Hiro’a n°142 – Culture bouge : sports et tradition

Rencontres avec Rodolphe Apuarii, président de la Fédération tahitienne de va΄a, avec Enoch Laughlin, président de la Fédération ΄Āmuitahira΄a Tū΄aro Mā΄ohi (FATM) et avec Gilles Valdenaire, secrétaire de l’Association hippique et d’encouragement à l’élevage de Polynésie française (AHEE).  Texte : Meria Orbeck – Photos : Matareva et ‘Anapa prod

Depuis fin juin, les festivités du Heiva i Tahiti battent leur plein. Mais outre les chants et danses, c’est aussi l’occasion d’assister à de belles compétitions sportives traditionnelles. Ainsi, courses de va΄a, sports traditionnels et courses hippiques ont débuté sur différents sites de l’île de Tahiti.

Vêtus de leurs pāreu et parés de couronnes de fleurs, ce ne sont pas moins de deux mille cinq cents athlètes qui vont s’affronter lors des différentes épreuves sportives traditionnelles. Faites de convivialité et de bonne humeur, les joutes du Heiva i Tahiti restent toujours un moment fort des festivités de juillet, une occasion de découvrir ou redécouvrir en famille des activités hautes en couleur, auxquelles participe toute la population, sportifs ou amateurs.

À Punaauia et Mataiea, le Heiva Va΄a Mata΄eina΄a

Certains sont peut-être nostalgiques de l’époque où les courses de pirogue du Tiurai se déroulaient dans la rade de Pape΄ete, alors encore bien dégagée. Les représentants de tous les districts se retrouvaient sur la plage Cigogne, à l’emplacement de ce qui est maintenant le Parc Paofa΄i et les courses se tenaient au son des to΄ere et des pahu, sous les applaudissements d’un public passionné.

Ce temps est bien révolu, mais la passion pour le va΄a est toujours là et n’a fait que croître. C’est pourquoi il a fallu proposer aux participants, de plus en plus nombreux, des sites en capacité de les recevoir. Les nouveaux sites de Vairai, à Punaauia et de Tehoro à Mataiea, disposent d’un espace qui permet d’accueillir aussi bien toute l’organisation que les participants et les spectateurs, avec la possibilité de pique-niquer sur place et de retrouver l’ambiance d’antan.

Des courses en sécurité

Va'a - Anapa ProductionÀ Punaauia, sur le site de Vairai, se sont déroulées les courses de haute mer, va΄a tua, au mois de juin. Étalées sur deux jours, ces épreuves ont permis aux jeunes, séniors et vétérans femmes et hommes, de la catégorie « Élite», de concourir sur des parcours de 25 km (jeunes et femmes) à 89 km (séniors et vétérans hommes).

À Mataiea, sur le site de Tehoro, ce sont les courses en lagon, va΄a roto, qui ont pris place. Le public a donc pu, pendant deux jours, assister aux courses colorées de V1, V3, V6 et V16 sur 3 à 5 km, ouvertes à tous les licenciés.

À noter que pour le 14 juillet, une journée spéciale «Super tau΄ati Mémorial Edouard Maamaatuaiahutapu» donnera l’occasion à tous d’assister aux courses emblématiques des va΄a tau΄ati, pirogues à double coque de seize places, dont la gouverne nécessite une parfaite synchronisation de l’ensemble des rameurs. Les enfants y participeront également, sur des va΄a tau΄ati de six places.

«Les courses du Va΄a Mata΄eina΄a sont très ouvertes et les équipes sont constituées librement, nous dit le président de la fédération de va΄a. Il faut juste être licencié. Pour les courses marathon de 25 km et plus, il faut faire partie de la catégorie Élite, celle qui bénéficie d’un entraînement quotidien et adapté».

Heiva Tu’aro Maohi

Tu'aro - Matareva (3)En parallèle aux courses de va΄a, la fédération ΄Āmuitahira΄a Tū΄aro Mā΄o (FATM) organise ses différentes manifestations en sports traditionnels, du 6 au 14 juillet

Ainsi, dès le 6 juillet, on pourra assister aux courses de va΄a ta΄ie ou pirogues à voile, dans les catégories va΄a tautoru (pirogue à double balancier) et va΄a motu (pirogue à un balancier) à la pointe Vénus à Mahina.

Le 11 juillet fera place aux courses de porteurs de fruits dans différentes catégories, avec, en soirée un spectacle traditionnel qui mettra en valeur la danse de l’oiseau, originaire des îles Marquises.

Le 12 juillet, pour la première fois, la FATM organise une soirée d’ouverture spéciale VIP.  Sur le thème du sport traditionnel, cette soirée sera ouverte au public avec une zone réservée aux invités VIP, et proposera un ma΄a tahiti et des sports traditionnels à la lumière des flambeaux.

Les 13 et 14 juillet, à la place Vairai de Punaauia, on retrouvera toutes les autres disciplines du tu΄aro mā΄ohi : grimper de cocotier, lever de pierre, lancer de javelot, décorticage de coco, coprah et lutte traditionnelle. Le ma΄a tahiti sera confectionné par une association de Taha΄a. Le spectacle traditionnel sera assuré par les îles Marquises. Enoch Laughlin, président de la FATM nous en dit plus : «Cette année, nous innovons avec l’organisation de deux championnats du Pacifique, en lever de pierre de 150 à 200 kg et en coprah individuel homme. Outre nos athlètes locaux, nous avons la chance d’accueillir quarante-cinq athlètes confirmés, de Nouvelle-Zélande, Hawai΄i, Samoa, Fidji, des îles Cook et de Rapa Nui.  «Il y aura différents stands sur place, de l’artisanat, des produits locaux et des ateliers pour partager certains savoir-faire, comme le tapa, le tressage, les couronnes. On souhaite faire participer le public, les touristes comme les locaux, qu’il y ait une proximité entre les athlètes et le public, dans le respect de la sécurité, nous explique encore Enoch Laughlin. D’ailleurs, il y aura des hôtesses dans le public, pour expliquer un peu l’historique des différents sports traditionnels. Nous profitons aussi de ces journées pour sensibiliser à l’environnement en utilisant des matériaux recyclables.»

Respecter les coutumes

L’engouement pour les sports traditionnels se répand dans les différentes îles du Pacifique, favorisé par l’essor du va΄a. Toutefois, force est de constater que les règles entourant certaines pratiques, comme le lever de pierre ou le lancer de javelot, ne sont plus aussi bien suivies : «On est très vigilant sur la coutume du lever de pierre. Il y a des athlètes qui tentent de modifier la façon de porter mais le conseil de sages de Rurutu est très attentif sur ce point. La pierre se porte d’une manière, il faut la couvrir, la respecter. C’est pareil pour le lancer de javelot, qui est une tradition de l’île de Ana΄a. Ajouter des plumes à Bora Bora ou utiliser des tiges de carbone en Nouvelle-Zélande, ces pratiques sortent du traditionnel. Ce sont des choses que l’on doit recadrer. On a justement monté le Comité des sports traditionnels du Pacifique pour uniformiser toutes ces règles.»

 

Des courses hippiques et des paris

Courses hippiques - Photos AHEE (3)À l’hippodrome de Pirae, depuis le mois de mai, la saison des courses de chevaux a repris. À l’occasion du Heiva sont prévues quatre journées de course, durant lesquelles s’affronteront les jockeys du fenua, sur des montures locales ou venues de Nouvelle-Zélande. Dans ce cadre de verdure, le public a le plaisir, en après-midi, d’assister à des courses de galop en selle, des courses de trotteurs attelés et des courses d’ambleurs attelés. Pour les plus petits, le ranch de Taravao mettra à disposition des poneys pour des petites promenades.

Depuis la reprise des courses en 2012, ce public vient d’ailleurs de plus en plus nombreux. Gilles Valdenaire, secrétaire de l’Association Hippique et d’Encouragement à l’Elevage de Polynésie Française (AHEE) nous en parle : « On commence à avoir un peu plus de monde qui participe, qui joue. Au pari mutuel, le montant des enjeux est passé de 300 000 Fcfp à 700 000 Fcfp de jeux. »

Des jockeys plutôt féminins

Sur les galops, il n’y a pas beaucoup de garçons, car il faut se maintenir à un poids de préférence inférieur à 60 kg, voire moins. Au-dessus, cela devient handicapant pour les chevaux. « Les petits chevaux locaux peuvent porter des jockeys un peu plus lourds mais avec les chevaux de Nouvelle-Zélande, plus grands, aux pattes assez fines, il faut faire attention, ils risquent de se blesser. Du coup, ce sont plutôt les filles qui courent. »

Par contre, pour les courses attelées, le sulky* n’a pas de limite de poids.

Une course mythique en apothéose

Pour le 14 juillet, la journée se terminera par la mythique course à cru en pāreu. Sur huit cent mètres et sur des chevaux locaux, cette course unique au monde ramènera le public au Tahiti d’antan. Pour l’occasion, trois chevaux viendront de Rurutu disputer le prix à la dizaine de coureurs de Tahiti. Ce sera un spectacle à ne pas manquer : « On attend du monde pour passer une après-midi de fête avec de la couleur, et avoir le plaisir de voir des cavaliers émérites, courageux, monter sans selle sur nos chevaux, couronnés et en pāreu. C’est un morceau de bravoure ! »

*petit chariot à deux roues utilisé pour les courses hippiques au trot attelé.

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PRATIQUE

Heiva Va’a

Du 20 juin au 14 juillet

Parc Vairai et site de Tehoro

Entrée libre

Heiva Tu’aro Ma’ohi

Du 06 au 14 juillet 2019

Pointe Vénus, Jardins de Paofai et Parc Vairai

Entrée libre

Courses hippiques

Les 9 et 23 juin, le 14 juillet et le 04 août 2019

Hippodrome de Pirae

De 13h00 à 17h30, entrée libre

Balades à poneys pour les enfants – Pari mutuel et snack/bar pour les parents

Toutes les infos sur le site www.heiva.org

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