Pahu en bois Vs pahu en PVC, le pot de terre contre le pot de fer

Par ICA - scribe • 16 mar, 2009 • Catégorie: A La Une, Culture en Péril

Rencontre avec Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique de française et Heremoana Maamaatuaiahutapu, Directeur de la Maison de la .

Traditionnellement utilisés sur les marae lors de cérémonies, notamment religieuses et dans toute la , les , tambours sur pied en bois, sont aujourd’hui en voie de disparition. Les raisons principales : l’apparition du plastique et l’oubli des méthodes de fabrication ancestrales.

pahubois2.jpg S’il était à l’origine considéré comme l’un des instruments incontournables des orchestres traditionnels, le a aujourd’hui perdu de sa splendeur. Avec l’apparition du to’ere notamment, il a été relégué au second rang et est de moins en mois utilisé. D’abord, ses techniques de frappe se perdent, ensuite, ses techniques d’attache traditionnelles s’oublient, enfin, le PVC maintenant utilisé pour le fabriquer fait cruellement concurrence à l’instrument originel, en bois.

Évolution du

Au temps des anciens, le était un instrument de pouvoir et avait une fonction sociale dans toute la centrale, des îles Cook aux îles de la Société, en passant par les Australes, les Marquises, les et les Gambier. Il était utilisé pour annoncer un événement (une naissance, une intronisation…). Le son du était associé au rythme du cœur et marquait ainsi les différents cycles de la vie. On en distinguait différents types : le a te ari’i était le du chef, le rutu roa était réservé aux prêtres et le hau nui était le prestigieux de l’Alliance des peuples ma’ohi.

Sa fabrication était longue et fastidieuse. Il fallait creuser les troncs d’arbre à la main, cela nécessitait au moins 15 jours entiers de travail. Si quelque chanceux ont pu bénéficier de l’enseignement des techniques de fabrication ancestrales par les anciens, il est aujourd’hui bien difficile de trouver des personnes ressources encore capable de transmettre leurs connaissances.

Préserver et faire perdurer les savoir-faire ancestraux

pahuplastique2.jpg L’apparition du PVC ne facilite pas le regain d’intérêt pour le en bois. Il rentre inévitablement en compétition avec le en plastique, plus léger, plus simple à travailler et moins coûteux. Même les plus vieux groupes y passent, car il est aussi plus facile à transporter. Mais renoncer aux en bois tel qu’il était fabriqué par les anciens, c’est du même coup renoncer aux traditions, à une part de la polynésienne. C’est bien pour cela que certains inconditionnels souhaitent le remettre sur le devant de la scène, comme Coco Hotahota à l’occasion du concours « Rutu a », organisé à la fin du mois à la Maison de la et le Centre des Métiers d’, qui, depuis quelques semaines, revalorise la fabrication des en bois avec un nouvel atelier*.

Mais ces actions suffiront-elles à préserver le en bois de la disparition dont il est aujourd’hui menacé ? Rien n’est moins sûr. Si Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique, se réjouit que l’utilisation du en bois soit obligatoire dans le concours « Rutu a », tel qu’il est précisé dans le règlement, et qu’il espère ainsi que la fabrication de l’instrument, sur du bois, sera remise au goût du jour, il n’en est pas moins conscient que ces tentatives pour redorer l’image oubliée du traditionnel sont un pis-aller et risquent d’être vaines. « Le en plastique présente indéniablement des avantages sur le en bois. La plupart des joueurs passent aujourd’hui au PVC pour la bonne et simple raison qu’il est beaucoup plus léger à transporter, et c’est une donnée non négligeable quand il faut déménager tout un orchestre pour un spectacle ». Les plus jeunes générations ne sont par ailleurs pas assez sensibilisées, ni même concernées par la pérennisation de la . La mondialisation fait son chemin. Ce faisant, c’est toute une qui risque d’être mise en péril. Les bâches de plastique sont incontestablement moins authentiques que des peaux de requins, de chèvre, ou de vache. Avis aux musiciens, soucieux de transmettre leur à leurs enfants.

Le
pahu2.jpg Le est un en bois de cocotier, tamanu, pua ou miro. La membrane, traditionnellement en peau de requin tendue au sommet de la caisse par des cordelettes reliées à la base, était frappée avec les mains. C’était l’instrument incontournable des fêtes religieuses ou nationales. Le chef ou le roi disposait de son propre instrument et les battements du résonnaient aussi sur les marae les jours de sacrifices. Certaines catégories de pouvaient, dans l’ancien temps, être réservées à une personnalité ou un usage bien précis. Le plus connu reste le ‘upa ‘upa, le qui accompagne les danseurs.

Les avantages du en plastique
- Plus léger et donc plus facile à transporter
- Plus économique
- Plus simple à fabriquer. Même si aujourd’hui la tronçonneuse facilite incontestablement le travail d’évidage du bois, il n’en reste pas moins vrai que les tuyaux en PVC sont plus facilement exploitables.

* Voir rubrique « 10 question à » de ce numéro.

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Une Réponse »

  1. On en oublie presque, le son… Le PVC soit, mais c’est un fût droit et non échancré, c’est lisse à l’intérieur et n’absorbe aucune résonance. Bref, c’est peut-être moins cher et plus léger, mais ça n’a pas la rondeur d’un fût en bois…

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