Hiro’a n°149 – Le saviez-vous ? Le Centre des métiers d’art rayonne à l’international

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LE SAVIEZ-VOUS ? – Centre des métiers d’art (CMA) – Pu Ha’api’ira’a toro ’a rima’i

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Le Centre des métiers d’art rayonne à l’international

Rencontre avec Viri Taimana, directeur du Centre des métiers d’art, et Tokai Devatine, enseignant et directeur adjoint du Centre des métiers d’art. Texte : C.R. et photos : C.R. et CMA

Brest, Paris, Londres, Nouvelle-Zélande, sans compter les nombreuses visites à Tahiti… Le Centre des métiers d’art enchaîne les rendez-vous internationaux avec, à chaque fois, le même objectif : prendre contact, tisser des liens et au final, engendrer des opportunités pour les artistes polynésiens.

« Créer l’échange ». C’est l’un des leitmotive du Centre des métiers d’art (CMA), à la fois au sein du milieu de l’art local ainsi qu’avec le Pacifique et le monde. Les enseignants de l’institution sont au premier rang de cet effort : en fin d’année, deux équipes ont pris des chemins différents, vers la Nouvelle-Zélande et la Métropole, avec, au final, le même objectif. « Ce qu’on est en train de faire, c’est de bâtir un réseau de connaissances et d’opportunités », résume Viri Taimana, le directeur du Centre. « Et ce réseau, il a bien sûr pour but de profiter à nos étudiants diplômés. » Début décembre, le responsable s’est rendu lui-même, avec l’enseignante en gravure Heiata Aka, au marae Turangawaewae, au nord de la Nouvelle-Zélande, pour des rencontres d’artistes autochtones. Sur place, plus de cent vingt créateurs du Pacifique mais aussi d’Amérique, ont partagé pendant une dizaine de jours « leurs techniques, leurs projets, leur façon d’aborder les choses ». « On y apprend beaucoup, bien sûr, on montre ce qu’on sait faire, continue Viri Taimana, mais surtout, on fait connaître le Centre. Le message, c’est qu’il y a des étudiants en formation qui prendront la relève pour faire exister ce réseau, et qui méritent aussi d’être exposés, de s’exprimer au-delà de Tahiti. » Car, à l’entendre, le marché de l’art se régionalise : « Le futur de nos élèves, c’est un marché océanien qui passe par la Nouvelle-Zélande, Hawaii, Rarotonga… Et il faut tout faire pour que les artistes du pays y trouvent une bonne place. »

« Ils se rendent compte que la Polynésie n’a pas renoncé à sa culture »

Ce travail de rayonnement ne se cantonne pas au Pacifique sud. Toujours en décembre, c’est à Brest que deux enseignants ont fait le déplacement. Invités par l’université de Bretagne occidentale, Tokai Devatine et Hihirau Vaitome, accompagnés par le peintre Norbert Vana’a, ont pu présenter pendant deux semaines des œuvres contemporaines polynésiennes réalisées par une quinzaine d’artistes du pays. « Et surtout on a beaucoup échangé, dans des tables rondes, des conférences, lors d’un hommage à Victor Segalen, dont on commémorait le centenaire de la mort »,  explique Tokai Devatine, aussi directeur adjoint du CMA. « Ce qui a frappé les gens, là-bas, c’est de se rendre compte que la Polynésie n’a pas renoncé à sa culture, qu’elle est bien vivante et forte. Ce déplacement, je pense, a révélé cette richesse aux yeux de beaucoup de gens. » En plein mouvement de grève contre la réforme des retraites, touchant notamment les transports et les universités, plusieurs invités ont dû annuler leur visite à Brest. « C’est dommage, mais le mot est tout de même passé vers beaucoup de responsables du monde de la culture, des galeristes, des musées », assure l’enseignant. La délégation du CMA s’est aussi rendue au Musée du quai Branly, à Paris, pour étudier plusieurs pièces polynésiennes qui pourront servir, à l’avenir, de modèles pour les étudiants du Centre. Détour, aussi, par Londres et son British Museum. « Une de leurs équipes était venue nous voir et nous avait conviés », précise Viri Taimana. Sur place, Tokai Devatine et Hihirau Vaitome ont pu apprécier « la richesse extraordinaire » des fonds du musée, qui conserve nombre d’objets ramenés par James Cook ou d’autres navigateurs anglais. « Je crois que le British Museum est lui aussi très intéressé par ce que l’on fait, note l’enseignant, il nous propose de collaborer pour créer des répliques exactes de certaines pièces, notamment de la statue du dieu A’a et d’une cape de plume faisant partie du fameux costume du deuilleur… » Autant d’opportunités pour les étudiants du Centre des métiers d’art, qui, en plus d’aller vers les autres, attire. En effet, des Calédoniens, des Hawaïens, de Wallisiens ont récemment visité le Centre. Une satisfaction pour Viri Taimana : « Multiplier les partenariats, c’est faire en sorte que le Centre des métiers d’art devienne incontournable. »

Encadré

Deux expositions, les 6, 7 et 28 février

Au Centre des métiers d’art, le mois de février commence et se termine par des expositions. La première aura lieu les 6 et 7 février. Le Centre accueillera alors une expo-vente, à partir de 18 heures, rassemblant des pièces des élèves en formation. Une quarantaine d’entre eux devraient présenter leur travail, en sculpture, gravure, peinture et couvrant tout le spectre de l’expression artistique polynésienne. « C’est l’occasion de venir apprécier la vision et la technique des artistes de demain, que l’on parle de pièces très traditionnelles ou d’inspirations plus contemporaines », explique le directeur du centre, Viri Taimana. « C’est aussi le moment, en achetant une œuvre, de soutenir cette création locale, de soutenir le développement de l’art et l’artisanat polynésiens. »

Deuxième rendez-vous du mois, le vendredi 28 février, toujours dans le cadre de la célébration des quarante ans du CMA. Ce seront les enseignants et les anciens élèves du Centre qui exposeront le temps d’une journée. Pas de vente sur place cette fois-ci, mais des contacts possibles avec les artistes. À noter que les élèves fraichement diplômés présenteront au public, en juin, leurs travaux de fin de cycle pour une troisième exposition.

Légendes

À Brest, plusieurs œuvres contemporaines polynésiennes ont été exposées en décembre dernier. Orama Nigou, à droite, diplômée du CMA était présente, tout comme Hihirau Vaitome (à gauche), enseignante du CMA.

Au Musée du quai Branly.

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