Hiro’a n°174 – Dossier : Esther Tefana

Esther Tefana

Rencontre avec Frédéric Cibard, chargé de communication du CAPF, Peterson Cowan, professeur de chant lyrique au Conservatoire et directeur artistique

du concert, Heimata Chenu, le fils d’Esther Tefana. Texte : Frédéric Cibard et Alexandra Sigaudo-Fourny – Photo : Photos privées* et CAPF/22

 

Hommage à une grande dame, Esther Tefana

 

Le Conservatoire artistique et la Maison de la culture rendent hommage, le vendredi 29 avril prochain, place To΄atā, à une grande dame de la chanson polynésienne… à une grande dame tout court. Si Esther Tefana symbolise le charme polynésien et la joie de vivre de la Belle Époque , elle était aussi une grande ambassadrice du fenua, et un pilier du droit des femmes. Autant de raisons pour la célébrer et la retrouver dans le cadre des concerts Tuiro΄o de TFTN.

 

Placés sous la direction de leur maestro, Fréderic Rossoni, qui a arrangé les chansons de la diva polynésienne pour tous les pupitres de l’orchestre, les cinquante musiciens du Symphonique travaillent dur depuis plusieurs mois sur un répertoire… magnifique. Un répertoire connu de toutes et de tous, des chansons qui traversent le temps sans prendre la moindre ride. Ce répertoire, c’est celui d’Esther Tefana – tous ses grands titres – et de cette période de la ≪ belle époque ≫ qui fait encore et toujours rêver. Et pour cause : la diva polynésienne était alors au sommet de son art. Elle symbolisait la joie de vivre polynésienne et une sensibilité, une douceur, un ton de voix… uniques. Un an après sa disparition, la Maison de la culture et le Conservatoire artistique ont choisi la place To΄atā qui, le temps d’un soir, sera le théâtre du grand hommage qu’elle mérite. Et pour rendre hommage à une grande voix, s’il faut de la grande musique, il faut également… de grands chanteurs. Et une approche artistique spéciale.

 

Des voix d’exception pour un hommage exceptionnel

Il n’a pas été simple pour les organisateurs de choisir les voix qui allaient rendre hommage à la diva. Parmi les nombreuses possibilités, il a fallu effectuer une sélection tenant compte de plusieurs facteurs, dont la disponibilitéé. Côté masculin, Teiva LC, Andy Tupaia et Loic Tehaeura partageront leur experience des grandes scènes. Ils représenteront également tous les grands chanteurs ayant évolue auprès de la diva, dans des duos inoubliables.

Côté féminin, ce seront Elise, Maire Arai, Sabrina Laughlin et Teura Brothers qui auront la chance et le plaisir de chanter Esther… et la belle époque. Deux musiciens d’exception ont également été invités à rejoindre cette belle distribution : Michel Poroi à la guitare, Maruarii Ateni au ΄ukulele. S’ajoutent à cette remarquable distribution les choristes et les meilleures danseuses du Conservatoire auxquelles les chansons d’Esther se prêtent parfaitement.

 

Peterson Cowan à la direction artistique

Lors de ce grand concert, le « tenor tahitien » Peterson Cowan a également été chargé d’apporter sa touche artistique. Habitué des grands-rendez-vous et des grandes scènes, le professeur de chant lyrique duConservatoire a souhaité que le public puisse entendre et réentendre la voix et les images de la diva qui seront projetés sur les grands écrans entourant la scène de To΄atā. A son initiative également, la proche famille de la chanteuse apportera son temoignage et ses anecdotes et ainsi, un supplément de lumière sur la vie d’Esther.

Enfin, Peterson Cowan a mené un travail de fond avec les chanteurs et les artistes engagés dans ce concert, ainsi qu’avec le maestro, notamment pour établir un ordre dans le déroulé du spectacle, chaque chanson représentant un moment particulier de la vie d’Esther. Très attendu, cet hommage à Esther Tefana honore également tous les artistes qui ont chanté le fenua et qui, ce faisant, ont forgé son identité culturelle profonde, touchante… et si différente

 

Esther : la musique d’une vie

Elle avait pour idole Dean Martin et Andy Williams, Nat King Cole, Jean Sablon ou Jacqueline Francois. Elle a rencontre Sammy Davis Jr, Line Renaud, Tom Jones… Esther Tefana, qui a partage sa vie entre un amour total de la musique et la promotion du fenua, incarne l’une des plus belles voix de la belle époque avec Mila et Loma, Irma Prince, Gabilou, Marie Mariterangi, Emma Terangi, Bimbo, Charley Mauu, Henriette Winkler, Poline, Alec Salmon, puis Patrick Noble et tant d’autres… Notre diva polynésienne aura voyagé partout dans le monde, offrant une magnifique image de Tahiti et des iles, une sensibilité et un charme que chacun gardera dans son cœur. Née dans une famille de musiciens, Esther sera bercée, dès son plus jeune âge, par les envolées de l’accordéon de son papa, Ladis Tefana, dit ≪ Papillon ≫. Elle enregistre son premier 33 tours, ≪ Anu Anu ≫ et sa premiere chanson, No To΄u Nei Tino en 1964, chez Philippe Law, dit ≪ Filo ≫, à l’âge de 15 ans et demi… puis chez Gaston Guilbert. A 20 ans, elle se produit sur la scène du Moana Nui, avec les ≪ Super Boys ≫, et au Matavai, avec les célèbres Barefoot Boys. Elle travaille encore avec les studios Viking Production puis avec le studio Petiot. Durant ses quarante ans de carrière, Esther Tefana réalise 27 albums dont les 14 derniers auprès du label Oceane Production d’Éric Laroche, qu’elle appréciait particulièrement.

Dirigé par Frederic Rossoni, l’orchestre symphonique du Conservatoire, qui l’avait déjà accompagnée au Grand théâtre à l’occasion des concerts ≪ Belle époque ≫, la retrouvera avec émotion et lui rendra hommage le vendredi 29 avril prochain en interprétant une vingtaine de ses plus belles chansons composées par des paroliers d’exception dont Maeva Bougues et Jean Hars…

 

Source : Tahiti presse

 

Encadré 2

 

Heimata : Maman était exigeante et respectait les œuvres

Un an après sa disparition, l’émotion est encore palpable lorsqu’on parle d’Esther avec Heimata, son fils unique. Celui-ci a vécu les derniers mois de sa vie à ses côtés, il a vu sa douleur, mais aussi sa pudeur et son courage pour ne rien laisser transparaitre.

De sa maman, il veut retenir sa joie de chanter, son oreille absolue, son exigence quant a l’origine et l’originalité d’une œuvre, mais aussi son ΄ukulele qu’elle ne quittait jamais. ≪ Si maman t’appréciait, elle pouvait te prêter son instrument, mais tu devais jouer devant elle, interdiction de s’éloigner avec! Il avait été fabriqué spécialement pour elle, à Hawaii ≫, rappelle Heimata. Esther avait aussi une passion pour les papillons qui était le surnom de son père, accordéoniste et musicien hors pair. Elle partageait d’ailleurs avec lui une oreille musicale unique.

Motu One, Tabu, O Manihi, Mon coeur est un violon…, Heimata l’assure, Esther n’avait pas de chanson préférée, elle aimait avant tout la musique polynésienne et la partager avec le public et des artistes comme Petiot, Patrick Noble ou encore Loma et Mila, ses complices et voisines. ≪ On vivait dans le même quartier a Papeete ! ≫, rappelle son fils qui se souvient également avoir souvent trainé, enfant, dans les studios de musique.

Heimata voudrait aussi mettre l’accent sur le rayonnement de la culture et de la musique polynésiennes dans le monde entier grâce à sa maman. ≪ Dans le cadre de son travail à l’office du tourisme, elle a très souvent chanté pour promouvoir la destination et notre culture. Elle a voyagé et chanté dans toute l’Europe. Plus qu’une chanteuse, elle était une ambassadrice de la culture polynésienne ≫.

 

Encadré 3

 

Peterson Cowan : c’est une plongée dans nos souvenirs »

 

Avec ce concert vous allez nous replonger dans la musique d’Esther Tefana, mais pas

Seulement…

≪ En effet, nous avons beaucoup de chance, la famille nous a fourni de nombreuses photos que nous allons diffuser le soir du concert. C’est une plongée dans nos souvenirs. Il y a quelques pépites, des photos de concert, mais aussi des photos en studio. ≫

 

Comment a été conçu ce spectacle ?

≪ Initialement, dans le cadre des concerts Tuiro΄o, nous devions proposer un concert des chansons de la Belle époque. Avec la disparition d’Esther en mai dernier, ce concert a pris une autre dimension et s’inscrit comme un hommage a une des plus grandes voix polynésiennes. A une exception prés, toutes les chansons de ce concert sont celles chantées par Esther. Nous aurons aussi des musiques de Michel Poroi. »

Pouvez-vous nous donner plus de détails ?

≪ Cela va se passer à To΄atā avec sur scène deux écrans géants pour diffuser des images, mais aussi entendre la voix d’Esther. Il y aura dix-sept chansons menées par l’orchestre du Conservatoire réparties en solo et en duo. Nous aurons également quatre chansons avec juste un accompagnement voix, piano et ΄ukulele, pour plus d’intimité sur la scène. Nous avons aussi programmé des interviews de ces proches qui seront diffusés sur les grands écrans. Enfin, on aura sur scène de la danse, des chœurs et un beau final. ≫

 

Que dire de plus de cette artiste ?

≪ Il ne faut pas oublier qu’on parle d’une artiste avec une reconnaissance nationale et même internationale. C’était la voix polynésienne et c’était surtout une femme de caractère qui chantait avec un ΄ukulele et qui nous offrait un son particulier. ≫

 

Combien d’artistes seront sur scène ?

≪ Nous aurons huit chanteurs en plus de Michel Poroi. Teiva LC et Elise ont d’ailleurs eu l’opportunité de chanter un jour avec Esther. Il y aura aussi nos danseurs≫

 

Et vous, avez-vous connu personnellement Esther Tefana ?

≪ Oui, j’ai connu Esther lorsqu’elle était en poste à Paris, en tant qu’ambassadrice de la Polynésie à la délégation polynésienne, boulevard Saint-Germain. Nous nous sommes rencontrés en 2014 ou 2015. ≫

 

Est-ce que vous avez découvert des anecdotes sur Esther en préparant ce concert ?

≪ Peu de personnes se souviennent qu’Esther avait été en très bonne position pour participer à l’Eurovision avant de voir Gabilou gagner. »

 

PRATIQUE

Quatrième édition du concert Tuiro΄o

  • Hommage à Esther Tefana
  • Vendredi 29 avril a 19h00
  • Tarif unique : 2 000 Fcfp
  • Billets en vente prochainement sur place et en ligne sur www.maisondelaculture.pf
  • Renseignements au 40 544 544
  • FB : Maison de la Culture de Tahiti
  • www.maisondelaculture.pf
  • Aire de spectacle de To΄atā

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