Hiro’a n°218 – LA CULTURE BOUGE
CONSERVATOIRE ARTISTIQUE DE POLYNÉSIE FRANÇAISE (CAPF) – TE FARE ΄UPA RAU
Rencontre avec Peterson Cowan, responsable du département de chant lyrique du Conservatoire artistique de la Polynésie française. Texte : Lucie Rabréaud – Photos : CAPf
Hiva ou comment grandir à travers les épreuves

Peterson Cowan, responsable du département de chant lyrique au Conservatoire artistique de Polynésie française et enseignant, l’assure : la vie est remplie de rites de passage. Le héros de son spectacle, le pêcheur Hiva, doit assurer la survie de son village et, pour ce faire, passer des épreuves initiatiques. Le public adorera ce conte musical de haute volée, plongeant ses racines dans les mythes ancestraux.
C’est l’histoire du pêcheur Hiva, qui doit trouver une solution pour assurer la survie de son village. « Depuis plusieurs lunes, des tempêtes étranges secouent le lagon, bousculent les courants et raréfient les poissons », et devant ces périls, il va se tourner vers ceux qui savent : les anciens, les tahu΄a, les « dépositaires de la mémoire du peuple ». Ce sont eux « qui gardent vivants les récits, les rites et les savoirs, ils veillent sur l’équilibre entre les hommes, la nature et les divinités. Ils connaissent les plantes, les courants, les vents, les étoiles et les lois invisibles qui relient tous les êtres ». Ils lui imposent quatre épreuves face aux quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. En les affrontant, Hiva découvre une sagesse ancestrale et l’équilibre délicat unissant les hommes, les tupuna et la nature pour, bien sûr, sauver son village.
Entre tradition et opéra
Pour écrire cette histoire, Peterson Cowan, responsable du département de chant lyrique au Conservatoire artistique de Polynésie française, s’est inspiré du Petit Prince de Saint-Exupéry et de l’opéra de Mozart, La Flûte enchantée. Dans ces œuvres aussi, le héros avance à travers des épreuves initiatiques, guidé par les tahu΄a et les tupuna. Il ne s’agit pas seulement de trouver des solutions, mais aussi d’apprendre et de comprendre pour finalement grandir. Hiva et le secret des quatre éléments est donc, sous la forme d’un conte musical, une histoire fantastique, métaphore de la vie. « La Polynésie a besoin de retrouver son histoire, ce qui fait société. Il y a toujours eu des épreuves. Petit, quand on arrivait en bateau sur une île, on nous jetait à la mer, sous la surveillance d’adultes bien sûr, pour qu’on nage jusqu’au rivage. On nous donnait un filet, une canne et des hameçons et il fallait attraper son repas. Avec ces épreuves, on apprend la vie et on sait de quoi on est fait », explique l’enseignant. C’est aussi toute une communauté qui se mobilise : « On est dans le creuset même de l’opéra et de la musique classique : ensemble, on est plus fort. C’est un beau message d’unité. »
Une scène pour les élèves
Peterson Cowan voulait, avec ce spectacle, mettre en avant le département de chant lyrique, et permettre aux 147 élèves qu’il encadre d’avoir leur propre spectacle, comme les autres départements, tout en travaillant avec l’ensemble du Conservatoire. « Je voulais proposer une collaboration avec les départements classique, arts de la scène et traditionnel, écrire un spectacle pour engager toutes les compétences du Conservatoire. » Une quarantaine de personnes vont participer à ces soirées, dont la narration sera proposée en français et en tahitien. L’auteur Yann Paa a assuré la traduction des textes en reo tahiti, mais aussi des airs d’opéra connus qu’il a traduits et adaptés en tahitien : Le Duo des fleurs de Delibes, La Barcarolle d’Offenbach, Au fond du temple saint de Bizet, La Reine de la nuit de Mozart. Peterson Cowan voudrait faire de ce spectacle « une vitrine du Conservatoire ». Il pense déjà à un spectacle réduit à emmener dans les îles pour faire connaître le Conservatoire dans les archipels, peut-être aussi y repérer des jeunes prêts à se lancer dans l’apprentissage des arts et trouver des « pépites ».

Pratique
Hiva ou le secret des quatre éléments
Petit théâtre de la Maison de la culture
Deux soirées les 20 et 21 mars, à 19 :00
Tarif unique : 2.000 XPF
Billetterie à la Maison de la culture et en ligne.
Tel : 40 544 544
