N°128 – Le projet de divorce de la reine Pomare

 

Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te piha faufa’a tupuna128- le saviez vous - etude - Projet-divorce-Reine_1 - photo SPAA

 

Rencontre avec Michel Bailleul, docteur en histoire et intervenant au sein du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel. Texte SF. Photos SPAA.

 

Sur son site Internet, le Service du patrimoine archivistique et audiovisuel met à disposition du public toute une série d’études épistolaires et bibliographiques concernant des livres et documents rares du fonds archivistique conservé. Ce mois-ci, le Hiro’a vous présente le projet de divorce de la reine Pomare.

 

En septembre 1849, le ministre de la Marine et des Colonies, Victor Tracy, reçoit une lettre particulière. Cette lettre, qui provient du commissaire de la République Charles-François Lavaud et qui est datée du 7 avril 1849, annonce la volonté de quelques chefs tahitiens de voir la reine Pomare IV divorcer de son mari Ariifaite. En découvrant ces informations, le ministre décide alors d’écrire au nouveau commissaire Louis-Adolphe Bonard afin d’avoir son avis, et il joint à son message une copie de la lettre de Lavaud. On peut y lire : « Je reçois de M. le capitaine de vaisseau Lavaud une lettre […] par laquelle il m’informe du désir qui lui a été exprimé le 28 mars, par le Régent [Paraita] et le chef Tati, de faire cesser le mariage de la Reine, pour cause d’inconduite de son mari aux Îles Sous le Vent, et du projet qu’ils avaient de la marier avec un des cousins ou neveux du Roi Kaméhaméha des îles Sandwich. »

Une alliance envisagée avec les îles Sandwich

À cette époque, le prince époux Ariifaite n’est pas revenu à Tahiti depuis quelques temps. Alors que la guerre bat son plein à Tahiti, ce bel homme a connu, pendant ses années d’exil aux Îles Sous-le-Vent (1844-1847), quelques « bonnes fortunes » dont l’une le retenait. Loin du protocole, le prince époux s’est livré, comme l’écrit Lavaud, « à ses habitudes d’ivrognerie » mais aussi de violence. Le commissaire de la République résume dans sa lettre les raisons données par les chefs pour envisager un tel scénario : « 1° que le mari de la Reine étant un mauvais sujet, d’une conduite déréglée, son absence prolongée n’indique que trop l’intention où il est de ne plus revenir à Taiti, et d’abandonner sa femme et ses enfants ; 2° que, dans cette situation, il est bon, pour le pays et pour la Reine elle-même, qu’elle se marie, afin d’éviter, ce qui pourrait arriver, que son état de veuvage, la conduisît à une faiblesse ; 3° et enfin, que, ne pouvant rester veuve suivant l’usage du pays, dans cette prévision, il fallait, à défaut d’un Taitien capable de s’unir à elle, trouver quelqu’un d’honorable, et que leur choix était tombé sur le parent du Roi Kaméhaméha Reorio. » Pourquoi ce choix ? En avril 1849, Kamehameha III règne sur les îles Sandwich, Reorio est son neveu qu’il a adopté et a désigné comme étant son successeur. Mais cette alliance entre la reine Pomare et le neveu du roi des îles Sandwich ne sera jamais concrétisée. Et pour cause : le mari de la reine fait son retour.

 

Lenteur de la communication

 

En juin, alors que la reine Pomare revient de Raiatea avec son mari, Lavaud sermonne Ariifaite le menaçant de « lui faire application de la loi, comme aux chefs qui se conduisent mal »*. Cependant, tout est revenu à la normale pour le couple royal lorsque le commissaire Louis-Adolphe Bonard reçoit enfin la lettre du ministre lui demandant son avis… cinq mois après. « On touche du doigt le grand problème de l’époque : l’extrême lenteur des communications », explique Michel Bailleul, docteur en histoire et intervenant au sein du SPAA. Malgré l’humidité ayant fait pâlir l’encre et rendant les deux lettres difficiles à lire, Michel Bailleul a réussi à mettre en valeur ces documents précieux qui se trouvent dans le recueil de la correspondance du ministre au commissaire de la République pour l’année 1849.

*(cité par B. de La Roncière, La Reine Pomaré, 2003)

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