Hiro’a n°158 – Le saviez-vous ? Aux origines de la Dépêche de Tahiti

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LE SAVIEZ-VOUS ? – Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA)  – Te Piha faufa΄a tupuna

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Aux origines de la Dépêche de Tahiti

Rencontre avec Cédric Doom et Sébastien Damé du département du Patrimoine audiovisuel, multimédia et internet (DPAMI) au SPAA et Jean-Claude Soulier, ancien rédacteur en chef adjoint de la Dépêche de Tahiti qui a mis à disposition ses archives personnelles. Texte : ASF – Visuels : La Dépêche de Tahiti

3 août 1964. Ce jour-là les Polynésiens découvrent un nouveau journal papier dont le titre, la Dépêche de Tahiti, est inséré dans un gros carré rouge et un rond blanc. En lettres capitales noires et en gras, ce logo accompagne encore aujourd’hui le quotidien de nombreux Polynésiens.

Le 3 août 1964, pour sa toute première édition, la Dépêche de Tahiti commençait fort avec une nouvelle qui avait valeur de scoop : le décès d’Antony Bambridge, appelé  familièrement Papa Tony. Un premier numéro historique qui présageait des nombreux autres scoops publiés par la suite. Pourtant l’affaire n’était pas gagnée, car en 1964, il existait déjà Les Nouvelles de Tahiti et Le Journal de Tahiti. Un troisième quotidien pour un si minuscule lectorat pouvait paraitre un peu fou. C’était sans compter sur la détermination de son fondateur et gérant, Philippe Mazellier, comme nous le raconte Jean-Claude Soulier. Cet ancien rédacteur en chef adjoint de la Dépêche de Tahiti a côtoyé et a pu récolter les témoignages de l’équipe de la première heure. Philippe Mazelier lui a ainsi confi. : « (…) Mauvais prophètes, ceux qui, dès la sortie de notre premier numéro, le 3 août 1964, nous disaient que deux journaux, c’était déjà trop et que par conséquent notre enfant était un bébé mort-né. Un concurrent avait décrété, péremptoire : “Un journaliste professionnel ne réussira jamais à Tahiti”. »

Une île en mutation

Dans les années 1960, la Polynésie française, et en particulier l’île de Tahiti, est en pleine mutation. Philippe Mazellier, qui a été journaliste parlementaire, est embauché en 1961 par Tony Bambridge Junior pour créer Le Journal de Tahiti. La famille Bambridge possède une petite imprimerie à l’arrêt depuis quelque temps, rue des Remparts, et veut relancer la machine. Très vite, des différends au niveau de la gestion de l’entreprise opposent les deux hommes. Philippe Mazellier décide alors de partir pour créer son propre journal, la Dépêche de Tahiti. Voici ce que raconte Michel Anglade, ancien directeur de publication : « Financièrement, Philippe Mazellier créa la Dépêche avec la caution de maître Legras, notaire de renom à Papeete, de Francis Cowan, de M. Magne et de Bertrand Jaunez. L’équipe rédactionnelle se composait de Jean Verneuil, d’Alain Mottet et de moi-même. Nous avions en plus une secrétaire, Nicole Vognin, qui est demeurée avec nous quelques années. Nous nous sommes installés avenue du Prince Hinoï dans un demi hangar de l’armée américaine, sur un terrain appartenant à Bertrand Jaunez et nous avons construit à côté un petit hangar qui abritait notre première imprimante, une déjà antique Marinoni. »

Les moyens techniques

Préparer les pages n’était pas une mince affaire, il fallait tout d’abord taper les textes sur une machine ordinaire puis effectuer une deuxième saisie pour les équilibrer. De l’aveu de l’équipe, la présentation générale n’était pas terrible mais chacun n’avait de cesse de l’améliorer petit à petit. La photographie a aussi immédiatement tenu une place importante. Henriette Aillaud était la laborantine du journal, c’est elle qui, dans le noir du laboratoire photo, devait veiller à tirer des typons* ni trop clairs, ni trop foncés pour mettre en valeur les photos des journalistes. Un travail difficile provoquant une fatigue visuelle intense.

Scoop et distribution

Dès le début, la Dépêche de Tahiti a connu une très rapide progression et les raisons en étaient multiples, comme l’a expliqué Michel Anglade à Jean-Claude Soulier : « Tout d’abord, nous avons été aidés par l’actualité et avons obtenu des informations que les autres quotidiens n’avaient pas, des scoops en somme, tels que le naufrage de Tepa, information qui fut relayée par les médias du monde entier. Et puis, il faut savoir que nous avons mis très rapidement en place un système de distribution qui n’existait pas chez les autres quotidiens. Ces derniers n’étaient disponibles qu’en ville ou par abonnement. Nous avons innové en distribuant tout autour de l’île de Tahiti ainsi que dans les communes limitrophes de Papeete. Les habitants de Tautira, de Faaone ou de Mataiea ont trouvé leur Dépêche au départ du truck qui les amenait en ville. Ce fut en quelque sorte une petite révolution dans le domaine de l’information. » Même l’épouse d’un journaliste assurait, au début, la distribution avec sa 2 CV ! Bien des années plus tard, la direction mettra en place la vente à la criée, une révolution qui fit de la Dépêche de Tahiti le premier quotidien des Polynésiens.

Encadré

Août 1964

Quelle était l’actu et les préoccupations des Polynésiens en ce mois d’août 1964 ? Le quotidien nous présente les nouveautés comme l’inauguration d’un temple à Tautira ou d’une église à Fa’a’ā en passant par l’ouverture du musée Gauguin à Papeari. Les faits divers tiennent, eux, le haut du pavé : le quotidien nous relate le cocotier qui a écrasé une maison ou encore les détenus qui se sont fait la malle pendant l’office du dimanche.L’actualité internationale était aussi à la Une, notamment celle du Pacifique.  On apprend ainsi qu’à Pearl Harbor, à Honolulu, un sous-marin atomique est stationné, que les Samoans s’initient à la pêche hauturière avec les Japonais. On y parle également de la guerre au Viet Nam et du soutien des États-Unis.

Légendes

Une du 3 août 1964 : Première édition de la Dépêche de Tahiti avec une info forte : le décès de Tony Bambridge.

Une du 5 août 1964 : Les Miss font déjà la Une du quotidien, avec Léa Avaemai, sacrée Miss Tahiti 1964.

Une du 11 août 1964 : À l’époque, les articles démarrent dès la première page et les faits divers font souvent grimper les ventes.

Une du 26 août 1964 : Les photos étaient développées dans le laboratoire et imprimées sur un typon*.

*Un film transparent photosensible sur lequel est reproduite une image pour être imprimée.

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