N° 76 – « Le Hura Tapairu redonne à la culture une place à la mesure de sa beauté »

Titaina Tunutu Contios est la chef du groupe Hei Rurutu, nouveau venu dans le monde du ‘ori tahiti qui a réussi à gagner sur toute la ligne ce 9ème Hura Tapairu* ! Ils ont offert aux spectateurs un spectacle frais, dynamique et authentique. Le public comme le jury ont été littéralement conquis par l’énergie de ce pupu inspiré par Rurutu.

 

 

Peux-tu  nous présenter cette nouvelle formation de danse ?

Hei Rurutu existe depuis cette année. La troupe est composée de 30 artistes (danseurs et musiciens, choristes, orateur et chorégraphe) qui viennent pour la plupart de Pupu Tuhaa Pae. Je l’ai créée spécialement pour le Hura Tapairu car  cela faisait longtemps que j’avais le projet de créer un groupe qui allie culture et social. Pour moi, l’enracinement par la culture et les arts de la danse contribue à reconstruire l’identité de l’être polynésien et l’amène à mettre en valeur son image, à mieux s’apprécier et à être plus confiant pour avancer dans sa vie. Puis de fil en aiguille, j’ai naturellement pensé que pour mieux servir une cause autant commencer par celle des « siens ». Hei Rurutu organisera par exemple de journées récréatives et culturelles pour les étudiants de Rurutu scolarisés à Tahiti. Une partie des fonds gagnés au Hura Tapairu va être utilisée à cette fin.

 

Vous essayez de fédérer les jeunes de Rurutu à travers la danse ?

Exactement. La nouvelle génération de Rurutu est très attachée aux savoir-faire traditionnels et ne demande qu’à les mettre en pratique. Notre devoir est de leur permettre d’extérioriser tout cela pour devenir créatif, de porter, d’exacerber leur créativité.

 

Qui a choisi le thème de « Tiare Porea  »** ?

C’est moi. Il m’a été donné par un dépositaire du village de ma grand-mère paternelle de mon village de Rurutu, Hauti. C’est un thème porteur qui a beaucoup de sens. De par son intrigue, son déroulement et son dénouement, il est facile à exploiter. En tout cas, il a inspiré d’emblée le chef d’orchestre puis la chorégraphe qui sans se concerter avaient  les mêmes idées sur son agencement. L’orchestre a beaucoup contribué aux compositions des aparima. Pour 2014, on se présentera au Hura Tapairu avec un thème du village de Avera, puis en 2015 Moerai. On va couronner (hei) l’île de Rurutu !

 

Comment s’est passée la préparation du Hura Tapairu ?

Ce fut un plaisir sur toute la ligne. Gérer 30 personnes n’est pas trop « lourd ». Nous sommes fidèles aux traditions de Rurutu jusque dans la méthode de préparation du spectacle où nous travaillons en pupu, c’est-à-dire par groupes : chacun sait ce que l’on attend de lui. Les référents – le chef orchestre  Tuarani Tematahotoa et la responsable des danses  Manouche Maraetefau – commencent l’élaboration du spectacle de leur côté, puis se réunissent pour s’accorder. Tout le monde peut faire des propositions aussi bien sur les paroles, les musiques, les chorégraphies que les costumes et nous cultivons le meilleur de chacun pour que toutes les bonnes énergies soient au service du groupe. Tuarani et Manouche ont de fortes personnalités, un grand cœur et beaucoup de talent. Moi, je suis là pour ramener dans les objectifs du thème, garantir la meilleure dynamique et permettre au potentiel créatif de se révéler.

 

Quel effet cela vous a fait de gagner – sur toute la ligne en plus ?

On se dit qu’on a eu raison de travailler comme on l’a fait, avec amour et respect. On s’est fait confiance et cette victoire est un aboutissement absolu, pour le groupe mais aussi pour toute une communauté. C’est incroyable ! L’alchimie que nous avons vécue dans la préparation de ce spectacle est indicible, je ne peux que souhaiter qu’elle se renouvelle.

 

Qu’est-ce qui a fait la différence d’après toi ?

Je m’en voudrais de dire qu’il y en a une, car tous les groupes amènent quelque chose à la danse et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Je dirais que les Australes sont longtemps restées discrètes dans le monde de la danse. Aujourd’hui, à travers Hei Rurutu, nous affirmons et remettons en valeur la culture de notre île. Comme partout, il y a toujours des petites rivalités entre les différents villages de Rurutu et nous essayons de montrer qu’en étant tous ensemble, nous pouvons faire quelque chose d’unique et de beau. Le génie de chacun, lorsqu’il est partagé, dépasse largement la difficulté de travailler ensemble.

 

Peux-tu nous rappeler ton parcours, ton lien avec la danse ?

Je suis passionnée de danse depuis toujours. J’ai dansé uniquement dans des écoles : de Joëlle Berg, Moeata, Hirohiti et Simone, chef de Hanatika. Dorénavant, mon rôle dans Pupu Tuhaa Pae dont je suis la secrétaire et à plus forte raison dans Hei Rurutu se situe dans l’encadrement : je coordonne tout le travail administratif, logistique, technique, artistique et moral. Cela me permet de rester en contact avec l’univers du ‘ori tahiti ! J’admire les chefs de troupe qui dansent à la fois car la gestion d’une troupe demande à elle seule tellement d’énergie et de disponibilité.

 

Quel est l’intérêt d’un concours comme le Hura Tapairu ?

Il permet d’apporter beaucoup de nouveauté au ‘ori tahiti en autorisant la modernité à exister. Le Hura Tapairu draine créativité et originalité, il amène véritablement quelque chose à notre culture. Je dirais même qu’il lui redonne une place à la mesure de sa beauté.

 

Que penses-tu du projet de classement du ‘ori tahiti au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Je dis un grand OUI. Mais pas que. Qu’attend-on pour construire des salles de répétition ? Pour licencier le ‘ori tahiti à la manière du judo ou du foot ? La fédération de ‘ori tahiti existe, c’est déjà un premier pas. Maintenant, il faudrait une fédération internationale pour contrôler le ‘ori tahiti à l’extérieur de Tahiti.

 

Ton sentiment sur la nouvelle génération de groupes de danse ?

Elle est dans un bon état d’esprit, rien que par le fait de se regrouper pour danser ensemble. Derrière cette image, il faut aussi, je crois, que les nouveaux groupes aient l’ambition d’apporter plus de sincérité.

 

 

* Palmarès Hei Rurutu

– Premier prix catégorie Ote’a

– Premier prix catégorie Aparima

– Premier prix catégorie Hura Tapairu

– Meilleure danseuse ori tahito vahine (Heiana Virideau)

 

** Extrait du thème : « Tiare Porea »

«  Temaruanuu, héros des montagnes, avait pour  femme la belle Apaura de la tribu des Oae qui affectionnait particulièrement la fleur Apetahi des hauteurs de Temehani de Raiatea. Pour faire plaisir à son épouse, enceinte de leur premier enfant, Temaruanuu décida d’entreprendre ce voyage. »

Titaina adresse des remerciements particuliers aux costumières et à toutes leurs familles d’ici et de Rurutu .

 

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