Hiro’a n°149 – Le saviez-vous ? Aérophilatélie : quand les timbres donnent des ailes

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LE SAVIEZ-VOUS ? – Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te Piha faufa ’a tupuna

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Aérophilatélie : quand les timbres donnent des ailes

Rencontre avec Moana Brotherson, chef du département marketing et commercial à Fare Rata, Teiva Plenet, agent chargé de la conception, Dominique Mouneix, membre du club philatélique et numismatique polynésien et Cédric Doom, agent du SPAA .

Texte : C.R. – Photos : Avec l’aimable autorisation de Fare Rata, la Poste du Fenua & collection SPAA – archives PF. D.Mouneix/C.R. pour les enveloppes à cachet.

Parmi les riches collections philatéliques du SPAA, beaucoup de timbres et d’enveloppes retracent l’histoire de l’aviation en Polynésie. Une histoire indissociable de celle du courrier, et que les spécialistes de « l’aérophilatélie » ne cessent de fouiller.

Ils sont tous là. De l’hydravion Catalina, le premier à avoir assuré une liaison aérienne postale vers le fenua, au tout récent Dreamliner d’Air Tahiti Nui, en passant par le Concorde ou les premiers DC4 d’Air France… Les avions qui ont marqué l’histoire de la Polynésie sont tous, ou presque, représentés dans la collection philatélique du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel de la Polynésie française. Il faut dire que le SPAA conserve plus de 12 000 timbres et enveloppes « premier jour ». Un trésor issu pour l’essentiel de fonds privés, mais aussi de dépôts officiels de l’OPT. Ou plutôt de sa branche postale, Fare Rata, qui chaque mois, parfois davantage, émet une nouvelle série de timbres.

D’André Japy à Jacques Brel

Parmi les thématiques récurrentes : l’astrologie chinoise, les fruits de Polynésie – les timbres sont même parfois parfumés –, ou les commémorations en tout genre. Mais l’aviation occupe une place particulière. « Raconter l’histoire de l’aviation, comme celle des paquebots, c’est raconter l’histoire du pays et de sa poste », note Moana Brotherson, le chef du département marketing et commercial de Fare Rata, également en charge de la philatélie. Ainsi trouve-t-on, en remontant seulement de quelques années dans les collections, une série sur les soixante ans d’Air Tahiti, des timbres – accompagnés de leur enveloppe « premier jour » – célébrant le cinquantenaire de la liaison Santiago-Tahiti ou du France-Polynésie de la T.A.I. D’autres affichent des visages. Celui de Jacques Brel, au côté de son avion Jojo, un timbre récompensé au salon philatélique de Paris en 2013.Ou celui d’André Japy, le « Lindbergh français », pionnier de l’aviation dans la Polynésie d’après-guerre. « Chaque timbre demande des mois de préparation », précise Teiva Plenet, agent chargé de leur conception. « Ça n’est pas un objet comme un autre, il a un caractère officiel, et il faut être sûr des informations qu’il porte. » Aspect des avions, dates, détails comme les uniformes ou les pavillons… Pour éviter les erreurs et anachronismes, l’OPT doit mener des recherches en profondeur, souvent aidé par des historiens ou grands spécialistes de l’aviation en Polynésie, comme Jean-Louis Saquet.

Des morceaux d’histoire méconnus

De quoi remettre en lumière des bouts d’histoire méconnus ou oubliés. Comme celle d’Henri Cadousteau, présenté sur un timbre de 2017 à côté de son Salmson 2A2, et qui fut, un siècle plus tôt, le premier aviateur de combat polynésien, pendant la Grande Guerre. «  Les thématiques historiques ont beaucoup de succès auprès des collectionneurs, européens et américains en particulier », reprend Moana Brotherson, pour qui les timbres participent au « rayonnement » de la Polynésie et à sa promotion touristique. Les « aérophilatélistes » devraient avoir une bonne surprise d’ici la fin de l’année : Fare Rata travaille sur une série consacrée aux « ballons montés », ces ballons remplis de gaz, qui ont servi, voilà 150 ans, à transporter du courrier en Europe. Et même si aucun n’a fait tout le chemin vers la Polynésie, ces drôles d’engins ont transporté au moins une lettre destinée et acheminée par la suite à Tahiti… Cette série originale devrait être présentée au Salon de Paris en novembre 2020, avant de rejoindre les collections de centaines de passionnés et celle du SPAA, consultable sur rendez-vous par tous, spécialistes ou simples curieux. « Peu de gens savent que ces fonds sont là, et pourtant ils ont beaucoup à faire découvrir », rappelait récemment Cédric Doom, agent chargé de la recherche et de la valorisation des archives audiovisuelles au SPAA.

PRATIQUE

• Les timbres peuvent être consultés uniquement sur rendez-vous après une demande adressée à [email protected]

• Facebook Service du Patrimoine Archivistique Audiovisuel

• Internet : www.archives.pf

Encadré

Le cachet des « premiers vols »

Quand certains philatélistes s’attachent à une époque, une région, un sujet, Dominique Mouneix, lui, a choisi l’aérophilatélie, mais sans se restreindre aux timbres. Dans les sept classeurs de sa collection, on trouve, entre les photos et coupures de journaux « qui donnent du contexte », des enveloppes couvertes de cachets originaux. Ouverture de lignes régulières, vols expérimentaux, nouveaux appareils mis en service… Les « premiers vols » sont souvent l’occasion de créer un cachet particulier, tamponné sur tous les envois ce jour-là. « En Polynésie ces premiers vols ont toujours été des moments  marquants », explique le membre du club philatélique et numismatique polynésien, en pleine restructuration. « Chaque cachet porte la date, parfois une illustration, ou est associé à une enveloppe créée pour l’occasion. Mais c’est surtout l’histoire qui est derrière qui est importante. »

Une lettre aéroportée… en 1929

Pièce maîtresse de la collection : un courrier considéré comme « première lettre aéroportée » de l’histoire polynésienne. Elle faisait alors partie du courrier amené le 26 juin 1929 par le croiseur Tourville, qui resta loin du lagon, laissant à son hydravion de bord le soin de s’approcher de la côte. « Il ne reste que deux courriers de cette traversée », précise le philatéliste, montrant un pli adressé à une demoiselle à la maternité de Papeete. Plus loin, le Nouméa-Papeete de la Trapas en octobre 1947, la première liaison Air France Paris-Bora Bora, via Saïgon et Nouméa, en avril 1950… « L’important, ce n’est pas de les avoir, c’est le plaisir de les rechercher », reprend Dominique Mouneix, qui a passé « une dizaine d’années » à trouver un courrier cacheté du premier « Tahiti – Marquises », effectué en 1950 par un DC4.

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