Hiro’a n°149 – Dix questions à : « Je veux être un président entouré d’un jury ! »

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DIX QUESTIONS À – Éric Barbier, réalisateur et président du jury du 17e Fifo

Eric BARBIER

« Je veux être un président entouré d’un jury ! »

Propos recueillis par : S. F.

Éric Barbier est le président du jury de ce 17e Fifo. Réalisateur de La promesse de l’aube, une adaptation du roman éponyme de Romain Gary, Éric Barbier présentera en avant-première au Fifo son dernier film,

Petit pays. Rencontre avec un amoureux du cinéma.

Connaissez-vous l’Océanie ?

Je ne connais pas l’Océanie. Le seul lien que j’ai entretenu, plus jeune, avec cette région du monde, a été ma fascination pour les œuvres inspirées par la mutinerie du Bounty : le film de Frank Lloyd avec Clark Gable et Charles Laughton, celui de Lewis Milestone avec Marlon Brando ou le roman de Robert Merle, L’île, qui est un livre que j’ai même envisagé d’adapter il y a quelques années.

Tahiti est une première pour vous, qu’est-ce qui vous a convaincu de participer au Fifo ?

Tout d’abord ma rencontre avec les deux inventeurs du Fifo, Wallès Kotra et Heremoana Maamaatuaiahutapu, qui m’ont expliqué à quel point ce festival était important en Polynésie, à quel point il était devenu un événement incontournable pour le cinéma océanien. Avec, en ligne de mire, la lutte contre une mondialisation qui offre aux habitants de ce continent une multiplicité de programmes venus du monde entier mais engendre, en corollaire, une lente disparition des programmes « locaux » ou spécifiquement   liés à la culture océanienne et à ses milliers d’îles. La seconde raison est bien plus égoïste : j’aime regarder des films documentaires et pour moi, venir présider ce festival, est une merveilleuse façon de découvrir la Polynésie.

Vous êtes plutôt habitué à réaliser des films de fiction, quelle est votre approche sur le documentaire ?

La fiction et le documentaire sont deux formes de narration cinématographique très proches l’une de l’autre. Beaucoup de films de fiction s’élaborent à partir de documents et de faits réels. Et le documentaire peut nous donner l’impression de pénétrer dans un monde complètement éloigné du réel. Hitchcock disait qu’un scénariste de fiction n’arrivera jamais à inventer la moitié de ce que la réalité peut nous réserver comme surprises. Les réalisateurs de fiction ou de documentaire ont souvent joué avec les codes de ces deux genres. Les réalisateurs de documentaire peuvent utiliser de vraies images d’archives et des interviews de personnalités pour créer de la fiction. Dans Opération Lune, William Karel construit un faux documentaire qui raconte la course à la lune entre la Russie et les USA où il soutient que les images des premiers pas de Neil Armstrong sur le satellite n’auraient pas été filmés sur la lune, mais dans un studio où la mise en scène aurait été confiée par la Nasa à… Stanley Kubrick. C’est très drôle et riche d’enseignements sur la manière dont des images dites « documentaires » peuvent être détournées pour inventer une pure fable. Ces films brouillent les formes narratives et nous interrogent volontairement sur cette frontière entre la fiction et le documentaire.

Au Fifo, vous ne visionnerez que des documentaires. Selon vous, qu’est-ce qu’un « beau » documentaire ou un documentaire « réussi » ?

Le documentaire ce n’est pas de l’information, ce n’est pas du reportage. Un film documentaire, c’est une manière particulière de regarder le monde, de souligner un point de vue. Si la vision qui nous est proposée est forte, le film s’inscrira durablement dans notre mémoire.

Est-ce qu’un documentaire vous a récemment touché ?

Oui. J’ai revu récemment le documentaire Soupçons de Jean-Xavier de Lestrade sur le procès d’un homme accusé du meurtre de sa femme ainsi que Wild Wild Country sur l’incroyable histoire de la secte de Bhagwan Shree Rajneesh. Dans ces deux histoires, la réalité dépasse largement la fiction. C’en est troublant.

Quel président de festival voulez-vous être ?

Je veux être un président entouré d’un jury ! Un jury dont les membres auront des sensibilités et des cultures différentes de la mienne et avec qui je me fais, à l’avance, un plaisir de discuter des documentaires que nous verrons. Nous allons avoir la chance de découvrir des films venus d’horizons très divers, et sur lesquels nous n’aurons rien lu ou entendu puisqu’aucun commentaire ou critique n’aura été émis. Notre seul travail sera d’ouvrir les yeux.

Vous allez présenter en avant-première votre dernier film, Petit pays, lors du Fifo…

Oui, je suis très heureux de présenter Petit pays en avant-première dans le cadre du Fifo. Le film sera tout juste terminé et c’est à Tahiti qu’il sera présenté à un public pour la première fois. Je suis impatient de voir les premières réactions sur cette histoire qui se déroule en Afrique centrale, au Burundi, en 1993.


Photo © Eric BARBIER

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