Hiro’a n°152 – Le saviez-vous ? Bjarne Kroëpelien, au fenua, en temps de grippe espagnole

Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te piha faufa’a tupuna

Rencontre avec Cédric Doom du département du patrimoine audiovisuel multimédia et Internet au sein du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel. Texte de Michel Bailleul pour le SPAA – (Documentation : O’Reilly (Tahitiens), Bjarne Kroëpelien (Tuimata, Haere Po, 2009), JO des ÉFO.) –

 

Bjarne Kroëpelien, au fenua, en temps de grippe espagnole

 

Il y a à peine un peu plus d’un siècle, les îles de la Société connaissaient les affres d’un virus mortel : la grippe espagnole. Et pour faire face à l’épidémie, les habitants ont pu compter sur la solidarité et la générosité d’un grand nombre de personnes. Parmi celles-ci, Bjarne Kroëpelien.

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Quelques jours après l’armistice du 11 novembre 1918, le navire à vapeur Navua accoste Quelques jours après l’armistice du 11 novembre 1918, le navire à vapeur Navua accoste à Papeete, apportant avec lui la terrible grippe espagnole qui va entraîner la mort de près de 2 500 personnes aux îles de la Société.

Face à l’épidémie, de nombreux volontaires se mettront à la disposition du Service de santé de l’époque. Ainsi, vers la fin du mois de décembre, quand le nombre de décès semble régresser durablement, le gouverneur Julien demande un recensement de ces personnes qui est publié au JO des ÉFO du 15  février 1919 (la lettre-circulaire s’adresse à MM. le Procureur, Chef du Service Judiciaire, le Secrétaire Général p.i., le Directeur du Service de Santé, le Conseiller Municipal f.f. de Maire et le Commissaire de police.) : « J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me faire connaître les noms des personnes, françaises ou étrangères, fonctionnaires ou non fonctionnaires qui, sans rétribution spéciale ni indemnité pour le service exécuté par elles, se sont employées avec zèle au soulagement des malades, au transport des corps, à leur inhumation ou incinération, ou qui ont, par leur générosité, contribué à augmenter nos moyens de lutte contre la récente épidémie de grippe.  […] De l’ensemble des réponses faites à ce questionnaire, il résulte, tout le personnel médical étant mis à part, que dès le 1er décembre, MM. A.C. Rowland, Ch. Kressler, Irv. G. Smith, E. Simonet, B. Kroëpelien, Y. Olsson s’étaient spontanément occupés de porter secours aux indigènes dans les quartiers voisins de leurs domiciles où la grippe avait frappé tout le monde en même temps, où les décès étaient nombreux et les malades dans l’impossibilité de se prêter mutuelle assistance. » Et plus loin :  «  Peu après, à la suite de la démarche faite auprès du Gouverneur par M. le Consul T.B. Layton, MM. le Lieutenant Mc Quarrie, B. Kroëpelien, V.L. Wilson, Glass et Mme Rhodes furent autorisés à transformer en hôpital auxiliaire l’ancienne caserne d’infanterie. »

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Quelques mois à Tahiti

Quelques mois à Tahiti Bjarne Kroëpelien fait donc partie de ces étrangers, qui ne résidèrent que quelque temps à Tahiti, mais qui se sont dévoués pour soulager les souffrances et aider les malades. Sa biographie, que l’on peut lire dans l’édition française de Tuimata, précise : «  La famille Kroëpelien est l’une des plus vieilles familles marchandes hanséatiques*. Elle s’installe à Bergen (Norvège) et se spécialise dans le négoce du vin. […] Né à Bergen le 13 mai 1890, [Bjarne] y grandit. Il acquiert une solide connaissance de l’industrie vinicole en voyageant en France, en Espagne et en Allemagne. Il passe quelques années à vivre comme un aventurier aux États-Unis, puis sur l’île de Tahiti, où il séjourne plusieurs mois, entre 1918 et 1919. Il en fait le récit plus tard dans son livre Tuimata [paru en 1944]. L’île le fascine, il gagne l’amitié du célèbre chef de district de Papenoo, Teriieroo a Teriierooiterai (1875-1952) ; il entreprend avec lui la fameuse tentative d’ascension du mont Orohena. […] Il est d’un grand secours au moment où l’île est ravagée par une terrible épidémie de grippe espagnole en 1918 ; il sera, par la suite, décoré de la Légion d’honneur française, en reconnaissance des services rendus. » Le Catalogue de la bibliothèque de Bjarne Kroëpelien nous dit que « sa chère épouse » perdit la vie lors de l’épidémie. « Mais la jeune Tuimata, comme l’écrit D. Margueron, a aussi peu de consistance que la Rarahu de Pierre Loti. […] C’est un personnage nécessaire à un récit conventionnel sur Tahiti. »

 

La reconnaissance des habitants de Papeno’o

En 1921, les habitants de Papeno’o se souviennent bien de cet étranger. Il faut dire qu’il s’est lié d’une grande amitié avec le chef et sa famille. D’ailleurs, quelque temps après son départ de Tahiti en 1919, « Amélie Teraiefa Teriierooiterai, la fille du chef de Papenoo, met au monde un garçon, visiblement d’ascendance nordique ». Dans le livre d’état civil de la chefferie, on trouve le nom Bjarne Kroëpelien Teriierooiterai, né le 6 mars.

On se souvient de lui d’abord comme un patriote : il avait acheté des drapeaux français et les avait distribués pour fêter la victoire. Il avait aussi beaucoup dépensé pour « ouvrir à ses frais un hôpital », et pour soigner et nourrir les malades. Enfin, pendant son voyage de retour, il enverra au gouverneur 400 dollars pour les orphelins de Papeete et de Papeno’o.

Pour toutes ces raisons, dans une lettre datée du 7 novembre 1921, la population de Papeno’o sollicite pour lui « une médaille d’honneur [qui] sera la juste récompense des secours inespérés et désintéressés qu’il n’a cessé de porter aux Français de Tahiti ».

Le gouverneur fera vérifier ces faits par le commissaire de police, lequel répondra le 22 novembre que tout est exact mais qu’il n’a pu constater la réalité de l’envoi des 400 dollars… Une note en marge précise que ce don de 400 dollars a fait l’objet d’un article dans le JO des ÉFO du 15 avril 1919.

Le 24 novembre, le gouverneur Thaly répond au chef du district de Papeno’o  : «  […] Je ne manquerai pas de signaler en haut lieu les titres que s’est acquis Monsieur Byarne Kropelin (orthographié ainsi dans le courrier, NDLR) à la reconnaissance de Tahiti et de la France. »

Ajoutons que Bjarne Kroëpelien n’est jamais revenu à Tahiti, mais qu’il a, tout au long de sa vie, réuni « l’une des plus belles collections privées au monde de livres sur le Pacifique ».

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Pour aller plus loin, rendez-vous sur archives.pf

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La grippe espagnole de 1918

Extrêmement contagieuse, la grippe espagnole s’est propagée à travers le monde entre 1918 et 1919 faisant plus de 50 millions de morts (certaines sources parlent même de 100 millions de décès). Cette maladie dite « espagnole  » a été baptisée ainsi parce que l’Espagne, non concernée par la Première Guerre mondiale et le secret militaire, fut la première à en parler publiquement. La maladie était due au virus de la grippe A H1N1 qui a frappé de nouveau dans certains pays (mais pas en Polynésie française) dans une moindre mesure en 2003.


Mention légales des images à mettre en légende à côté de chaque image :

(JOPF_1919_p. 132_ estampillé ) : Extrait du Journal Officiel du 15 avril 1919

(Kroepelien_1_ estampillé) : Lettre du gouverneur au chef du district de Papeno’o – Fonds du Gouverneur

(Mémorial_ vol. 5_ p. 164_estampillé) : Bjarne KROEPELIEN (à gauche) et Lucien GAUTHIER (à droite) racontent, quarante ans plus tard, leurs souvenirs au Dr MOORGAT – extrait du Mémorial polynésien Volume 5 – Copyright Haere Po

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