Hiro’a n°150 – Le saviez-vous : La filière coprah, un rôle social et économique

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Le saviez-vous – Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha fa ufa ΄a tupuna

La filière coprah, un rôle social et économique

Rencontre avec Sébastien Damé, responsable du bureau « patrimoine audiovisuel, multimédia et Internet » au sein du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel.

Texte : ASF – Photos : Archives.pf/SPAA-TPFT

Le cocotier, l’arbre providence, apporte de multiples ressources aux Polynésiens. La filière coprah fortement subventionnée est une ressource traditionnelle pour les archipels éloignés de Tahiti, toutefois limitée. Une problématique déjà pointée du doigt dans les années 1950.

En décembre dernier, les représentants à l’assemblée de la Polynésie française examinaient un rapport de mission d’information sur le dispositif de soutien des prix du coprah. Une filière agricole aujourd’hui déficitaire, mais qui reste fortement subventionnée tant son rôle social et économique dans les îles les plus éloignées de Tahiti est primordial ; elle offre en effet, aujourd’hui encore, un revenu minimum aux populations et permet leur maintien ainsi dans leurs îles notamment aux Tuamotu.

Au SPAA, sont archivés des documents, sous diverses formes et sur différents supports, qui retracent cette économie dite traditionnelle et son importance dans l’histoire de la Polynésie française : timbres-poste, photos anciennes … la vie quotidienne… et cartes postales mettant en scène la vie des coprahculteurs, correspondances administratives pour la valorisation du cocotier et l’achat de fournitures… L’Archipol n°6, dont le titre est L’agriculture polynésienne 1955-1965, Regard sur un plan de relance, y consacre plusieurs pages. Il faut dire qu’à la fin des années 1950, le cocotier est la première production agricole. La valeur des exportations de coprah (l’huile brute) est alors proche de celle des phosphates. En 1958, les 17 384 tonnes de coprah exportées rapportent 229 279 000 Fcfp contre 309 254 tonnes de phosphates pour une valeur de 292 752 000 Fcfp. À cette époque, dans les médias et bulletins agricoles, on valorise et distille des conseils sur l’entretien et la sélection des cocotiers les plus productifs. Plantés en masse à la fin du XIXe siècle (principalement entre 1893 et 1928) en raison d’une série d’inventions mécaniques et techniques qui apportent de nouvelles activités économiques (presse allemandes susceptibles d’extraire plus d’huile et de meilleures qualités, technique de séchage pour le transport du coprah, etc.), les cocotiers ont transformé le paysage, notamment des atolls, au détriment des forêts endémiques.

Le rendement, principale préoccupation

Dans les années 1950, on s’inquiète déjà du vieillissement des cocotiers et de leur rendement. M. Bazin, inspecteur en chef de la FOM, chef du service des Affaires économiques et du plan, écrit dans un rapport intitulé Situation économique et perspectives d’avenir 1959-1960 : « Les rendements sont faibles […] Cette question revêt une importance particulière alors que la protection douanière dont bénéficie encore le coprah polynésien en métropole (9 %), doit s’amenuiser progressivement et peut-être disparaître, dans le cadre du Marché commun. D’ores et déjà il faut s’attacher à réduire un maximum les prix de revient du coprah pour que nos prix s’alignent sur les cours mondiaux. »

L’accent est mis sur l’amélioration des rendements, mais aussi sur les techniques d’entretien des plantations, du ramassage et du séchage du coprah. Une station de recherche sur le cocotier est créée en 1959 à Rangiroa et plusieurs expériences y sont menées. En 1967, un dispositif de soutien du prix payé au producteur et au propriétaire de la cocoteraie est proposé. Cinquante ans plus tard, la question du rendement et celle du modèle économique restent d’actualité. En 2015, un nouveau programme de régénération des cocoteraies est mis en place par le Pays qui cherche à valoriser autrement l’ensemble des produits du cocotier et transformer la filière coprah en filière du cocotier.

Encadré

Depuis 1998, la revue ARCHIPOL – le cahier des archives de Polynésie a pour objectif la valorisation des fonds d’archives patrimoniaux polynésiens. Chaque publication aborde l’histoire de la Polynésie française selon un thème précis touchant aux évolutions institutionnelles, politiques, économiques, historiques et culturelles de la Polynésie française. Des documents, principalement issus des fonds archivistiques viennent illustrer des textes rédigés par des historiens tel Michel Bailleul, docteur en Histoire d’Outre-mer. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’agriculture polynésienne des années 1955 à 1965, procurez-vous la revue ARCHIPOL n°6 qui lui est consacrée.

• Disponible au dépôt des archives de Tīpaeru’i, Service du patrimoine archivistique et audiovisuel

• Tarif : 3 000 Fcfp

• Tél. : 40 419 601

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