La mystèrieuse tablette Rongo Rongo

Cette tablette dite « échancrée », en raison de ses deux fentes, appartient à la Maison des Pères des Sacrés Cœurs de Rome (appelée aussi congrégation des Frères de Picpus). Elle est arrivée à Tahiti en 1975 : Monseigneur Michel Coppenrath l’a ramenée de la congrégation de Rome spécialement pour le Musée de Tahiti et des Iles. Il a obtenu ce prêt pour l’association œcuménique Tenete, alors en charge de la réalisation et de la conception de la salle 4* du Musée. Depuis lors, la tablette est exposée au Musée de Tahiti.

Son histoire

En 1869, ce Rongo Rongo fut offert à l’évêque de Tahiti, Tepano Jaussen.

Pourquoi ce don ? « Il y a deux hypothèses », explique Véronique Mu, Conservateur du Musée de Tahiti et des Iles. « La première dit que ce présent lui avait été remis pour le remercier de son intervention à aider à rapatrier les Pascuans qui avaient été faits esclaves dans des mines d’Amérique du Sud. D’autres affirment que ce fut pour remercier les missionnaires Picupussiens d’avoir converti les Pascuans au Christianisme. » Mais ce qui est certain, c’est que ce Rongo Rongo était un objet très sacré et prestigieux pour les Rapanui. Il était alors entouré d’une corde de cheveux de plus de 20 mètres de long !

« Tepano Jaussen s’est immédiatement passionné pour ces écritures », poursuit- Véronique Mu. « Il demanda aux missionnaires catholiques de récupérer toutes celles qu’ils rencontreraient. L’évêque fit quantité de recherches pour tenter d’en comprendre le sens. Mais très vite, il s’aperçut que les Rapanui l’avaient perdu. Son seul espoir fut la rencontre de Metero, un Pascuan qui travaillait à Tahiti dans les plantations d’Atimaono. Ce dernier lui aurait chanté la tablette. Tepano Jaussen retranscrivit les paroles et créa à partir d’elles une sorte d’alphabet des symboles sculptés. Mais rien, à ce jour, ne nous permet d’affirmer la fiabilité de cette transcription. »

Mystère…

Aujourd’hui, on dénombre 25 exemplaires de bois gravés de ce type, disséminés dans les musées du monde entier (Hawaii, Chili, Angleterre, etc.) ou chez des collectionneurs privés. Gravées de 603 signes différents, les tablettes Rongo Rongo restent un des grands défis du décryptage moderne. Depuis Tepano Jaussen, des générations de linguistes ont essayé en vain de déchiffrer les Rongo Rongo, qui renferment toujours le mystère de leurs symboles…

Des bois qui chantent…

On dit que les textes du Rongo Rongo étaient chantés pendant les cérémonies religieuses, ils étaient censés expliquer le Cosmos et rappelaient aux Rapanui quelle était leur place dans l’ordre naturel des choses. A priori, ces tablettes se lisaient en commençant par le coin inférieur gauche et en progressant de gauche à droite. À la fin de chaque ligne, la planche était retournée et la lecture se poursuivait dans l’autre sens. De cette façon, le scribe ne se perdait jamais ni ne sautait de ligne.

Le Rongo Rongo du Musée de Tahiti envoyé à Paris le temps d’une exposition

En octobre, Véronique Mu a convoyé cette tablette vers la France à l’occasion d’une exposition sur les objets de l’île de Pâques, qui se tient à la Fondation EDF (Paris 7ème), jusqu’au 1er mars 2009. L’exposition fait revivre l’incroyable histoire du peuple pascuan à travers les âges. Près de cent cinquante œuvres illustrent la richesse des collections françaises publiques et privées. La tablette reviendra bien entendu au Musée de Tahiti et des Îles dès la fin de l’exposition parisienne.

Pour plus d’informations : http://fondation.edf.com

Légende photo :

  • Tablette dite « échancrée »
  • 23,9 cm de long x 11,9 cm de large / 2,1 cm d’épaisseur
  • Bois : Podocarpus latifolius (arbre conifère)

* La salle 4 du Musée a pour thème général l’histoire polynésienne récente. Elle est toujours sous la responsabilité de l’association Tenete, qui depuis plus de vingt ans prête au Musée de Tahiti et des Îles des objets collectés par les missionnaires.

Photo : @D.Hazama

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