Pahu en bois Vs pahu en PVC, le pot de terre contre le pot de fer

Rencontre avec Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique de Polynésie française et Heremoana Maamaatuaiahutapu, Directeur de la Maison de la Culture.

Traditionnellement utilisés sur les marae lors de cérémonies, notamment religieuses et dans toute la Polynésie, les pahu, tambours sur pied en bois, sont aujourd’hui en voie de disparition. Les raisons principales : l’apparition du plastique et l’oubli des méthodes de fabrication ancestrales.

[singlepic id=57 w=320 h=240 float=left]S’il était à l’origine considéré comme l’un des instruments incontournables des orchestres traditionnels, le pahu a aujourd’hui perdu de sa splendeur. Avec l’apparition du to’ere notamment, il a été relégué au second rang et est de moins en mois utilisé. D’abord, ses techniques de frappe se perdent, ensuite, ses techniques d’attache traditionnelles s’oublient, enfin, le PVC maintenant utilisé pour le fabriquer fait cruellement concurrence à l’instrument originel, en bois.

Évolution du pahu

Au temps des anciens, le pahu était un instrument de pouvoir et avait une fonction sociale dans toute la Polynésie centrale, des îles Cook aux îles de la Société, en passant par les Australes, les Marquises, les Tuamotu et les Gambier. Il était utilisé pour annoncer un événement (une naissance, une intronisation…). Le son du pahu était associé au rythme du cœur et marquait ainsi les différents cycles de la vie. On en distinguait différents types : le pahu a te ari’i était le tambour du chef, le pahu rutu roa était réservé aux prêtres et le hau pahu nui était le tambour prestigieux de l’Alliance des peuples ma’ohi.

Sa fabrication était longue et fastidieuse. Il fallait creuser les troncs d’arbre à la main, cela nécessitait au moins 15 jours entiers de travail. Si quelque chanceux ont pu bénéficier de l’enseignement des techniques de fabrication ancestrales par les anciens, il est aujourd’hui bien difficile de trouver des personnes ressources encore capable de transmettre leurs connaissances.

Préserver et faire perdurer les savoir-faire ancestraux

[singlepic id=58 w=320 h=240 float=left]L’apparition du PVC ne facilite pas le regain d’intérêt pour le pahu en bois. Il rentre inévitablement en compétition avec le pahu en plastique, plus léger, plus simple à travailler et moins coûteux. Même les plus vieux groupes y passent, car il est aussi plus facile à transporter. Mais renoncer aux pahu en bois tel qu’il était fabriqué par les anciens, c’est du même coup renoncer aux traditions, à une part de la culture polynésienne. C’est bien pour cela que certains inconditionnels souhaitent le remettre sur le devant de la scène, comme Coco Hotahota à l’occasion du concours « Rutu a Pahu », organisé à la fin du mois à la Maison de la Culture et le Centre des Métiers d’Art, qui, depuis quelques semaines, revalorise la fabrication des pahu en bois avec un nouvel atelier*.

Mais ces actions suffiront-elles à préserver le pahu en bois de la disparition dont il est aujourd’hui menacé ? Rien n’est moins sûr. Si Fabien Dinard, Directeur du Conservatoire Artistique, se réjouit que l’utilisation du pahu en bois soit obligatoire dans le concours « Rutu a Pahu », tel qu’il est précisé dans le règlement, et qu’il espère ainsi que la fabrication de l’instrument, sur du bois, sera remise au goût du jour, il n’en est pas moins conscient que ces tentatives pour redorer l’image oubliée du pahu traditionnel sont un pis-aller et risquent d’être vaines. « Le pahu en plastique présente indéniablement des avantages sur le pahu en bois. La plupart des joueurs passent aujourd’hui au PVC pour la bonne et simple raison qu’il est beaucoup plus léger à transporter, et c’est une donnée non négligeable quand il faut déménager tout un orchestre pour un spectacle ». Les plus jeunes générations ne sont par ailleurs pas assez sensibilisées, ni même concernées par la pérennisation de la tradition. La mondialisation fait son chemin. Ce faisant, c’est toute une culture qui risque d’être mise en péril. Les bâches de plastique sont incontestablement moins authentiques que des peaux de requins, de chèvre, ou de vache. Avis aux musiciens, soucieux de transmettre leur culture à leurs enfants.

Le pahu
[singlepic id=56 w=320 h=240 float=left]Le pahu est un tambour en bois de cocotier, tamanu, pua ou miro. La membrane, traditionnellement en peau de requin tendue au sommet de la caisse par des cordelettes reliées à la base, était frappée avec les mains. C’était l’instrument incontournable des fêtes religieuses ou nationales. Le chef ou le roi disposait de son propre instrument et les battements du pahu résonnaient aussi sur les marae les jours de sacrifices. Certaines catégories de pahu pouvaient, dans l’ancien temps, être réservées à une personnalité ou un usage bien précis. Le plus connu reste le pahu ‘upa ‘upa, le tambour qui accompagne les danseurs.

Les avantages du Pahu en plastique
– Plus léger et donc plus facile à transporter
– Plus économique
– Plus simple à fabriquer. Même si aujourd’hui la tronçonneuse facilite incontestablement le travail d’évidage du bois, il n’en reste pas moins vrai que les tuyaux en PVC sont plus facilement exploitables.

* Voir rubrique « 10 question à » de ce numéro.

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