Hiro’a n°140 – Le saviez-vous : Les grands ti’i de Ra’ivāvae restaurés

Direction de la culture et du patrimoine (DCP) – Te papa hiro’a ‘e faufa’a tumu

Rencontre avec Thibault Sevenet, ingénieur géophysicien expert pour la société GEOPAT.

Texte SF. Photos TS

En mars dernier, les ti’i exposés dans les jardins de l’ancien musée Paul Gauguin*, à Papeari, ont fait l’objet d’une restauration. L’un d’entre eux avait en effet été abîmé durant son transport jusqu’à sa résidence actuelle.

Ainsi, le ti’i identifié sous le numéro 428 et installé dans les jardins près du bord de mer, a fait l’objet d’une réparation.  « Nous avons analysé la zone scellée au mortier de ciment en 1965 », explique Thibault Sevenet, ingénieur et géophysicien, qui est intervenu dans cette opération. Cette mission était commanditée et suivie par la Direction de la culture et du patrimoine et réalisée par la Société méditerranéenne de bâtiment et rénovation (SMBR) spécialisée dans la restauration et la conservation du patrimoine et des monuments historiques. Elle a été assistée par la société Geopat, basée à Arles (France), spécialisée en ingénierie et études techniques — son gérant et expert, monsieur Sevenet, a fait le déplacement depuis la Métropole.

Fracturé lors du transport

Ce ti’i, comme les deux autres également présents sur le site, est originaire de Ra’ivāvae, dans l’archipel des Australes. Ils étaient tous trois originellement exposés face au nord, dans le district de Ra’irua, à environ 600 mètres de la mer, tout près de l’entrée d’une grotte, sur le marae dénommé Moana-Heiata —  d’où l’origine, sans doute, des dénominations qui furent attribuées aux deux grands ti’i —, un endroit sacré où le tahu’a seul pouvait pénétrer. En 1933, ils furent déplacés pour la première fois vers Tahiti en goélette et installés en plusieurs lieux à Pape’ete, avant d’être acheminés sur le site du musée Gauguin de Papeari en 1965, à l’occasion de son inauguration. Malheureusement, durant le transport, le ti’i numéroté 428, représentant une structure anthropomorphique de type féminin, fut fracturé en deux au niveau des jambes. Fin 2018, Gilles Martinet, spécialiste des pathologies de la pierre, est intervenu à la demande de la SMBR sur les trois ti’i afin de réaliser un diagnostic matériaux. Une étude fut ainsi menée sur l’état d’altération de leur surface et la caractérisation de la nature du couvert bactériologique de la pierre**. Ce travail a permis de définir un programme de conservation, ainsi que les produits à utiliser.

Plusieurs opérations menées

Quelques mois plus tard, le 14 mars 2019, la SMBR fait appel à Thibault Sevenet de Geopat, afin de réaliser cette fois-ci des mesures à l’aide d’un « radar », permettant des auscultations non destructives et visant à détecter la présence de renforts métalliques à l’intérieur du ti’i fracturé. « La détection de ces renforts métalliques permet de vérifier le mode de réparation utilisé à l’époque. Cela est utile pour bien connaître l’état de la sculpture et sa résistance aux sollicitations mécaniques (vibrations, chocs, mouvements…) », précise l’ingénieur qui a travaillé aux côtés de Philippe Plisson, restaurateur en monuments historiques et représentant de la société SMBR en Polynésie française. La SMBR, qui a géré toutes les opérations de restauration sur place a, pour sa part, procédé à l’inspection des désordres de surface sur les trois ti’i. L’équipe a ensuite nettoyé des encroûtements de surface par pulvérisation d’un biocide, afin de neutraliser les mousses et les lichens.

Aujourd’hui, les trois ti’i de Ra’ivāvae ont retrouvé un petit éclat de jeunesse, et surtout, leur état sanitaire est stabilisé et maîtrisé.

*Le musée est fermé depuis 2013 et en cours de réhabilitation

** La pierre abrite des micro-organismes qui peuvent entraîner des altérations.

 

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