Hiro’a n°153 – Culture bouge : Diplôme d’études musicales : la voie royale

Culture Bouge

Conservatoire artistique de Polynésie française (CAPF) – Te Fare Upa Rau

Rencontre avec Dothy Colombari et Samuel Magott, professeurs de piano ; Jérôme Descamps, professeur de trombone ; Sarah Ung, Antoine Lafont, Teva Lecoutre, Swann Tince-Lavergne, élèves du Conservatoire. Propos recueillis par Frédéric Cibard – Photos : CAPF

 

Diplôme d’études musicales : la voie royale

 

Ils sont huit élèves de haut niveau à présenter, cette année, le fameux diplôme d’études musicales (DEM) de la section classique, l’ancienne médaille d’or des conservatoires. Malgré le confinement imposé par la crise sanitaire, toutes et tous sont au rendez-vous. Rencontre avec quatre d’entre eux : Sarah Ung, Antoine Lafont, Teva Lecoutre et Swann Tince-Lavergne.

Le diplôme d’études musicales vient conclure près de dix années d’études intensives et trois cycles d’enseignement durant lesquels les élèves auront validé toutes leurs unités de valeur et notamment, la pratique instrumentale. Le DEM est également, pour certains étudiants, un passeport idéal et nécessaire qui ouvre la voie royale de la « grande musique », qu’il soit question d’enseignement ou d’une carrière de concertiste. Pour les enseignants comme pour les élèves, l’émotion de l’examen, la joie de la réussite et la tristesse de la séparation s’entremêlent, créant une atmosphère si particulière.

« Cette année encore, j’ai la chance de présenter une élève dans ce cycle d’excellence : Sarah Ung, nous explique Dothy Colombari, professeure de piano. Elle est une de mes plus brillantes élèves avec déjà a son palmarès un CEM (certificat d’études musicales) en piano et en flute traversière. Le programme de DEM que j’ai choisi cette année est très complet. De l’époque baroque à nos jours, je lui propose de balayer plus de quatre cents ans de musique. L’interprétation, l’approche du clavier, les sonorités, la gestuelle, et bien d’autres éléments encore, sont très différents selon l’époque et l’œuvre jouées. C’est un travail énorme et une lourde responsabilité d’accompagner un élève au bout de ce 3e cycle mais quel bonheur et quelle richesse pour moi en tant que professeure ! »

Cet enthousiasme se retrouve chez Samuel Magott, son homologue : « Préparer un élève au diplôme d’études musicales, plus haut diplôme délivré par les conservatoires, est une expérience riche de partage, d’écoute et bien évidemment de travail. Arriver à cette étape est déjà une réussite pour l’élève qui a franchi avec brio les trois cycles d’études de son cursus dans un répertoire s’étendant de la musique baroque (17e siècle) à nos jours. Dans le cas d’Antoine Lafont, treize ans, j’ai rarement vu dans ma carrière un élève aussi mature et doué dans son art. C’est ce qui rend la pédagogie si intéressante lorsque, en tant que professeur, on se rend compte que nous apportons autant aux élèves que ce qu’ils peuvent nous apporter en retour. »

La fierté, c’est aussi ce qui ressort quand on interroge Jérôme Descamps, professeur de trombone qui a présenté deux de ses élèves : Teva Lecoutre et Swann Tince-Lavergne. « Difficile d’imaginer meilleurs élèves que ces deux-là… Grâce à une capacité de travail exemplaire, ils ont une progression d’une grande régularité. Ils abordent l’instrument avec sérieux et humour : ça s’entend et ça se voit (…). Ils sont un formidable exemple de réussite mais aussi d’attitude pour les plus jeunes de la classe auxquels ils donnent de nombreux conseils au quotidien. »

L’année prochaine, plusieurs élèves de la section traditionnelle présenteront, à leur tour, leur diplôme de fin d’études en ’ori tahiti, le DET, le diplôme d’études traditionnelles.

 

Sarah et Antoine : l’excellence au piano

1 PIANO 1 DOTHY ET SARAH 

Sarah Ung et Antoine Lafont se sont vu tous les deux décerner la mention Très bien à l’unanimité des membres du jury. Vous achevez un premier long parcours en piano. Qu’est-ce que cet instrument vous a apporté, et que garderez-vous de ces premières années d’études ?

Antoine : Le piano m’a apporté l’effort de travail, de concentration et surtout de persévérance ; des compétences qui m’aident dans la vie de tous les jours, comme au collège par exemple. Si au début il s’agissait juste de jouer du piano, aujourd’hui j’envisage une carrière de concertiste.

Sarah : Cet instrument m’a permis de me surpasser dans les projets entrepris au quotidien et de me détendre dans les moments difficiles. Pour moi, il y a la joie d’avoir appris le piano et de le maitriser, mais surtout d’avoir eu l’opportunité de connaitre des personnes très sympathiques.

2 SAMUEL ET ANTOINE PIANO2

Vous partez poursuivre vos études en métropole. Quelle va être la place de la musique dans votre vie ?

Antoine : Je vais partir faire des études de perfectionnement au conservatoire de Perpignan, qui est un CNR (NDLR : conservatoire national de niveau régional) avec un professeur que nous avons déjà contacté. J’ai un an pour préparer l’entrée au conservatoire national supérieur de Paris (CNSM). Mon but : tenter une carrière de concertiste.

Sarah : Je pars faire une classe préparatoire scientifique sur Lyon. Tout ce que j’ai acquis pendant ces années de conservatoire restera et me servira toujours, même dans le domaine scientifique vers lequel je m’oriente. Je ne renonce pas pour autant à la musique et j’espère pouvoir continuer à jouer du piano durant mes études supérieures.

 

En quoi l’enseignement de la musique et des arts est-il important pour la jeunesse ?

Antoine : Cela ouvre de nouvelles voies, de nouvelles vocations, développe une sensibilité, un sens de l’esthétique…

Sarah : C’est une ouverture d’esprit et une certaine culture qu’on ne peut acquérir à l’école. De plus, faire de la musique est gratifiant et apaisant.

 

Teva et Swann : le trombone en partage

3 SWANN TEVA ET JEROME

Teva Lecoutre et Swann Tince-Lavergne, deux brillants étudiants, ont effectué toute leur scolarité musicale ensemble. Les résultats pour cet instrument sont connus : Teva, mention très bien, Swann, mention bien !

 

Qu’est-ce que le trombone vous a apporté, et que garderez-vous de ces années d’études ?

Teva Lecoutre : Tout d’abord du plaisir, je suis capable aujourd’hui de déchiffrer des partitions et de m’amuser. Le trombone m’a apporté une certaine rigueur, une méthode d’organisation et aussi la capacité de supporter une charge de travail assez importante. Je garderai de ces années de belles rencontres* avec des musiciens, des chanteurs venus de France et d’ailleurs, qui donnent envie de jouer toujours mieux.

Swann Tince-Lavergne : Le trombone a été un compagnon durant toutes ces années, tout comme mes amis et mon professeur qui a été à la fois proche de nous et exigeant. J’ai gardé cette exigence pour arriver à un haut niveau. Jouer devant un grand théâtre rempli, ou face à un jury d’examen, sont des moments tout à fait uniques.

 

Quelles ont été vos relations avec votre professeur ?

Teva : Très bonnes. Jérôme a su me booster quand j’avais des petits coups de mou. Même s’il pouvait être assez sévère certaine fois, c’était simplement parce qu’il savait que je pouvais mieux faire. Il a su nous valoriser et nous mettre en confiance.

Swann : Mes relations avec mon professeur en général ont toujours été très sympas. On sait rigoler tous les deux, comme on sait être sérieux quand il le faut. Bien sûr, cette période de préparation au diplôme de fin d’études était une période qui nous demandait d’être sérieux. Nous l’avons été.

 

* Teva et Swann font tous deux partie du Big Band de Jazz du Conservatoire

 

Retrouvez le mois prochain, le portrait des autres candidats au DEM

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