N°132 – Nos anciens au cœur de l’exposition sur les poilus tahitiens

 

Maison de la culture (TFTN) – Te fare tauhiti nui1.71  Papeete Tony, Paul Vidal

 

Rencontre avec Jean-Christophe Shigetomi, médiateur culturel et chargé de projet pour la       mise en œuvre du futur centre culturel. Texte : Lucie Rabréaud.

 

Pour commémorer le centenaire de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Christophe Shigetomi, président de Mémoire polynésienne, organise avec la Maison de la culture une exposition sur les poilus tahitiens. Des documents inédits seront présentés : les livrets militaires des soldats et leurs photos. Ceux-ci pourront être remis aux familles qui le souhaitent.

 

C’est une première. Les documents historiques et les photos sur les poilus tahitiens présentés à l’exposition seront ensuite remis aux familles qui le souhaitent. En cette fin d’année, cela fera 100 ans que l’armistice de la Guerre 14-18 a été signé. Pour l’occasion, une exposition sur les poilus tahitiens sera présentée à la Maison de la culture. Le vice-rectorat et le ministère de l’Éducation vont organiser dès la rentrée un ensemble de chantiers pédagogiques et de manifestations sur la Grande Guerre, en partenariat avec la mairie de Papeete, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre et le RIMaP-P. Des expositions sur le bombardement de Papeete et la Grande Guerre, des portes ouvertes au RIMaP-P et des classes Défense seront organisées pour sensibiliser le grand public. La Maison de la culture, avec l’aide du président de Mémoire polynésienne, participe aux événements. Cette exposition aura la particularité de mettre en avant les destinées des hommes. Musique, panneaux, livres, photos, films, ou encore des documents numériques retraceront leur histoire.

Les dossiers matriculaires de centaines de Polynésiens seront disponibles à la consultation sur un ordinateur : chaque poilu tahitien y est répertorié. Et dans chaque dossier au nom du soldat, on trouvera une ou plusieurs photos, lorsqu’elles existent, et le livret militaire. Sur celui-ci, toute l’histoire du soldat est racontée : son unité, ses campagnes, ses blessures, ses faits d’armes, ses citations et éventuelles décorations. Sur certains livrets, on peut lire des choses émouvantes : « Bien que faisant ses débuts au feu, a tout de suite fait preuve des plus belles qualités de courage, d’audace et de sang-froid en manœuvrant sous le feu comme un vieux soldat. » Des documents remplis à la main, jaunis par le temps, mais préservés de l’oubli grâce à la numérisation. Ces livrets militaires et les photos, quand il y en a, seront remis aux familles qui le souhaitent. « On est dans de la médiation culturelle, on a le souci de montrer aux familles qui étaient leurs grands aînés et ce qu’ils ont fait, quel a été leur parcours », explique Jean-Christophe Shigetomi, médiateur culturel, chargé de projet pour l’installation du nouveau centre culturel et président de l’association Mémoire polynésienne.

Toutes les familles polynésiennes ont été concernées par la Grande Guerre

C’est lui qui a collecté tous ces documents et rassemblé toutes ces informations. « Je les connais tous individuellement. Je peux tout raconter sans avoir de notes. Je suis rentré dans leur vie, dans leur histoire. » Toutes les familles polynésiennes ont été concernées par la Grande Guerre, qu’elles soient riches ou pauvres, d’origine polynésienne, métropolitaine ou chinoise. La Guerre les a tous touché. « La médiation culturelle, c’est réconcilier les gens avec la culture et aller chercher ceux qui s’en sont éloignés. » Jean-Christophe Shigetomi espère relier des familles avec leurs anciens partis à la guerre. Ce travail lui a pris des années, il lui a fallu de la patience également, attendant que les archives s’ouvrent : « Concernant la Guerre de 14, un véto était posé sur les dossiers militaires. Ils ont voulu attendre 100 ans avant d’ouvrir les archives car des mutins ont été fusillés (environ 300). Beaucoup de familles demandent des réhabilitations. Avec le centenaire de la Grande Guerre, nous avons pu avoir accès aux livrets militaires et dès ce moment, j’ai étudié tous les livrets des conscrits tahitiens, c’est-à-dire 1 800 livrets. J’ai commencé à m’identifier à eux, je les ai étudiés individuellement. Ensuite, je les ai replacés dans les unités où ils avaient été affectés. J’ai donc étudié les livres de marches des unités, jour par jour. »

Un travail de fourmi. Des histoires d’hommes racontant un bout de l’histoire polynésienne. Après des voyages en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, un travail au service historique de la défense, des visites à des familles qui souhaitaient raconter leur histoire et partager leurs photos ou les vieilles lettres, des heures passées aux archives du territoire, Jean-Christophe Shigetomi a rassemblé un fonds historique inédit. « J’ai eu une démarche scientifique. Je suis entré dans le détail et personnellement je voulais savoir. » Il 1.76 1 le contingent en cours de formation Tony marqué d'une crest aujourd’hui capable en regardant les photos de ces soldats, de dire comment celui-ci est mort ou a été blessé, ce qu’il est devenu, de raconter l’histoire de chacun d’eux : Frédéric Marcel Ahnne, Airima Taurua Faave, Alfred Jamet, Amaru Hainatua Hauanatua, Amin Jon Kon, Arai Tupaha, Tony Bambridge, Adrien Auméran, Henri Cadousteau, Charles Bouzer, Clément Coppenrath, Etaeta Muehuima, Fareroi Ariiania… et tant d’autres.

 

Pratique

Exposition « Centenaire 1914-1918 : mémoires de Tahitiens », du 18 au 28 septembre, dans la salle Muriavai de la Maison de la culture. Entrée libre.

Plus d’infos : www.maisondelaculture.pf / FB La Maison de la Culture de Tahiti

Réservation pour les visites scolaires : 40 544 536 / email : [email protected]

 

Pour aller plus loin…

Mylène Raveino, responsable des activités permanentes et des bibliothèques à la Maison de la culture, a préparé une sélection de livres pour enfants et adultes, autour de la Grande Guerre. Une BD pour jeunes enfants : La guerre des tranchées, Le Quizz de la grande guerre avec de nombreuses questions et réponses, des frises pour replacer les événements dans le temps, des personnages emblématiques…, un documentaire qui se lit comme un roman : Cinq deuils de guerre 14-18, Le guide de la guerre 14-18 en bande dessinée avec des photos d’archives et des textes explicatifs entre les planches d’une histoire romancée, Lectures de poilus avec les livres et les journaux que les soldats lisaient dans les tranchées, sans oublier le livre de Jean-Christophe Shigetomi : Poilus tahitiens.

Ces livres seront à consulter sur place lors de l’exposition et disponibles au prêt dans les bibliothèques une fois l’exposition terminée.

 

 

 

 

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