtés des produits d’aujourd’hui. Nous avons également prévu un défilé de robes purotu revisitées, un défilé en pareu, un concours de grands chapeaux tressés, une bringue tahitienne… », annonce Nathalie Teariki. Le logo du comité organisateur sera aussi revisité par les artisans avec des matières premières locales lors d’un des nombreux concours.

 

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Irène Atu, une grande dame du tifaifai nous a quittés

 

Le 30 avril, à quelques semaines de l’ouverture de la 30e édition du Heiva rima’i, une grande dame de l’artisanat et de la culture polynésienne nous a quittés à l’âge de 77 ans. Irène Atu avait été présidente de « Tahiti i te Rima Rau », le comité organisateur des expositions, entre 2013 et 2016 avant de laisser sa place à l’actuelle présidente, Nathalie Teariki. Originaire de Makatea, cette enseignante avait laissé libre cours à ses passions au moment de prendre sa retraite. Amoureuse d’horticulture, elle était également attachée à l’artisanat, en particulier avec la confection de tifaifai. D’ailleurs, elle ne manquait pas d’associer ces deux loisirs. Membre du regroupement des artisans du tifaifai « Te api nui o te tifaifai », elle occupait le poste de trésorière depuis janvier 2002, tandis qu’en 2004, elle a créé « Te hono taraire », association artisanale et horticole de Papara.

Bien que fatiguée, Irène Atu devait participer aux festivités du 30e anniversaire du Heiva i Rima’i. Pour toute l’équipe organisatrice, sa disparition est une grande tristesse.

 

Pratique

Heiva Rima’i

Parc expo de Mamao

Du 22 juin au 15 juillet

Ouvert au public du lundi au dimanche de 8h à 17h

+ d’infos : Ina Utia au 87 71 18 50 ou Nathalie Teariki au 87 75 92 48. www.artisanat.pf / www.heiva.org

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