Hiro’a n°159 – Le saviez-vous ? Ivenka Klima trace sa voie

Le saviez-vous ?

Centre des Métiers d’Art (CMA) – Pu ha΄api΄ira΄a toro΄a rima΄i

Rencontre avec Yvenka Klima, ancienne élève du Centre des métiers d’art. Texte : Lucie Rabréaud – Photos : L.R. et Yvenka Klima

 

Ivenka Klima trace sa voie

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Yvenka Klima crée avec parcimonie, suivant son inspiration. Ses œuvres sont rares mais intenses, à l’image des tableaux en impression numérique ou encore du pectoral exposé en ce moment au Musée de Tahiti et des îles.

Yvenka Klima est du genre timide et réservée, et aime se laisser emporter dans un monde imaginaire. Ce sont les dessins animés et les mangas qui lui ont donné envie de dessiner. Elle a vraiment « démarré » au collège : « Je dessinais des personnages, des motifs, je commençais même à avoir de bonnes notes en arts plastiques ! » Elle aime se faire sa bulle, inventer un autre monde, se couper de la réalité. « Je pouvais faire ce que je voulais ! »  Au lycée, elle opte pour la filière STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués) avec une idée en tête : travailler dans l’animation ou la 3D. C’est à ce moment-là qu’elle découvre les jeux de rôles qui alimentent encore plus son envie de créer des personnages et leur histoire. « Le monde extérieur me fatiguait, j’aimais rêver ! » Après son bac, elle tente plusieurs écoles en Métropole et finalement se décide pour le Centre des métiers d’art à Tahiti. Elle reconnait que la sélection est rude, qu’il faut vraiment être motivée. Ses dessins d’étude et ses œuvres personnelles lui obtiennent une place. Elle met alors ses créations animées, ses personnages et ses jeux de rôles en stand-by pour se concentrer sur l’enseignement du CMA.

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Apprendre à entendre, écouter et accepter

Au Centre des métiers d’art, elle apprend l’histoire de son pays, la culture polynésienne, le travail en groupe et la réflexion artistique. Les œuvres réalisées n’obtiennent pas toujours les louanges des professeurs, au contraire, ce sont parfois des critiques sévères qu’il faut apprendre à entendre, écouter et accepter. « Il ne faut pas mal le prendre, ce sont des critiques qui t’aident à t’améliorer. J’essayais de ne pas montrer que cela m’affectait et je me remettais au travail. » Elle participe à des expositions et doit défendre ses créations devant les enseignants en expliquant sa démarche. Pas question de faire une œuvre simplement pour sa beauté, elle doit signifier quelque chose. « Au CMA, on te pousse à faire toujours mieux. » Il faut aussi mener des projets, réfléchir à des thèmes, proposer des interprétations contemporaines. « Les professeurs nous préparent au monde extérieur : on apprend à bien travailler et à gérer son temps. » Yvenka opte pour la gravure et ses œuvres révèlent tout son talent. Pour son diplôme, elle présente plusieurs pièces : des boucles d’oreilles, des pendentifs, tous, autour du thème de l’oiseau. La nacre est découpée, rendue aérienne et légère.

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Un avenir en devenir

Une fois le brevet polynésien des métiers d’art en poche, elle pense continuer ses études mais souhaite prendre son temps pour être sûre de son choix. Elle n’est encore jamais allée en France et ne veut pas que ce soit un échec. Mais la Covid-19 est passée par là et a changé tous ses plans. Finalement, elle rejoint un groupe d’anciens élèves du CMA avec lesquels elle expose régulièrement. Une exposition à la salle Muriāvai à la Maison de la culture a permis de les faire connaitre et à Yvenka de présenter des œuvres sans rapport avec la gravure : des tableaux en impression numérique. C’est sur sa tablette qu’elle aime dessiner à partir du visage de sa sœur ou du sien. Elle laisse sa main partir et les motifs apparaitre. Rien n’est calculé, elle se laisse simplement aller. Son monde imaginaire la rattrape ! Elle participe également à l’exposition du Musée, « Fa’aho ta’u tufa’a », où elle propose une réinterprétation d’un pectoral de chef. Deux nacres sont rassemblées : l’une blanche symbolisant le jour () et l’autre noir symbolisant la nuit () ; représentant deux mondes aussi : celui des hommes et celui des dieux. Un bel ouvrage. Pourtant, Yvenka avoue que, faute d’idées, elle hésitait à y participer. C’est poussée par des amis qu’elle s’est décidée à concevoir ce qu’elle sait faire le mieux : un collier avec de la nacre gravée. « Sur la nacre blanche, je devais vraiment faire attention à la profondeur des spirales et au perçage des trous. Je l’ai laissée de côté un moment car j’étais fatiguée et une erreur peut tout casser. » L’objet qui en résulte intrigue par sa beauté et ses contrastes.

Pourtant, pour créer, que ce soit en gravure ou en peinture, Yvenka reconnaît devoir souvent surmonter un manque d’inspiration. Si la musique peut l’aider à se lever ses blocages et à se libérer, la jeune artiste admet aussi pouvoir rester longtemps sur un tableau inachevé. Cela dit, tout ce qui est rare est précieux et ses créations inédites comme ces tableaux fluorescents ou ce pectoral particulièrement réussi à la symbolique poétique le sont tout autant. Les perspectives d’autres expositions avec ses camarades du CMA en 2021 animent déjà quelques projets, ce qui n’empêche pas Yvenka de réfléchir encore à ce qu’elle voudrait proposer et devenir.

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