Hiro’a n°139 : Le saviez-vous ? Avenue Pouvana’a a Oopa, l’histoire de Papeete

Service du patrimoine archivistique et audiovisuel (SPAA) – Te piha faufa ’a tupunaa

Rencontre avec Sébastien Damé, responsable du Département du Patrimoine Audiovisuel Multimédia Internet au sein du Service du patrimoine archivistique et audiovisuel.

 

 

Le saviez vous av Pouvanaa'a Oopa avenue bruat & monument aux morts format paysage_estampilléTexte : archives SPAA mise en forme ASF – Visuels : SPAA

Avenue Pouvana’a a Oopa, l’histoire de Papeete

 

Nous poursuivons avec le SPAA notre balade dans les rues de Papeete, son histoire et celle de ses habitants. Arrêtons-nous à l’ombre des maru maru pour vous conter l’avenue Pouvana’a a Oopa, anciennement appelée avenue Bruat. Une avenue et deux noms indissociables de l’histoire de Papeete.

 

C’est sans doute une des plus belles artères de Papeete. à l’ombre des maru maru centenaires, l’avenue Pouvana’a a Oopa traverse le quartier des administrations et du pouvoir politique : palais de justice, Haut commissariat, CESC, gendarmerie, Présidence du gouvernement de la Polynésie française… et nous conduit jusqu’a l’entrée du quartier Saint-Amélie. Autrefois, l’avenue s’appelait avenue Bruat et était intimement liée à celle du premier gouverneur des EFO*. De janvier 1843 à septembre 1846, Armand Joseph Bruat fit de Papeete une véritable capitale malgré une gouvernance compliquée sur fond de rivalité franco-britannique, une partie de la population étant opposée au protectorat français établi quelques années auparavant en 1842. Mais il réussit à rétablir l’ordre non sans effort de diplomatie. Il laissa un excellent souvenir et la reine Pomare IV lui rendit hommage dans un courrier du 28 août 1861 adressé à l’empereur Napoléon III.

Lorsque le gouverneur Bruat la choisit pour capitale en 1843, Papeete n’était encore qu’un village. Aussi, l’avenue Bruat fut-elle, avec la Broom road (artère parallèle au rivage aujourd’hui avenue De Gaulle), certainement l’une des premières voies construites à travers l’agglomération. Elle permettait, en effet, d’accéder au quartier Sainte-Amélie ou logeaient les familles de colons venus à Tahiti pour bâtir le Papeete français. L’actuelle avenue Pouvana’a a Oopa était divisée en deux tronçons : la rue Bougainville (portion deux fois moins large allant du front de mer jusqu’au premier croisement), puis la rue de la Reine Blanche. Cette dernière doit son nom au navire qui débarqua à Papeete le 1er novembre 1843 avec, à son bord, l’amiral Dupetit-Thouars.

C’est le 15 juillet 1880 (par arrêté du commandant commissaire de la République Chessé) que la rue Bougainville et rue de la Dame Blanche furent rebaptisées en avenue Bruat. Au début du siècle, le commissariat, le palais de justice et la caserne étaient déjà situés de part et d’autre. En 1923, le monument aux morts de la Grande guerre est édifié au milieu de l’avenue. En 1933, l’avenue Bruat devint propriété de la commune et vint s’intégrer au nouveau plan d’alignement portant élargissement à dix mètres des rues de la ville.

Il faudra attendre 2006 et un arrêté du conseil des ministres (n° 616 CM du 28 juin 2006) pour voir l’avenue Bruat changer de dénomination en faveur de Pouvana’a a Oopa. Précurseur du nationalisme tahitien, poilu tahitien pendant la Première guerre mondiale, soutien de la France Libre en 1940, plusieurs fois élu député, sénateur en 1971, fondateur du parti Le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes, Pouvana’a a Oopa reste une figure emblématique de l’autonomie et de l’opposition aux essais nucléaires. Soupçonné d’avoir demandé à ses partisans d’incendier Papeete, il est arrêté le 11 octobre 1958 et condamné à huit années de réclusion et a quinze années d’interdiction de séjour en Polynésie. Si en 1969, il est amnistié, il faudra attendre 2018 pour une réhabilitation posthume avec l’annulation de sa condamnation par la cour de révision.

 

*établissements français de l’Océanie, ancien nom de la Polynésie française jusqu’en 1957.

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