Hiro’a n°151 – L’oeuvre du mois : Le tīfaifai, une poésie de tissus

Service de l’artisanat traditionnel (ART) – Pu Ohipa rima’i

 

Le tīfaifai, une poésie de tissus

151 oeuvre du mois tifaifai

Rencontre avec Béatrice Le Gayic, présidente de l’association Te ’api nui o te tifaifai. Texte : Lara Dupuy – Photos : Te ‘api nui o te tifaifai

 

L’association Te ’api nui o te tifaifai devait organiser le 22e salon du tīfaifai à la mairie de Papeete, sur le thème du patchwork. Malgré le report de cet événement, zoom sur cet artisanat aux motifs originaux et aux couleurs éclatantes.

 

Te ’api nui o te tifaifai est née sous l’impulsion d’une volonté collective d’artisans qui se sont regroupés afin de défendre la cause du tīfaifai face à une mondialisation de plus en plus présente. Depuis sa création, les artisans œuvrent main dans la main pour que ce savoir-faire ne s’oublie pas et font de leur mieux pour représenter et promouvoir cet héritage afin qu’il puisse se transmettre aux nouvelles générations. Car ce travail de couture, s’il tient son origine de femmes missionnaires protestantes qui ont apporté la technique en Polynesie française au XVIIIe siècle, a beaucoup évolué. Les couturières polynésiennes se sont de longue date approprié l’ouvrage, en lui donnant une touche unique, faite de couleurs et de motifs propres au fenua. Avec le temps, cette grande étoffe de tissu (tīfaifai signifie ≪ raccommoder ≫ en tahitien) est devenue un véritable symbole de l’artisanat polynésien. Il fait désormais partie de son patrimoine. Plus qu’un simple travail d’assemblage d’étoffes, le tīfaifai se veut œuvre d’art. Une vision défendue depuis sa création en 1998 par l’association culturelle Te ’api nui o te tifaifai présidée par Beatrice Le Gayic et dont l’objectif premier consiste à ≪ défendre le tīfaifai polynésien et organiser des salons en Polynésie et à l’étranger ≫. Un 3e salon à Paris est prévu fin novembre, dans les locaux de la délégation de la Polynésie française. Le patchwork permet de donner libre cours à l’imagination des couturières. Et même si quelques hommes se mettent désormais au tīfaifai, ce savoir-faire est souvent transmis de mère en fille. Les pièces sont toutes réalisées en tissu de coton, la plupart dans des dimensions qui permettent de couvrir un lit deux places. Mais on peut aussi trouver des taies d’oreillers, nappes, et même de la tapisserie à exposer sur un mur. Certaines pièces trouvent, en effet, tout à fait leur place en décoration. De fil en aiguille, l’art du tīfaifai a évolué depuis deux cents ans grâce à des manifestations culturelles telles que les salons, offrant à chaque artisane l’occasion de se surpasser. Ces œuvres sont devenues de plus en plus complexes avec des thèmes très colorés et des étoffes découpées de façon plus précise.

Plusieurs mois de travail

Le tīfaifai demande beaucoup de travail en raison de la quantité et de la diversité des associations de tissus pour créer des motifs extrêmement variés. Toujours cousu à la main, il demande trois à six mois de travail, alliant patience et dextérité, ce qui justifie son cout. Il faut d’abord réfléchir au dessin avant de se lancer dans le choix des tissus, et ensuite adapter les coloris et les formes pour parvenir au résultat escompté. Si, à l’origine, il s’agissait d’un ouvrage composé de deux draps de couleurs différentes, beaucoup ajoutent désormais davantage de coloris. Un premier drap s’avère toujours nécessaire pour servir de base sur laquelle vont se greffer des étoffes découpées dans d’autres draps en leur donnant des formes et des motifs choisis. Ces derniers représentent généralement la vie polynésienne et la nature locale.

Les étapes de réalisation

La réalisation d’un tīfaifai comporte quatre étapes principales : le dessin, la découpe des motifs, le bâti et la couture des tissus qui est, de loin, l’opération la plus délicate et la plus longue. Les māmā travaillent parfois ensemble sur un même tīfaifai pendant les pupu, des rassemblements d’artisans qui partagent leurs compétences et secrets de confection. Il existe plusieurs types de tīfaifai selon l’archipel ou ils sont confectionnés. Ainsi le tīfaifai pū (en mosaïque), caractéristique des Australes, est constitué de petits morceaux d’étoffes assemblés pour former des motifs géométriques : croix, losanges, étoiles. Le tīfaifai pa’oti (en applique), typiquement tahitien, est constitué de motifs de fleurs ou de fruits inspires par dame nature. Mais toutes les audaces et touches de modernité sont permises ! Chacune y met un peu de son âme, de son cœur, de ses gouts, de son imagination et surtout beaucoup de savoir-faire. Pièce désormais ancrée dans les habitudes polynésiennes, le tīfaifai est bien plus qu’un simple objet de décoration. ≪ Un tīfaifai apporte son attachement à son pays, le bonheur, la chaleur ≫, précise Beatrice Le Gayic. Et c’est bien pour cela que les couples sont entourés d’un tīfaifai symbolique lors d’un mariage. Et quand quelqu’un quitte le fenua, il incarne un présent de choix, un symbole fort qui permet de garder un peu de la Polynésie dans son cœur.

Pratique

  • Association Te ‘api nui o te tifaifai
  • Renseignements : Beatrice Le Gayic

au 87 729 630

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