Hiro’a n°169 – L’oeuvre du mois : Des tū-ti´i à l’université : tout un symbole

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L’œuvre du mois – Centre des métiers d’art (CMA) – Pu ha΄api΄ira΄a toro΄a rima΄i

Des tū-ti´i à l’université : tout un symbole

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Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des métiers d’art. Texte et photos : Suliane Favennec

L’installation de tūti’i pour accompagner l’inauguration des nouveaux bâtiments de l’UPF est en cours de gestation. Ces monuments sont imaginés et créés par trois enseignants phare du CMA. Ils devraient être livrés en juin prochain. Rencontre avec Viri Taimana, artiste et directeur du Centre.

Un monument symbolique pour accompagner les nouveaux bâtiments de l’université de la Polynésie française et inaugurer ces futurs laboratoires de recherche, c’est le projet proposé par l’UPF au Centre des métiers d’arts (CMA). Les travaux sont en phase de finition, les bâtiments devraient être prêts pour avril. « Le président et son équipe souhaitaient une œuvre contemporaine comme une identité visuelle pour l’inauguration des laboratoires de recherches », explique Viri Taimana, le directeur du CMA. Avec deux de ses collègues enseignants, Tokai Devatine et Hihirau Vaitoare, ils ont choisi de préparer une installation de tūti’i.

Ces colonnes, figures de proue sculptées à l’avant et à l’arrière de la pirogue, symbolisent la colonne vertébrale de succession d’ancêtres. « Car nous ne sommes pas immortels », précise Viri Taimana. « On est dans une logique d’évolution, de transmission et de tradition revisitée. » Les trois enseignants du CMA se sont déjà attelés à la tâche. Plan, implantation, formes dessinées, le projet a bien germé dans leur esprit créatif. Chacun a son rôle : Viri travaille sur l’aspect de l’ensemble de l’installation, Tokai sur le sens et le patrimoine et Hihirau sur la faisabilité, la structure et la simulation en 3D.

Le choix du matériau

Au centre des débats des artistes : le choix du matériau. Ils se sont arrêtés sur trois options : le verre, la céramique ou le corten, de l’acier auto-protecteur à corrosion superficielle. « Le fait d’aller sur un matériau autre que le bois est une volonté d’intégrer la création, qui amène tout ça dans une contemporanéité », explique Viri Taimana, qui ne cache pas la complexité de l’ouvrage, aucun des trois artistes n’ayant encore manipulé ce type de matériau. Les interrogations sont donc nombreuses : quelle est la résistance de chaque matériau ou encore comment cela va fonctionner esthétiquement ? Le matériau choisi sera travaillé par des spécialistes, soit au fenua ou à l’extérieur, puis installé à l’UPF. « L’idée aurait été aussi d’envoyer une personne du CMA se former dans un atelier travaillant le matériau choisi. Cela pourrait être le suivi d’un projet du début à la fin car il faut faire attention à la sécurité, les pièces doivent être réalisées de manière rigoureuse. » Chaque matériau fait d’ailleurs l’objet d’une analyse par un bureau d’études qui va préconiser ce qu’il faut pour que l’installation soit réalisée en toute sécurité.

Toute une symbolique

Des discussions avec l’architecte ont également été amorcées sur la hauteur des installations mais aussi leur disposition : soit à l’entrée comme une installation de plusieurs tūti’i les uns à côté des autres, soit des tūti’i qui jalonnent le parcours des élèves. « On doit arriver à éduquer les étudiants qui doivent comprendre que ce travail est la démonstration d’un savoir-faire et une transmission du patrimoine à travers une signalétique descriptive. » Autre réflexion importante : l’apport symbolique de chaque matériau et voir si l’idée que les artistes s’en font fonctionnera. En transposant en verre, les ancêtres deviennent-ils transparents ? La céramique apportera-t-elle le côté lissé, froid voire inaccessible ? Le métal, lui, amène une certaine rigueur avec cette rouille présente malgré le temps qui passe. « L’idéal pour nous serait le verre car l’œuvre est alignée sur le lever du soleil. Une lumière qui illumine ces verres qu’on voudra colorés et qui va donc colorer l’espace ! Tout est en mouvement car il y a une projection lumineuse au sol qui remonte les bâtiments suivant la course du soleil. Le verre est le plus coûteux mais c’est aussi le plus intéressant », avance le directeur du CMA dont le choix, au-delà du coût, dépendra aussi de la disponibilité du matériau.

Un travail en continuité entre l’UPF et le CMA

Le monument doit être livré en juin prochain afin d’inaugurer l’ensemble des nouveaux bâtiments. En attendant, les artistes vont procéder à des expérimentations sur les trois matériaux envisagés avant d’arrêter leur choix. Quoi qu’il en soit, ce projet démontre la volonté de l’université de travailler avec le Centre des métiers d’art. Dans le nouveau bâtiment, il y aura d’ailleurs un atrium où un espace sera dédié à l’installation d’œuvres, régulièrement renouvelées. L’installation des tūti’i constitue ainsi un premier pas concret vers un partenariat entre ces deux établissements.

Légendes

Les nouveaux bâtiments de l’UPF seront livrés en juin prochain.

Esquisse des tūti’i.

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