Hiro’a n°149 – Trésor de Polynésie : Salon Te Rara’a : remettre les anciens tressages au goût du jour

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TRÉSOR DE POLYNÉSIE – Service de l’Artisanat traditionnel (ART) – Pu Ohipa rima ΄i

Musée de Tahiti et des îles (MTI) – Fare Manaha

tressage crédit Lucie Rabreaud

Salon Te Rara’a : remettre les anciens tressages au goût du jour

Pour la 14e édition du salon Te Rara΄a (tressage en rurutu), l’association du même nom veut mettre en valeur les anciens tressages et ses utilisations. Une quarantaine d’exposants sont attendus dans le hall de l’Assemblée à partir du 17 février.

Le tressage est un lien entre les générations, mais aussi parfois avec la terre. Mélia Avae, originaire de Rurutu, se souvient du chapeau pour la pêche, celui pour la tarodière, l’autre pour la prière… mais aussi des paniers : il y en avait également un pour chaque besoin ou occasion. Quand il s’agit de raconter la vie de cette époque, ses yeux s’illuminent et son sourire se fait encore plus grand. L’association Te Rara΄a qu’elle préside rassemble tous ces habitants des Australes, exilés à Tahiti, et qui ont continué à faire vivre cet espace-temps dans leur cœur à travers leur savoir-faire. Ils organisent un salon annuel pour mettre en avant ces anciennes utilisations et cet artisanat du passé. « Nous avons créé cette association pour faire revivre les matières premières du tressage des Australes », précise Mélia Avae. Chez elle, à côté des pē΄ue inachevés qui encombrent le passage, trônent des chapeaux accrochés à des patères et s’enroulent des mètres de tresses déjà prêtes qu’il suffira d’assembler pour créer de nouveaux objets. Sur le canapé, des tiges de roseaux sont rassemblées dans un grand panier rond. Comment imaginer une vie sans tressage ? « Impossible », répond-elle. Mélia s’y emploie depuis ses quatre ou cinq ans. C’était alors une obligation dans les familles. « Il y avait l’école, mais aussi le travail à la maison et le tressage en faisait partie. Je révisais mes cours en préparant les rouleaux de pandanus séchés ! »

Un héritage à préserver

Le salon Te Rara΄a offre l’occasion de se retrouver avec les autres artisans des Australes et de valoriser leurs îles autant que leur travail. « Ce n’est pas que notre gagne-pain. Le tressage, c’est important. C’est ce que nos ancêtres nous ont laissé », rappelle Mélia Avae, nostalgique d’une époque et quelque peu inquiète à l’idée que ces techniques se perdent. « C’est très dur d’intéresser les enfants à ce travail. Ils viennent, ils font mais ils ne restent pas longtemps, ils partent jouer. J’ai vécu dans le tressage et je ne veux pas que tout ça soit oublié ! » Telle est donc l’une des ambitions de ce salon en 2020 dont le thème « Neva i muri » signifie « tourner la tête sur le côté et regarder derrière ». « Je voulais faire revivre le savoir-faire du passé et l’utilisation du tressage à cette époque. » Plusieurs activités comme un défilé et des ateliers donneront l’occasion aux visiteurs de contempler cette merveilleuse habileté des artisans des Australes, les meilleurs, quelle que soit la matière première, quand il s’agit de tresser.

PRATIQUE

Salon Te Rara’a, salon du tressage

• Du 17 février au 1er mars 2020, dans le hall de l’assemblée de la Polynésie française

Encadrés

Le tressage : un lien entre passé et présent*

« Quand les mêmes gestes se reproduisent de génération en génération, on ne peut que s’incliner devant la force de la tradition. […] Et quand, . la tradition, s’ajoute la recherche créative, un art naît », a écrit Louise Peltzer, alors ministre de la Culture et de l’Enseignement supérieur, dans la préface du livre : Natira΄a, le tressage, un lien entre passé et présent, édité par le Musée de Tahiti et des îles et le ministère de la Culture de Polynésie française. Une publication extraite du matériau réuni pour l’exposition « Natira΄a : tressages quotidiens et sacrés » qui s’est tenue au Musée de Tahiti et des îles, de janvier à avril 2000. Dans l’ancien temps, le tressage est partout. Il est présent dans le quotidien (la râpe à coco, l’herminette, le couteau, etc.), utilisé pour la pêche (les hameçons, les harpons…), la navigation (cordages, natte de pandanus pour la voile…), les vêtements, la guerre (frondes, armures de guerre…), les jeux (tir à l’arc, cerf-volant…), ou les instruments de musique (attaches de tambour, calebasse…). Enfin, ce sont des ornements de prestige et de pouvoir, des éléments du sacré (bracelet de poignet, aide-mémoire pour la récitation des généalogies, le to΄o ou réceptacle sacré), des objets entourant la mort (hameçon à sacrifice humain, les attaches du costume de deuil). Plus la trame des objets est fine et plus celui-ci est prestigieux ou sacré. « L’adaptation à un mode de vie occidentalisé a eu pour résultat de réduire le tressage à son seul aspect fonctionnel. Alors qu’autrefois il accompagnait les pratiques rituelles et conférait à ses détenteurs reconnaissance et sagesse, il ne garde plus aujourd’hui que des usages pratiques ou esthétiques. » Le tressage, comme la technique de transformation des fibres, a évolué « en fonction des influences et des modes extérieures ». Les artisans ont aussi « le désir de créer ou  d’innover, ou de s’adapter à une vie quotidienne différente de celles des anciens Polynésiens ». Le tressage reste aussi un lien entre les communautés d’Océanie. De nombreux termes le désignent et ce « lien » est souvent utilisé de façon métaphorique.

*Source : Natira΄a, le tressage, un lien entre passé et présent, édité par le Musée de Tahiti et des îles et le ministère de la Culture de Polynésie française

Les matériaux utilisés pour le tressage*

Quelle que soit la matière première utilisée pour le tressage, elle nécessite toujours une longue préparation impliquant du temps, de la patience et du savoir-faire.

– Coco : palmes, nervure de la foliole (nī΄au), nī΄au blanc, fibres de bourre

de coco (nape).

– Pandanus : pae΄ore (feuilles sans épine), rauoro (feuilles aux bords épineux), ure fara (racine aérienne).

– Bambou (΄ofe) : pa΄a ΄ofe (paille de bambou), ohi ΄ofe (jeune pousse), pou ΄ofe (canne de bambou).

– Écorces d’arbres, liane ou roseaux : Pūrau (écorce, liber = more, rau = feuille) ; ΄ie΄ie (liane arbuste) ; ΄autī ; ΄ā΄eho (kaka΄e en rapa : le roseau des montagnes) ; rō΄ā (ses fibres libériennes forment le deuxième cordage le plus solide au monde. Utilisé pour les lignes de pêche.

Rouru : cheveux et poils de barbe, poils de chien, crins de cheval, plumes.

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