Hiro’a n°151 – Culture bouge : L’archéologie à l’honneur

CULTURE BOUGE

Musée de Tahiti et des îles (MTI) – Fare Manaha

Rencontre avec Tamara Maric, responsable de la conservation au Musée de Tahiti et des îles. Texte : Lara Dupuy – Photos : DR (Musée de Tahiti et des îles et Hiria Ottino)

151 saviez-vous pendentif nacre marquisien MTI

L’archéologie à l’honneur

Le projet CBAP (Collective Biography of Archaeology in the Pacific) est inédit. Il s’agit de la première exposition mondiale simultanée impliquant trente-cinq institutions à travers le monde et chaque objet sélectionné peut être virtuellement visible en ligne entre les institutions concernées. Le Musée de Tahiti et des îles y participe en exposant deux pièces rares et anciennes qui valorisent l’histoire de l’archéologie en Polynésie. Il a également choisi de souligner la carrière de deux femmes qui se sont distinguées, dans un milieu très masculin à l’époque.

 

C’est inédit. Le CBAP – une biographie collective de l’archéologie dans le Pacifique – a invité des musées et centres culturels à participer à l’exposition ≪ Uncovering Pacific Pasts : Histories of archaeology in Oceania ≫. Cette exposition mondiale, prevue de mi-mars à fin juin, devrait se tenir en même temps dans 35 institutions de 19 pays. Son objectif est de relater l’histoire de la recherche, en illustrant le développement de l’archéologie du Pacifique et les théories sur les migrations des peuples de la région. Les objets ou artefacts archéologiques sont présentés comme des vecteurs illustrant à la fois l’histoire de ceux qui les ont créés et utilisés et de leurs découvreurs.

Cette idée originale du professeur Matthew Spriggs de l’Ecole d’archéologie et d’anthropologie de l’ANU (université nationale australienne) raconte l’histoire du plus grand Océan du monde et de la façon dont il était habité. Pour relier les expositions dans divers endroits, le professeur Spriggs a fourni les liens historiques entre des collections disparates d’artefacts rapportés lors d’expéditions et conservés dans différents musées à travers le monde. Les objets pourront être virtuellement visibles en ligne entre les institutions participantes.

En Polynésie française, Emilie Dotte-Sarrout, Docteure PhD archéologie en charge du projet pour cette aire géographique et le Musée de Tahiti et des iles (MTI) ont sélectionné deux ornements rares de ses réserves et choisi d’illustrer le destin de deux femmes polynésiennes dont la carrière s’est déroulée entre les années 1940 et 1970, durant les prémices de l’archéologie locale. Il s’agit d’Aurora Natua, conservatrice du Musée de Papeete, et de Marimari Kellum, archéologue diplômée de l’université de Hawaii. Le MTI a en effet la chance d’avoir conservé la majorité des collections archéologiques anciennes grâce à la Société des études océaniennes (SEO) et son Musée de Papeete, créé des 1917. ≪ Les objets que nous avons choisis sont des vecteurs de l’histoire. Ils proviennent de sites très anciens ≫, précise Tamara Maric, responsable de la conservation au MTI.

Des ornements de prestige très rares

La première pièce exposée est un pendentif en dent de cachalot. Il provient de la première fouille réalisée sur le site du motu Paeao a Maupiti en 1962, et à laquelle a participé Aurora Natua. Nommée conservatrice du Musée de Papeete et bibliothécaire de la SEO en 1946, elle était également une experte reconnue en histoire traditionnelle et en langue tahitienne. Au long des décennies suivantes, elle a joué un rôle clef dans la recherche et la conservation du patrimoine archéologique : conseillère et interprète des archéologues étrangers, contrôlant le résultat des fouilles afin de conserver collections dans le Musée de Papeete, et enfin, répertoriant et conservant au mieux les objets.

En 1962, le propriétaire du terrain qui avait découvert une sépulture et deux pendentifs en dent de cachalot, avertit l’archéologue Yoshihiko Sinoto du Bishop Museum de Hawaii. Ce dernier, intrigue par cet objet similaire à ceux découverts sur le site de Wairau Bar en Nouvelle-Zélande, se rend sur place avec Aurora Natua, qui explique en langue tahitienne la démarche archéologique. Sinoto parvient ainsi à obtenir les autorisations des ayants droit pour fouiller ce site funéraire, daté du XVe siècle. Parmi les objets associés aux seize tombes, ces pendentifs apportent la première preuve archéologique des liens entre les peuples de Aotearoa/ Nouvelle-Zélande et des iles de la Société. Ils sont caractéristiques d’une culture que partageaient les habitants des différents archipels de Polynésie, dans les premiers siècles suivant le peuplement des iles. Preuve que les échanges étaient encore nombreux dans le triangle polynésien.

Marimari Kellum, première Tahitienne diplômée d’archéologie

L’autre objet exposé est un pendentif de nacre, trouvé par Yoshihiko Sinoto et Marimari Kellum durant la fouille du site de Hane, a Ua Huka, dans l’archipel des Marquises. Il fait également partie de l’importante collection archéologique transmise par Sinoto au Musée de Papeete. Marimari Kellum est la fille de Medford

  1. Kellum et Gladys Laughlin, propriétaires de la vallée ‘Opunohu, et petite-fille de Medford Kellum Sr. qui avait participé et financé au début des années 1920 l’expedition scientifique du Kaimiloa dans le Pacifique, conçue par le Bishop Museum. À son bord, Kenneth Pike Emory, dont la famille Kellum va financer les premiers travaux archéologiques en Polynésie française.

Passionnée par l’archéologie de son pays, Marimari Kellum fait ses études à Hawaii sous la direction de Sinoto. Elle participe à de nombreuses missions archéologiques à Moorea, Tahiti, Marquises, Australes, Hawaii et Madagascar, notamment avec son époux l’anthropologue Paul Ottino. Parallèlement à la fouille du site de Hane, elle réalise l’étude de tous les monuments d’habitat de la vallée de Hane. Ce travail aboutit à son Master of Arts de l’université de Hawaii soutenu en 1968, elle devient ainsi la première archéologue tahitienne diplômée. Ce travail pionnier dans les études des ≪ modèles de l’occupation de l’espace ≫, publié en français en 1971, figure parmi les meilleures études de cas de Polynésie française.

Le pendentif a été mis au jour dans l’un des niveaux d’occupation les plus anciens de Hane, date d’entre 1150 et 1258 après J.-C. (datations plus récentes réalisées par Guillaume Molle). Ce type d’ornement a été également trouvé sur le site de Vaito’otia-Faahia a Huahine, et témoigne de cette culture matérielle commune, à l’époque des premiers peuplements humains des iles. Ces découvertes, avec celles du motu Paeao, serviront de base à la première théorie archéologique de peuplement de la Polynésie de Yoshihiko Sinoto. Outre sur la toile, cette mini-exposition sera, après la période de confinement, visible à l’entrée de l’exposition temporaire Tupuna>Transit ou elle devrait rester jusqu’à mi-septembre au Musée de Tahiti et des iles, même si le projet international est prévu pour prendre fin en juin.

Pratique

« Uncovering Pacific Pasts : Histories of

archaeology in Oceania »

  • Exposition jusqu’à mi-septembre
  • Musee de Tahiti et des iles
  • Tel. : 40 548 435
  • [email protected]

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