N°96 – Les chapeaux de Rapa

OEUVRE DU MOIS-CHAPEAUX03Service de l’Artisanat Traditionnel – Pu OhipaRima’i

 

Rencontre avec Tinamoe Teravaro, artisane de Rapa.

 

Texte et photos : SF.

 

Active depuis une trentaine d’année dans l’artisanat polynésien, Tinamoe Teravaro réalise des chapeaux hors-pairs en utilisant des techniques de tressages de son île, Rapa. Rencontre avec cette artisane aussi habile qu’inspirée.

 

Elle ne sait pas lequel choisir. Ses chapeaux, exposés à l’occasion du Heiva Rima’i qui s’est déroulé du 23 juin au 16 juillet dernier, ont tous une particularité. Difficile donc pour Tinamoe Teravaro, dite mama Viriamu, de sélectionner l’une de ses œuvres pour la raconter. Finalement, elle en choisira trois… Trois chapeaux qui représentent son savoir-faire. Le premier (1) est en fibre de purau, de pandanus et de coco. Il aura fallu une demi-journée à Mama Viriamu pour tresser les fibres et réaliser cette œuvre. Ses doigts de fée, habitués pourtant au tressage, ne sont pas assez nombreux et vifs pour en faire plus. « Je n’ai malheureusement que deux mains », dit la mama amusée, tout en regrettant de ne pas avoir été dotée d’un membre supplémentaire. Car, malgré ses 71 ans, Tinamoe Teravaro est loin d’être inactive, elle aime le labeur et adore créer. Deux qualités qui transparaissent dans ses chapeaux, des œuvres de finesse et de patience.

 

De la fibre naturelle

 

Le purau, la fibre principale de son chapeau qu’elle utilise d’ailleurs pour un certain nombre de ses compositions, vient tout droit d’une des vallées de Papeari. Mama Viriamu, encore bien en forme, a pris son courage à deux mains pour aller parcourir la vallée à la recherche de cet arbre dont seule l’écorce fibreuse l’intéresse vraiment. Enlevée avec délicatesse, les lanières de purau sont ensuite trempées dans de l’eau durant deux semaines. Après avoir été nettoyées à l’eau de la rivière (ou au robinet), les écorces sont séchées avant d’être passées à l’eau de javel afin de les blanchir. Ce travail physique et laborieux, Mama Viriamu tient à le faire elle-même. « Chaque artisan élabore sa propre technique, je préfère suivre ma méthode même si cela demande du travail en plus ». Il en va de même pour la confection de pagnes et huppes pour les danseurs de ‘ori tahiti. C’est la peau de aito qui permet de teinter le purau. Ecrasée puis placée dans un tissu afin d’en presser le jus, la peau est ensuite mise dans une casserole puis bouillie. « On rajoute le purau après, c’est ainsi qu’il prend une couleur marron. Mais avant de teindre, il faut blanchir le purau avec du chlore. Ensuite seulement, on peut colorer les deux », explique Tinamoe qui a dû quitter son île natale pour rejoindre Tahiti et ainsi permettre à ses enfants de poursuivre leurs études. Pour autant, l’éloignement n’a pas fait oublier à Mama Viriamu le savoir-faire de Rapa. D’ailleurs, elle est l’une des seules ici, sur Tahiti, à utiliser ce type de matière pour confectionner ses chapeaux.

 

Un art exigeant

 

Autre particularité de ses modèles : le tressage, la partie parfois la plus longue. C’est avec ses filles que Mama Viriamu a appris cet art très répandu aux Australes. « Elles sont allées à l’école de tressage du service jeunesse d’Oremu. J’en ai profité pour apprendre et me perfectionner ! ». Pour un chapeau, il faut tresser environ sept mètres de pandanus ; et quatre mètres de purau uniquement pour la tête. Mais là où l’artiste doit déployer tout son talent, c’est dans la couture. « Il faut coudre et former le chapeau. Souvent, c’est le plus difficile », avoue-t-elle. Pour sa deuxième création (2), un chapeau dont le tressage est uniquement en purau, Tinamoe Teravaro a utilisé 9 mètres d’écorces. Le tressage utilisé est singulier : il s’agit du tressage titona, qui compte sept tresses.

 

Des créations originales

 

Mama Viriamu ne se contente pas de faire travailler ses dix doigts, elle aime aussi faire appel à son imagination et à sa créativité. Elle s’attache, pour chacune de ses œuvres, à apporter une touche personnelle. « J’aime proposer des modèles de chapeaux originaux, que l’on ne voit pas partout. » La troisième et dernière création qu’elle présente est un chapeau réalisé à base de pandanus et de niau blanc (3). De part sa forme et sa composition, ce chapeau est l’une des œuvres les plus originales de Tinamoe Teravaro. Pour arriver à le réaliser, elle a son petit secret. « Avant de travailler, je fais ma prière et je demande de l’aide pour réussir mon œuvre. C’est très important pour moi. Je conseille à tous les autres artisans de le faire car, jusqu’à présent, j’ai toujours réussi mes créations ».

 

 

 

 

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